Novosibirsk: Consécration de la cathédrale catholique de la transfiguration du Seigneur

Un «événement historique» dans un climat de tension œcuménique

De notre envoyé spécial Jacques Berset

Novosibirsk, 10 août 1997 (APIC) Une foule fervente et compacte, venue parfois de très loin, a participé dimanche à la consécration de la cathédrale catholique de Novosibirsk , la métropole de la Sibérie occidentale. Sur fond de vives tensions œcuméniques.

Une dizaine d’évêques ont concélébré la messe autour de Mgr Joseph Werth, administrateur apostolique de Sibérie, notamment Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, administrateur apostolique de Russie d’Europe, Mgr John Bukovsky, nonce apostolique à Moscou, Mgr Francis Hurley, évêque d’Anchorage en Alaska, venu en voisin, ainsi que des évêques venus d’Italie, de Slovaquie, d’Ukraine et même de Suisse en la personne de Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion, accompagné de son vicaire général. Une centaine de prêtres, la plupart étrangers, étaient présents dont le Père Peter Hans Kolvenbach, général des jésuites, venu visiter la poignée de confrères actifs en Sibérie, dont Mgr Werth.

La nouvelle cathédrale de belle facture en briques rouges est la deuxième église construite à Novosibirsk depuis la révolution de 1917. Avant l’arrivée au pouvoir des communistes, la ville comptait une communauté catholique active de 4’000 membres, avec l’église St-Casimir et quatre chapelles. L’église fermée par Staline dans les années 30 a été détruite sous Kroutchev, dans les années 60. A sa place fut érigé un centre commercial.

La communauté catholique qui a survécu à la déportation et à l’exécution de ses prêtres s’est longtemps réunie clandestinement. Avec la perestroika, il a été possible de songer à la construction d’une nouvelle église puis de commencer les travaux. Devisés à 1,5 million de dollars, ils sont financés par l’œuvre d’entraide allemande «Renovabis», l’Aide à l’Eglise en détresse, les conférences épiscopales des Etats-Unis et d’Italie ainsi que divers diocèses.

Grâce à la visibilitéé du nouveau bâtiment, nombre de catholiques ont redécouvert leurs racines chrétiennes. On estime que dans le diocèse de Mgr Werth – 12,8 millions de km2, le plus grand du monde – vivent 1 à 2 millions de personnes d’origine catholique, dont la plupart ont été russifiées et ont reçu une éducation athée. Avec le développement des structures pastorales de l’Eglise catholique, beaucoup redécouvrent leur foi qu’ils avaient dû cacher par peur de la répression ou qu’ils avaient oubliée.

Cette réorganisation catholique suscite toutefois l’hostilité de nombreux secteurs de l’Eglise orthodoxe, pour qui «l’âme du peuple russe est orthodoxe» et qui reprochent aux catholiques leur prosélytisme en territoire orthodoxe.

Un événement historique, souligne Jean Paul II

Dans un message adressé à Mgr Werth, le pape Jean Paul II qualifie la consécration de la cathédrale sibérienne d’»événement historique» qui couronne une longue période d’efforts gigantesques et qui survient après les dures et cruelles persécutions ndurées sous le régime communiste. Cette consécration solennelle témoigne que le sang des martyrs n’a pas été versé en vain.

Le pape demande en outre aux catholiques de Sibérie de ne pas manquer de collaborer avec les «frères orthodoxes» et les autres communautés chrétiennes de Sibérie qui «ont également souffert sous le régime d’athéisme».

Les catholiques sont présents au delà de l’Oural depuis le XVIIe siècle, mais surtout depuis les déportations tsaristes de patriotes polonais, puis celles de Staline des Allemands de la Volga, de Lituaniens, d’Ukrainiens, de Polonais et de Lettons.

La collaboration œcuménique est devenue très délicate car le climat en Russie est tendu surtout depuis l’adoption récente par la Douma, le parlement russe, d’une législation religieuse qui considère les catholiques, mais également les protestants, comme les fidèles d’une religion étrangère. Le président Boris Eltsine y a opposé son veto, mais la tension ne s’est pas apaisée. (apic/be/mp)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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