Quatre thème, pour expliquer la conception des uns et des autres
Paris: Livre commun de théologiens catholiques français et orthodoxes russes
Paris, 17 décembre 1998 (APIC) Un groupe de théologiens et intellectuels orthodoxes russes et catholiques romains, dont quatre Russes, trois Français, deux Italiens et un Américain, vient de publier en commun un livre de réflexion sous le titre «Eglise et Société. Un dialogue orthodoxe russe catholique romain».
Quatre thèmes sont abordés dans cet ouvrage, chaque fois sous la forme d’une réflexion à deux voix, afin de montrer quelle conception l’une et l’autre Eglise ont des grands problèmes du domaine Eglise-société, à un moment où les relations entre l’Eglise romaine et l’Eglise russe connaissent des tensions. Le premier thème tourne autour de l’approche théologique du personnalisme et du communautarisme, le deuxième envisage le rapport entre l’Eglise et la politique, le troisième est consacré aux doctrines sociales des deux Eglises, le quatrième aux relations entre Eglise et pays. Une conclusion, elle aussi à deux voix, dresse un «bilan d’étape» de ce qui constitue une première initiative de dialogue de ce genre.
Plusieurs personnalités ont collaboré à la rédaction de cet ouvrage. Côté orthodoxe: le Père Vsevolod Tchapline, responsable de la communication au Département des relations extérieures du patriarcat de Moscou, le Père Benjamin Novik, ancien professeur à l’Académie de théologie de Saint-Pétersbourg, Anatole Krassikov, directeur du Centre de recherches sur la religion et la société à l’Institut européen de l’Académie des sciences de Russie et ancien secrétaire général du conseil présidentiel chargé des relations avec les communautés religieuses de Russie, et André Zoubov, professeur à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Jean-le-Théologien, à Moscou. Côté catholique: les Pères Jean-Yves Calvez et Pierre Vallin, professeurs au Centre Sèvres, à Paris, le Père Hervé Legrand, professeur à l’Institut catholique de Paris, David Hollenbach, professeur au Boston College (Etats-Unis), Giuseppe De Rosa et Jean-Paul Salvini, rédacteurs à la revue jésuite «Civiltà cattolica» (Rome).
Le problématique sociale est étrangère à l’orthodoxie
Dans leurs études respectives, Benjamin Novik, Anatole Krassikov et André Zoubov montrent comment l’orthodoxie en Russie est aujourd’hui menacée par trois dérives, que l’on retrouve de manière constante dans son histoire: le repli sur la liturgie, les liens privilégiés avec l’Etat et le politique, la collusion avec le nationalisme.
De son côté, le Père Vsevolod Tchapline dénonce les courants qui tendent à dissoudre le christianisme dans un système de valeurs humaines communes, tout comme la tendance qui vise à refuser toute valeur à la morale naturelle.
Dans son article sur «Individualisme, personnalisme et collectivisme», le Père Benjamin Novik souligne que la problématique sociale et juridique est relativement étrangère à l’orthodoxie. De là découle, selon lui, le peu d’écho d’une démocratie chrétienne en Russie, sans parler d’un socialisme chrétien. De par sa vision spirituelle de l’homme et du monde qui met l’accent sur l’humilité et l’obéissance, poursuit-il, «toute la structure de la vie ecclésiale orthodoxe fait obstacle au sentiment personnaliste», qui est vu comme une «manifestation d’individualisme». De ce fait, les valeurs communautaires l’emportent sur les valeurs personnelles.
Ethique et dogmatique vont de pair
Particulièrement important, le chapitre du P. Hervé Legrand, consacré aux «Conceptions ecclésiologiques de Rome et de Moscou à l’égard des ethnies, de la nation, de l’Etat et des Eglises régionales», montre que les difficultés actuelles entre l’Eglise orthodoxe russe et l’Eglise catholique romaine impliquent un double travail, l’un éthique et l’autre théologique. Sur le plan éthique, il suggère notamment d’»éviter de comparer notre idéal à la réalité de l’autre, ou d’exiger de lui aujourd’hui l’application de critères que nous n’appliquions pas hier quand nous étions dans une situation analogue».
Sur le plan dogmatique, le P. Legrand rappelle que les divergences entre catholiques et orthodoxes sont surtout de nature ecclésiologique et que, pour les surmonter, il convient, d’une part, d’élargir la réflexion sur les modèles d’unité et de communion dans l’Eglise et, d’autre part, de retrouver une «dynamique eschatologique» qui permet de sublimer les solidarités ethniques, politiques, culturelles. «Le prix de la réconciliation passe par cette conjonction entre l’éthique et l’eschatologie. Jamais l’éthique sans la dogmatique, ni la dogmatique sans l’éthique», affirme-t-il encore.
Dans ses conclusions, le P. Yves Calvez relève enfin que les différences entre orthodoxes et catholiques dans leur approche des problèmes Eglise-société s’avèrent «moins grandes que nous pouvions le penser au départ». (apic/cip/pr)




