Berne: Action pour la Journée des Droits de l’homme le 10 décembre
«S’engager? Cà vaut la peine!», demandent les Eglises suisses
Berne, 3 décembre 1998 (APIC) Pour célébrer le 50e anniversaire des droits de l’homme, les Eglises chrétiennes de Suisse et plusieurs organisations s’unissent pour exiger la libération de deux prisonniers politiques: Tek Nath Rizal, ancien membre du Conseil consultatif royal du Bouthan et le vice-président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme Khémais Ksila. Leurs amis ont plaidé leur cause jeudi à Berne en demandant de signer deux pétitions qui seront adressées au président de la République de Tunisie et au roi du Bhoutan.
Depuis plus de 15 ans les Eglises chrétiennes de Suisse, à l’occasion du 10 décembre, collaborent avec d’autres mouvements qui défendent en Suisse et dans le monde les droits de l’homme, a déclaré Jean-Claude Huot, secrétaire de Justice et Paix. C’est ainsi la section suisse d’Amnesty International (AI), l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT) Pax Christi et Christian solidarity international (CSI) se sont successivement joints à l’action commune. Pour cette année jubilaire, l’Organisation suisses d’aide aux réfugiés (OSAR) et l’œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO) mettent aussi la main à la pâte à la même date en suggérant d’autres actions concrètes.
Monika Sommer, membre d’Amnesty International (AI), a expliqué pourquoi Tek Nath Rizal est en prison. Accusé d’avoir orchestré une campagne de désobéissance civile lors du recensement organisé en 1988 par les autorités bhoutanaises – dont le but évident est de priver la minorité népalaise de sa nationalité bhoutanaise – Tek Nath Rizal a été alors déchu de son mandat au Conseil consultatif royal du Bouthan, placé en cellule d’isolement et enchaîné durant vingt mois. A l’issue d’un procès de dix mois, il a été condamné à la détention à perpétuité. Motif de sa condamnation: «trahison et incitation à la discorde entre les différentes communautés».
Quant au Tunisien Khémaïs Ksila, (42 ans), arrêté le 20 septembre 1997, il a été condamné à trois ans de prison «pour diffusion de fausses informations en vue de troubler l’ordre public». Par cinq fois , il a fait une grève de la faim pour demander sa libération. Une lettre de sa femme, datée du 1er décembre, dénonçant ses déplorables conditions de détention, a été lue aux participants de la conférence de presse.
Les harcèlements de la peur
Kamel Jendoubi, président de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux Rives, résidant en France, de nationalité française et tunisienne, a placé la prison du vice-président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme dans l’ensemble des atteintes aux droits élémentaires en Tunisie. A ses yeux, la politique du gouvernement de Tunis envers les opposants est déplorable. Ce dernier leur fait subir un véritable «harcèlement» pour faire peur afin qu’ils n’osent plus témoigner dans des procès: filatures, violations du domicile, destructions des automobiles des défenseurs des droits de l’homme sont monnaie courante. Les membres le la Ligue tunisienne des droits de l’homme sont l’objet d’une surveillance quotidienne. Et l’avocate de l’Association des femmes démocrates est harcelée depuis 7 mois, quotidiennement, par des téléphones anonymes menaçants.
30 détenus morts sous la torture
ll est courant que des drogues ou des sommes d’argent soient dissimulées volontairement chez les opposants au régime par les forces de sécurité pour les impliquer et en faire ensuite des condamnés de droit commun. Kamel Jendoubi a rappelé que durant les huit dernières années 30 détenus tunisiens sont morts sous la torture. Le gouvernement tunisien a un double langage. Il certifie qu’il applique ce qui est inscrit dans la constitution, mais en fait c’est un chasse à l’homme, sournoise et dissimulée. Heureusement, les autorités tunisiennes ont dernièrement été sanctionnées d’un «carton rouge» par le Comité contre la torture des Nations Unies. On y dénonce notamment l’impunité des agents qui persécutent les défenseurs des droits de l’homme.
Un troisième témoignage patronné par l’OSEO, a suivi: celui du Kurde Semil Okçuoglu, membre de l’association des droits de l’homme de Turquie, l’un des responsables de la maison d’édition DOZ, fondée en1991, qui défend la langue, la culture et l’histoire kurdes. OSEO soutient la fondation «TOHAV» qui appuie 46 avocats kurdes. Pour des raisons politiques imposées par le gouvernement turc actuel, ils ne peuvent travailler et vivre normalement.
Martin Bernet, secrétaire de Pax Christi, a enfin fait une brève rétrospective de l’Action pour la Journée des Droits de l’homme depuis 1982, en insistant sur le slogan de cette année: «S’engager, cà vaut la peine!». Les personnes dont nous avons demandé la libération depuis 16 ans, n’ont pas toutes été libérées, mais cela a été le cas parfois. Avec bien sûr les action similaires d’autres pays. Durant le mois de décembre, nous récoltons en moyenne 30’000 signatures. Envoyées à qui de droit, ces signatures de protestation, auront un impact. Car tout gouvernement soigne son image à l’extérieur. (apic/ba)




