Espagne: Face à la crise de la foi, un théologien réclame des réformes «radicales»

La place du christianisme dans la société actuelle

Madrid, 25 juillet 1997 (APIC) «La crise que nous traversons est radicale, et j’ai le sentiment que les autorités de l’Eglise d’Espagne n’en ont pas vraiment pris conscience», a déclaré à l’hebdomadaire catholique «Vida Nueva» Juan de Dios Martin Velasco, l’un des théologiens espagnols les plus en vue, qui enseigne à la Faculté pontificale de Salamanque. L’avenir du christianisme n’en est pas compromis pour autant, ajoute-t-il, pourvu qu’on soit disposé à affronter cette situation.

Le professeur Martin Velasco est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont les plus connus sont «Introduction à la phénoménologie de la religion» et «Le malaise religieux de notre culture». Il constate «une crise radicale, profonde, généralisée de la façon de vivre un christianisme qui a duré des siècles et qui est en train de s’écrouler».

Le professeur de Salamanque note que d’autres théologiens ont pris conscience de cette réalité, «comme Fries ou Metz», mais aussi des épiscopats. Ainsi, la «Lettre aux catholiques de France sur la proposition de la foi dans la société actuelle» proposée par les évêques français comporte «une description extrêmement courageuse et honnête», montrant que «ce qui est en jeu, c’est la place du christianisme dans la société actuelle et même sa survie». Le théologien de Salamanque tient à préciser que la situation «n’a rien de catastrophique: ce qui est en train de disparaître, c’est une forme de christianisme, mais non le christianisme».

L’institution n’est pas irréformable

Martin Velasco voit d’un bon oeil le rôle de l’Etat-providence, qui a pris en charge partiellement certaines tâches assumées par les premières communautés chrétiennes, de même que l’apparition de nouvelles formes de solidarité comme les organisations non-gouvernementales, le volontariat, l’aide au tiers monde…

Le théologien, qui est également directeur de l’Institut Supérieur de Pastorale, préconise des efforts d’adaptation pastorale. «L’institution n’a rien d’absolu, elle incarne l’Evangile et les moyens que Dieu met à disposition de l’Eglise dans chaque situation pour répondre aux besoins», fait-il valoir. Il souligne aussi la nécessité de réformes de structure, et regrette que la lenteur de l’Eglise à y procéder: «C’est comme si tout ce qui touche à l’institution de l’Eglise était irréformable, absolu».

Heureusement, des voix se font entendre pour réclamer des réformes plus radicales, «non seulement chez quelques groupes de chrétiens, mais aussi chez des personnes qui ont ou ont eu d’importantes responsabilités dans l’Eglise». Le théologien espagnol cite le nom de Mgr Quinn, ancien président de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, qui a été à la tête de l’archidiocèse de San Francisco pendant 18 ans avant de quitter ses fonctions de son plein gré en décembre 1995, à l’âge de 66 ans. En juin dernier, lors d’une conférence donnée à Oxford, il a réclamé une réforme en profondeur de la curie romaine et souhaité un nouveau Concile, afin que l’Eglise soit en mesure de faire face aux «nouveaux défis du troisième millénaire» et de clarifier les questions non résolues au Concile Vatican II.

Revenir au coeur de la foi

Juan de Dios Martin Velasco souligne l’enjeu des réformes qu’il appelle de ses voeux. «Pour le dire simplement, ce qui m’inquiète, ce n’est pas que les gens ne vont plus à la messe, c’est que la foi en Dieu est en train de s’affaiblir, avoue-t-il. […] Pour pouvoir répondre à cette crise de la foi en Dieu, il est indispensable de prendre aussi des mesures concernant les structures. Si nous avons le courage d’affronter les problèmes institutionnels, nous pourrons ensuite concentrer nos énergies sur l’essentiel et faire ce que proposent les évêques français: revenir au coeur de la foi, Mais si nous nous proposons de revenir au coeur de la foi sans oser toucher aux structures, il est probable que nous n’obtiendrons ni l’un ni l’autre»,

Avant de conclure, le théologien tient à signaler «la faute, pour ne pas dire le péché» de la hiérarchie, qui n’assume pas suffisamment le ministère d’unité de l’Eglise. «Curieusement, la hiérarchie semble s’aligner sur seulement quelques-uns des mouvements qui existent dans l’Eglise; elle les soutient résolument et marginalise en réalité tous ceux qu’elle ne considère pas comme inconditionnels, ceux qui osent penser pour leur propre compte, qui de temps à autre émettent des critiques, comme si ceux qui se rangent inconditionnellement du côté de la hiérarchie et partagent toutes ses options étaient les seuls à être chrétiens ou à avoir le droit d’être membres de l’Eglise. C’est dommage, car on se prive ainsi d’une grande quantité d’énergies présentes dans tous ces groupes d’Eglise, des groupes généreux, fondamentalement chrétiens et évangéliques, me semble-t-il, même si, bien entendu, ils ne manquent pas de défauts, comme nous tous». (apic/cip/pr)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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