Au service des droits de l’homme
Bruxelles: Une représentante du Salvador témoigne de l’action de l’Eglise dans son pays
Bruxelles, 1er août 1997 (APIC) Maria Julia Hernandez, qui dirige à San Salvador la «Tutela Legal», c’est-à-dire le Bureau créé par l’archevêché pour la protection légale des droits humains, était récemment à Bruxelles l’invitée du mouvement pour la paix Pax Christi. Elle a souligné l’important travail accompli par l’Eglise catholique en ce domaine, alors que les abus, mauvais traitements et exécutions sommaires sont loin d’avoir disparu. Selon la représentante salvadorienne, la non-application des accords de paix signés le 16 janvier 1992 entre le gouvernement et les opposants armés du Front Farabundo Marti de Libéération Nationale (FMLN) reste la principale cause des violations persistantes des droits humains au Salvador.
Ces violations sont surtout le fait des membres de la Police Civile Nationale, corps de sécurité créé il y a cinq ans et qu’ont rallié pas mal d’anciens militaires comme d’anciens guérilleros. «Résultat, commente Mme Hernandez : une police incompétente, capable de toutes les délations, rompue à toutes les méthodes antidémocratiques». Arrestations arbitraires, mauvais traitements infligés aux détenus, exécutions sommaires : les abus dénoncés hier se poursuivent parce qu’ils restent inspirés ou commis par les «escadrons de la mort», milices en principe dissoutes, mais toujours actives comme le note Amnesty international dans son rapport de janvier 1997.
Seul point positif enregistré dans la lutte pour les droits de l’homme : les progrès relatifs enregistrés dans la recherche des quelque 8’000 personnes disparues au cours de la guerre civile.
Justice et impunité
La Commission dela Vérité, créée dans le sillage des accords de paix, disposait d’un délai de 6 mois et des pouvoirs juridiques nécessaires pour enquêter sur les violations des droits de l’homme. Les déclarations de nombreux témoins et de diverses associations, dont la Tutela Legal, lui ont apporté une foule d’informations précieuses. La Commission a bénéficié en outre de l’aide d’experts américains et argentins. Hélas, malgré un délai de trois mois supplémentaires, elle a été incapable de fournir un rapport général de synthèse.
Un bon point toutefois est relevé par Maria Julia Hernandez : la Commission a finalement rédigé un rapport exhaustif sur une vingtaine de cas exemplaires et l’a transmis à l’ONU. Une première ! Jamais auparavant, le gouvernement n’avait admis qu’une Commission enquête sous sa responsabilité et transmette ses conclusions à l’ONU. Néanmoins, déplore la directrice de la Tutela Legal, «l’impunité reste la règle. C’est le grand obstacle à l’avènement de la démocratie. Comme dans bien d’autres pays latino-américains.» Le risque d’impunité s’est encore accru depuis que le Congrès a voté, le 2O mars 1993, une loi autorisant l’amnistie pour diverses violations des droits de l’homme, entre autres pour les défaillances des juges.
Autre obstacle au rétablissement d’un climat de paix au Salvador: la réinsertion maladroite d’anciens militaires et d’anciens guérilleros dans l’agriculture. Aux uns et aux autres, le gouvernement a proposé des terres, sans formation, sans salaire, sans accompagnement. «Mais que peuvent en faire ceux qui n’ont appris qu’à se battre?», s’interroge Mme Hernandez.
D’abord survivre
Dans son immense majorité, le peuple salvadorien n’a qu’une préoccupation : «survivre». Le quotidien est fait de lutte contre la misère, le chômage, l’insécurité, la corruption, la violence ordinaire ou organisée. Mais le peuple perd confiance dans ses dirigeants. Le président Alfredo Cristiani, au pouvoir depuis 1989, a été remplacé le 24 avril 1994 par Armando Sol Calderon du même parti d’extrême-droite ARENA. Or le fondateur de ce parti, le major d’Aubuisson, a été impliqué dans la mort de Mgr Oscar Romero, ancien archevêque de San Salvador, assassiné le 24 mars 1980. C’est aussi sous le président Cristiani que l’Etat major militaire a commandité l’assassinat en 1989 de six jésuites à l’Université Centro-Américaine de San Salvador.
Le président Cristiani a lui-même profité de l’embellie provoquée par la signature des accords de paix pour privatiser des entreprises d’Etat au bénéfice de ses «amis», dit-on dans la capitale. En 1994, la population s’était laissé convaincre par une propagande massive de voter pour ARENA. En 1997, les élections législatives ont enregistré un record d’abstentions. Le Front Farabundo Marti y a remporté ses premiers grands succès électoraux, accédant au pouvoir dans 46 préfectures et permettant ainsi, à la satisfaction de beaucoup, de «rééquilibrer» les forces par rapport au parti du président. Avec les autres partis d’opposition, le Front a d’ailleurs obtenu que le gouvernement renonce à privatiser les télécommunications.
«Mais, quoi qu’en dise l’ONU, le Salvador ne va pas bien, souligne Mme Hernandez. Ce n’est plus un pays en guerre. Mais il n’est pas en paix. Certains disent même que, proportionnellement, le Salvador connaît une situation de violence pire qu’en Colombie. La non application des accords de paix continue d’entraver l’instauration de la démocratie. La politique néo-libérale renforce la concentration des richesses dans les mains d’une petite minorité. A défaut d’alternatives, tout cela ne peut que susciter des réactions multiples de violence larvée ou organisée.» (apic/cip/ba)




