La dette du président Aleman à Mgr Obando?
Nicaragua: Guerre religieuse sur fond de manuels scalaires catholiques
Managua, 29 avril 1997 (APIC) – Une campagne visant à introduire des manuels catholiques dans les écoles publiques au Nicaragua envenime les relations déjà tendues entre la majorité catholique romaine et la minorité protestante en expansion. Le conflit, d’une autre époque, porte sur l’introduction d’un manuel qui n’hésite pas à menacer les protestants, et à les accuser d’être les responsables de tensions raciales: «Lorsque les protestants sont la majorité, il y a presque toujours des conflits raciaux».
En facilitant ainsi l’introduction de ce livre, le gouvernement rembourse sa dette vis-à-vis du cardinal Obando, pour son soutien ouvert apporté à Arnoldo Aleman lors des dernières élections, estime-t-on côté protestant.
La controverse porte sur une série de manuels publiés par l’archidiocèse catholique de Managua. Selon le responsable de l’éducation pour l’archidiocèse, Mgr Silvio Fonseca, que cite l’Agence œcuménique ENI, la série «Education dans la foi» a pour objectif de donner aux élèves des écoles catholiques et publiques du matériel religieux écrit en «espagnol nicaraguayen». Les textes précédents étaient rédigés en Espagne et en Colombie.
Pour les protestants, ces nouveaux manuels sont manifestement anti-protestants et ne devraient pas être distribués dans les écoles gérées par l’Etat. La couverture du manuel, destiné aux élèves de quatrième dans l’enseignement secondaire, porte une photo du pape Jean-Paul II. Il est demandé aux protestants de ne pas critiquer la dévotion des catholiques à la Vierge Marie: «Mépriser Marie est une absurdité, que seul le diable peut inspirer», peut-on lire dans le manuel.
Lequel manuel n’hésite pas à menacer: «Faites bien attention, frères protestants, vous jouez avec le feu. Si vous voulez augmenter le nombre de vos fidèles en induisant en erreur des catholiques non préparés, ne touchez pas au sujet de Marie, Mère de Jésus et notre Mère à tous. C’est quelque chose de sérieux et vous allez le payer cher.»
Synonyme de tensions raciales
Le même livre rejette la responsabilité des tensions raciales sur les protestants. «Lorsque les protestants sont la majorité, il y presque toujours des conflits raciaux», poursuivent les auteurs du livre, qui ajoutent, noir sur blanc, qu’aux Etats-Unis, les protestants ont été responsables de la discrimination contre les noirs. «Ceci ne s’est pas produit dans d’autres pays… ayant une majorité catholique.»
Peu après l’ouverture des cours en février, Mgr Fonseca, lors d’une réunion avec des directeurs d’écoles de la région de Managua convoquée par le Ministère de l’éducation, les a exhortés à utiliser ces manuels et déclaré que les parents devaient les acheter pour leurs enfants.
Les responsables de la communauté protestante, qui représente environ un quart de la population, ont aussitôt protesté. «Nous avons dû lancer une campagne pour promouvoir le respect de la constitution», s’est écrié le pasteur Gustavo Parajon, président du Conseil des Eglises évangéliques, en soulignant que l’introduction des manuels dans les écoles publiques portait atteinte à la garantie constitutionnelle d’un enseignement laïc, et à la clause spécifiant que l’Etat n’a pas de religion officielle.
La dette du président Aleman
Sebastian Castillo, directeur de la section des droits de l’homme de ce même Conseil, a précisé à ENI que certains cas d’intimidation d’enseignants et de directeurs qui ne voulaient pas utiliser les livres lui avaient été rapportés et qu’il faisait une enquête à ce sujet.
Selon Sixto Ulloa, un des cadres d’une chaîne de télévision évangélique de Managua, cette controverse reflète le «favoritisme» du gouvernement à l’égard des catholiques et représente une «alliance stratégique» entre la hiérarchie catholique et le gouvernement d’Arnoldo Aleman, devenu président du Nicaragua en janvier.
L’archevêque de Managua, le cardinal Miguel Obando y Bravo, a appuyé la candidature d’Arnoldo Aleman à la présidence. Et le ministre de l’Education, Humberto Belli, en soutenant l’utilisation des manuels dans les écoles publiques, ne ferait que «rembourser une dette pour le soutien apporté par le cardinal Obando durant la campagne électorale», estime encore Sixto Ulloa.
Pour Mgr Fonseca, suggérer que les catholiques essaient d’imposer leurs doctrines est «un pur mensonge». «M. Ulloa est anti-catholique et anticlérical», a-t-il dit. «En prenant les manuels comme prétexte, il s’engage dans une campagne infâme d’attaques contre la sainte Eglise catholique.» Mgr Fonseca réfute les allégations selon lesquelles le manuel en question est anti-protestant. «L’on doit suivre fidèlement l’histoire. L’histoire est une chose; l’interprétation que d’autres veulent en donner est une autre chose.»
Selon un porte-parole du Ministère de l’éducation, Alfredo Marenco, le gouvernement «n’a rien imposé. Nous n’encourageons ni n’obligeons les écoles à faire quoi que ce soit. C’est aux parents de décider ce qu’ils veulent pour l’éducation de leurs enfants.» (apic/eni/pr)




