Allemagne: Mgr Lehmann ne voit aucune possibilité pour le sacerdoce féminin
La «question féminine», tâche des plus urgentes dans l’Eglise
Graz, 30 juin 1997 (APIC) Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence des évêques allemands, a déclaré à Graz qu’il ne voit à long terme «aucune possibilité pour arriver à un sacerdoce de la femme». L’évêque de Mayence a par contre estimé que la «question féminine» est l’une des tâches les plus urgentes dans l’Eglise.
Mgr Lehmann n’a pourtant laissé planer aucun doute: étant donné les déclarations tout à fait catégoriques du magistère à propos de l’accès des femmes à la prêtrise, l’on se fait un peu des illusions avec une telle attente.
Le mouvement «Nous sommes aussi l’Eglise» maintient la pression
De son côté, partie de la base, l’initiative «Nous sommes aussi l’Eglise» maintient la pression pour obtenir des réformes dans l’Eglise catholique, notamment à propos du sacerdoce féminin. La «pétition du peuple de Dieu», partie d’Autriche en août 1995, s’est en effet déjà répandue dans 18 pays. Elle formule un certain nombre de demandes, notamment la mise en place dans l’Eglise catholique de structures promouvant le dialogue à tous les niveaux, l’égalité totale des femmes et des hommes dans tous les ministères et le célibat facultatif pour le clergé.
La pétition réclame aussi la liberté de conscience des conjoints dans le domaine du contrôle des naissances, le respect des homosexuels et des divorcés remariés, et un plus grand engagement en faveur de la justice et de la paix.
L’opposition de la hiérarchie de l’Eglise
Malgré l’opposition de la hiérarchie de l’Eglise, l’initiative «Nous sommes l’Eglise» est à l’origine d’une vaste mobilisation, devenue aujourd’hui un «véritable mouvement international, qui ne peut plus être stoppé», a déclaré l’agence de presse œcuménique ENI Martha Heizer, professeur de théologie catholique à l’Université d’Innsbruck, l’une des initiatrices de cette campagne.
Interviewée à Graz à l’occasion du 2ème Rassemblement œcuménique européen, Martha Heizer a exprimé l’espoir que son mouvement se fasse encore davantage connaître grâce au Rassemblement auquel ont participé plus de 10’000 personnes et quelque 700 délégués des Eglises de toute l’Europe.
«J’ai le sentiment que la plupart des choses se passent au niveau de la base, remarque Martha Heizer. Au sommet, il y a beaucoup de résistances, de craintes, de blocages, de silences. Mais à la base, c’est une idée dont l’heure est venue, et que l’on ne peut plus arrêter.»
Rencontre en octobre à Rome, le pape «invité»
En octobre prochain, les représentants des mouvements nationaux se rencontreront à Rome à l’occasion du 35ème anniversaire du début du Concile Vatican II, convoqué par le pape Jean XXIII. «Le pape Jean Paul II a été invité à célébrer une messe dans le cadre de la rencontre, mais il n’a pas encore répondu à l’invitation. Nous allons essayer de présenter au pape les signatures de la pétition», explique Martha Heizer. «Si le pape est disposé à nous recevoir, ce sera quelque chose de vraiment nouveau. Si ce n’est pas le cas, ce sera aussi intéressant.»
Sortir l’Eglise d’une situation de stagnation
Martha Heizer se déclare surprise du soutien qu’a reçu cette initiative. «Je n’avais jamais pensé qu’il y aurait un demi-million de signatures en Autriche». Par contre, elle a déclaré ne pas s’être attendue à une telle réaction négative de l’épiscopat: «je pensais que les évêques seraient heureux de voir que nous sortions l’Eglise de cette situation de stagnation, que nous nous penchions sur de nouveaux problèmes, que nous faisions quelque chose de bien pour l’Eglise. Or, j’ai été très surprise de constater qu’ils ne voyaient pas les choses de cette façon.»
La théologienne catholique autrichienne pense que les progrès réalisés au niveau de l’Assemblée de Graz seront limités «parce qu’au fond, ce sont les diplomates qui tiennent les rênes. Ce qui est vraiment important, c’est ce qui passe au niveau du peuple de l’Eglise.»
Lancement de l’opération «étole lilas»
«Nous sommes aussi l’Eglise» a également lancé une autre opération, «l’étole lilas». Les catholiques qui militent pour l’accès des femmes au diaconat et au sacerdoce sont encouragés à porter une écharpe ou un foulard de couleur violette à la messe. En portant une écharpe de cette couleur à la messe, les fidèles montreraient à «l’homme seul à l’autel qu’il n’est pas seul», lance Martha Heizer. Quant aux chances de voir un jour la réalisation des postulats de «Nous sommes aussi l’Eglise», la militante féministe pense toujours au mur de Berlin. «Personne n’imaginait qu’il s’effondrerait aussi rapidement. J’espère que cela se passera de même dans l’Eglise catholique… nous ne devons pas oublier le Saint-Esprit». (apic/kna/eni/be)




