Pour le président du Comité central du COE, l’œcuménisme institutionnel est en crise. Le catholicos arménien de Cilicie, Aram 1er, présentant son rapport présidentiel aux 900 délégués de la VIIIe Assemblée du COE qui se tient à Harare jusqu’au 14 décembre, l’a clairement confirmé. Dressant un vaste panorama des activités du Conseil depuis la dernière Assemblée, le catholicos s’est livré à une évaluation critique des programmes et des initiatives particulières du Conseil en les replaçant dans le contexte d’un mouvement œcuménique en pleine mutation.
Pour le président du Comité central du COE, l’œcuménisme institutionnel est en crise
La recherche d’une vision commune n’en est qu’à ses débuts
Représentant éminent de la sensibilité orthodoxe et orientale, Aram 1er a développé sa «conception et vision commune du COE». Pour lui, à l’évidence, et malgré les démentis officiels, l’œcuménisme institutionnel est en crise. Les changements considérables intervenus dans le paysage religieux et confessionnel ont complètement déstabilisé la recherche de l’unité visible des Eglises dont le COE était supposé être le principal instrument. En l’espace de quelques années seulement, les réponses du mouvement œcuménique sont devenues inadaptées tout simplement parce que les priorités œcuméniques ont changé.
Surtout préoccupé par les questions théologiques et doctrinales à ses débuts, puis longtemps engagé sur le terrain social et «politique» dans une seconde période, le COE se trouve aujourd’hui confronté à une situation d’une extraordinaire complexité que les bouleversements de la planète intervenus depuis la fin des années 80 ont imposée aux Eglises. La situation ecclésiale a évolué à une vitesse qui a pris de court les Eglises traditionnelles fondatrices du COE. Le dialogue interreligieux est venu compliquer les choses.
Le malaise croissant des orthodoxes, face à une vision trop «protestante et occidentale»
Certes, les Eglises peuvent diverger sur la marche à suivre. Certaines désirent aller plus loin, ou plus vite. D’autres redoutent que le COE perde sa vocation d’origine qu’il n’y a pas de nécessité à remettre en cause. Par ailleurs, les Eglises orthodoxes se sentent de moins en moins partie prenante dans ce débat qu’elles jugent trop influencé par des préoccupations typiquement protestantes et occidentales.
Sur ce point, Aram 1er, tout en se voulant positif et confiant, a tenu à mettre fermement en garde l’Assemblée et a attiré son attention sur une situation qu’il estime critique: «Si vous ne prenez pas au sérieux cette crise, je crains que la participation des orthodoxes n’aille en diminuant. J’espère ardemment qu’après cette Assemblée, les responsables du COE et les représentants des Eglises orthodoxes se mettront ensemble à traiter toutes les questions qui font obstacle à une participation orthodoxe aux activités du Conseil.» S’adressant aux Eglises orthodoxes et de la sensibilité qu’il représente, il leur a demandé de passer «du monologue au dialogue, de la réaction à l’action, de la contribution à la participation, du statut d’observateur à celui de partenaire à part entière au sein du COE.»
La réussite de l’Assemblée de Harare devrait constituer le premier préalable à la poursuite de ce processus de rapprochement et surtout à la décision des orthodoxes de continuer à y contribuer. Un éventuel échec dans ce domaine risquerait de compromettre pour longtemps toute perspective œcuménique et vider un peu plus de son sens la recherche de l’unité visible des Eglises. (apic/com/coe/be)




