Collision avec le Rassemblement œcuménique de Graz évitée

Vienne: L’Eglise russe abandonne le projet d’une rencontre Jean Paul II et Alexis II

Genève, 13 juin 1997 (APIC) – L’Eglise orthodoxe russe vient de mettre fin aux spéculations selon lesquelles le patriarche Alexis II devait rencontrer le pape Jean Paul II à Vienne le 21 juin pour la première réunion jamais tenue entre les responsables des Eglises catholique romaine et orthodoxe russe. Les bruits qui couraient sur la rencontre entre Alexis II et Jean Paul II seraient à l’origine de tensions dans les relations œcuméniques, relève l’agence de presse œcuménique ENI à Genève.

De nombreuses rumeurs – alimentées par des dignitaires d’Eglises à Rome, mais aussi à Moscou et à Vienne -, indiquant que la réunion pourrait avoir lieu le 21 juin, avait provoqué la consternation dans les milieux ecclésiastiques internationaux le mois dernier. Notamment parce qu’un tel événement historique aurait pu éclipser le deuxième Rassemblement oecuménique européen (ROE2), qui devrait rassembler 10 000 chrétiens, protestants, catholiques romains et orthodoxes, à Graz, en Autriche, du 23 au 29 juin. Le Rassemblement de Graz est organisé conjointement par la Conférence des Eglises européennes (KEK) et le Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE).

Au début du mois, vraisemblablement à cause des spéculations sur un sommet entre Rome et Moscou en Autriche, le patriarche Bartholomée de Constantinople avait reporté une visite prévue en Autriche et annulé sa participation au ROE2, durant lequel il devait rencontrer le patriarche Alexis. La rencontre entre le patriarche Bartholomée et le patriarche Alexis aurait été la première depuis le conflit entre les deux patriarches déclenché l’an dernier par la question de la juridiction sur les communautés orthodoxes d’Estonie.

Le patriarche Alexis II très intéressé à rencontrer le pape

L’éventuelle rencontre entre le patriarche Alexis et Jean Paul II serait à l’origine de tensions œcuméniques. L’initiative de cette rencontre était perçue avec consternation par d’aucuns, qui y voyaient une action unilatérale du Vatican, compliquant encore les relations délicates entre les patriarches Bartholomée et Alexis, affirme l’agence de presse œcuménique ENI à Genève. Le patriarche Alexis, semble-t-il, était très intéressé par cette rencontre avec le pape, mais des pressions ont été exercées, par des milieux d’Eglises à l’étranger et en Russie, pour que le Patriarcat de Moscou abandonne ce projet. Dans de nombreux cercles de l’Eglise russe, il existe une forte opposition au renforcement des relations avec les catholiques.

Le 11 juin, le Patriarcat de Moscou avait publié une déclaration officielle annonçant «avec regret» que le patriarche Alexis et le pape Jean Paul II ne se rencontreraient pas parce que «la rencontre entre les primats des deux Eglises n’avait pas été préparée adéquatement et … qu’un certain nombre de conditions étaient absentes, conditions qui, si elles existaient, pouvaient rendre une telle rencontre fructueuse.»

Les Eglises uniates qualifiées d’obstacle sur le chemin de l’œcuménisme

Moscou évoque aussi les relations entre les Eglises orthodoxe russe et catholique romaine. Outre les traditionnelles charges contre les Eglises uniates, liées au Vatican mais pratiquant une liturgie orientale et prédominantes en Ukraine occidentale, les milieux orthodoxes opposés à cette rencontre au sommet montrent aussi du doigt la croissance du catholicisme romain. Ils dénoncent les activités missionnaires et l’établissement de plus de 150 paroisses en Russie depuis 1991, après la chute du communisme. «Les orthodoxes considèrent une telle activité dans un pays – dont la tradition chrétienne est vieille de mille ans – comme empreinte de prosélytisme.»

Les catholiques rétorquent qu’ils ne font que répondre aux besoins pastoraux d’une population d’origine catholique (allemande, polonaise, lituanienne, ukrainienne, etc.) souvent étouffée et dispersée durant les persécutions et les déportations staliniennes.r Projet de rencontre au sommet toujours à l’étude

Dans une brève déclaration diffusée le 12 juin, la Salle de presse du Saint-Siège a annoncé que «la possibilité d’une rencontre entre le patriarche de Moscou Alexis II et le pape Jean Paul II était un projet à l’étude. Le pape s’était dit prêt à cette éventualité.» Or, des difficultés empêchent la réalisation de ce projet pour le 21 juin, précise le communiqué qui fait observer qu’»aucune communication officielle du Patriarcat de Moscou n’est encore parvenue au Vatican». Porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls a déclaré que le dialogue entre le Vatican et le Patriarcat de Moscou continuerait mais qu’une nouvelle date pour le sommet n’avait pas encore été fixée.

Une opération insidieuse et irresponsable

A Genève, Jean Fischer, secrétaire général de la Conférence des Eglises européennes (KEK), qui rassemble les grandes Eglises protestantes, anglicanes et orthodoxes d’Europe, a qualifié les rumeurs sur la rencontre entre le patriarche Alexis et le pape d’»opération insidieuse». Ceux qui sont responsables des rumeurs sur la possibilité d’un sommet à Vienne, juste avant le Rassemblement de Graz, ont agi de façon irresponsable et leurs efforts ont conduit à des résultats déplorables, a-t-il déploré, à savoir empêcher la rencontre prévue entre deux patriarches (Bartholomée Ier et Alexis II), responsables respectés de deux des Eglises membres de la KEK, et de priver le Rassemblement de la présence et de la participation de Sa Sainteté le patriarche oecuménique Bartholomée».

«La diplomatie ecclésiastique s’est révélée insensible et incapable de montrer sa solidarité avec les objectifs du ROE2, sur le thème de la réconciliation, Rassemblement attendu avec grande espérance par le peuple de Dieu à travers l’Europe», a-t-il encore confié à ENI. «La KEK espère que dès maintenant l’attention publique se concentrera sur le principal événement oecuménique du mois, c’est-à-dire le ROE2, où tant de chrétiens orthodoxes, catholiques et protestants, venus de toutes les régions d’Europe, se rassembleront en quête d’unité et d’action commune.»

Selon le journal italien «La Stampa», de Turin, la décision de l’Eglise russe constitue un «refus du dialogue oecuménique (avec Rome) qui est considéré comme une espèce de cheval de Troie par lequel la puissante Eglise rivale d’Occident pourrait pénétrer dans la citadelle orthodoxe». Pour «ll Messaggero», de Rome, après le «non» de l’Eglise russe à la rencontre de Vienne, le Vatican «devra prendre acte d’un nouvel affront au pape dont la main tendue est refusée pour la deuxième fois au cours d’une année». Le pape et le patriarche devaient déjà se rencontrer en septembre dernier en Hongrie, mais «alors comme aujourd’hui, la force des conservateurs et des nationalistes du Saint Synode de Moscou l’a emporté sur la disponibilité d’Alexis.» (apic/Ed.Doogue/eni/be)

9 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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