Lettre ouverte au cardinal des organismes de défense des droits de l’homme

Argentine: COE accusé par Mgr Ratzinger

La paille dans l’oeil

Buenos Aires, 23 juillet 1997 (APIC) – Sept organismes argentins de défense des droits de l’homme ont adressé le 15 juillet une lettre ouverte au cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, pour protester contre son affirmation selon laquelle le Conseil œcuménique des Eglises (COE) aurait financé des «mouvements subversifs». Pour les sept organismes, le cardinal a de la paille dans l’œil, compte tenu de l’appui de la hiérarchie catholique aux dictatures militaires, en Argentine notamment.

Lors d’une intervention faite à Rome le 9 juin, le cardinal avait déclaré que le COE avait soutenu des «mouvements subversifs» en Amérique latine, soutien «peut-être apporté avec de bonnes intentions, mais très dommageable pour les voies de l’Evangile».

Le cardinal avait fait ces critiques lors d’une conférence de presse donnée au Vatican à l’occasion du lancement du livre «Il quinto sigillo» (Le cinquième sceau), de Nicola Bux, prêtre de Bari, en Italie du Sud. On peut entre autres lire dans ce livre que le COE a appuyé «certaines campagnes d’aide aux révolutions en Amérique latine» mais omis de soutenir «les chrétiens et les ’Eglises du silence’ en Europe orientale».

La lettre adressée au cardinal Ratzinger est signée par l’Assemblée permanente des droits de l’homme, le Mouvement oecuménique pour les droits de l’homme, les Grands-mères de la Place de Mai (les familles des milliers de disparus en Argentine sous la dictature soutenue en grande partie par l’épiscopat argentin), le Centre d’études légales et sociales, les Familles de disparus et des détenus pour raisons politiques, les Mères de la Place de Mai – Linea Fundadora (ligne fondatrice) et le Service «paix et justice».

Dans cette lettre, les sept organismes argentins contestent les allégations du cardinal Ratzinger et affirment que ce dernier devrait au contraire féliciter le COE pour «son soutien aux personnes et communautés» dans les années 70 et 80, alors qu’une grande partie de l’Amérique latine était sous le joug de dictatures militaires.

«Le COE et les Eglises qui s’y rattachent ont apporté un authentique témoignage évangélique de solidarité et de justice lorsque les dictatures militaires étaient au pouvoir en Amérique latine», écrivent-ils.

Même si ces dictatures considéraient le COE et autres organisations oecuméniques qui défendaient les droits de «subversifs», le retour à la démocratie en de nombreuses régions de l’Amérique latine a montré que «la réelle subversion de l’ordre constitutionnel et démocratique était l’oeuvre des militaires», soulignent les auteurs de la lettre.

Ces derniers soulignent enfin que certains membres de la hiérarchie catholique avaient «les mêmes vues que les militaires». Ils rappellent qu’il y a eu aussi des catholiques, entre autres des évêques, qui ont accompagné les peuples souffrants d’Amérique, qui sont allés jusqu’à donner leur vie pour sauver leurs frères».

«Grâce au COE et à son aide généreuse, de nombreuses organisations ont pu sauver des vies et aider des milliers de personnes, dont les proches avaient «disparu». Elles ont pu aussi entourer les prisonniers politiques et développer des programmes destinés à aider ceux qui étaient libérés après de longues années d’emprisonnement ou ceux qui revenaient de l’exil».

Les auteurs de la lettre font enfin remarquer que les remarques du cardinal Ratzinger sont en contradiction avec les propos du pape Jean-Paul II qui, rappellent-ils, avait appelé l’Eglise catholique dans le monde à «entamer un processus d’examen de conscience pour infidélité à l’Evangile». (apic/eni/pr)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!