Requérants d’asile à la rue
Genève: Sans aide rapide, l’AGORA, débordée, va cesser d’héberger les requérants
Genève, 2 octobre 1998 (APIC) A Genève, entre 50 et 250 requérants d’asile se retrouve quotidiennement à la rue. L’Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile (AGORA) lance un cri d’alarme. Si les autorités n’assument pas leur devoir envers les requérants, la «Casagora» fermera ses portes.
Depuis le 9 septembre, une partie des requérants qui se présentent au Centre d’enregistrement de la Praille (CERA) à Genève n’y sont pas reçus. «Faute de places»: ils se retrouvent par conséquent à la rue. Le nombre de personnes concernées est estimé entre 50 et 250.
L’autorité fédérale avait tenu, au printemps 1992, à assurer elle-même l’hébergement des requérants, ce qui a entraîné le démantèlement de la structure mise en place par les œuvres d’entraide genevoises. Aujourd’hui, celles-ci appellent au secours, débordées qu’elles sont par l’affluence de requérants que fait converger vers l’AGORA l’absence de structure d’accueil à Genève.
Jean-Pierre Zurn, aumônier, et Michel Bavarel, président de l’AGORA, ont annoncé que leur local d’accueil «La Casagora» serait fermé si une structure n’était pas mise en place pour assurer au minimum un logement avec garde de nuit, des repas et un service de santé.
Augmentation d’un tiers de requérants en un an
Le nombre des requérants a fortement augmenté ces derniers mois: de 24 000 l’an dernier, ce chiffre pourrait atteindre 32 000 cette année. La durée des formalités a de plus augmenté, ralentissant «l’écoulement» du flux des demandeurs. «On s’y attendait à cause de la guerre au Kosovo mais la structure du CERA n’a pas reçu la souplesse lui permettant de s’adapter», note Michel Bavarel.
«Nous protestons contre la manière indigne et inhumaine dont sont accueillis, depuis plus d’un mois, les requérants d’asile arrivant à Genève. Après avoir subi de sérieux traumatismes dans leur pays, ils sont souvent traités à leur arrivée en Suisse sans ménagement par un personnel non formé à l’accueil et trop peu nombreux. Laissés dans l’ignorance de ce qui va leur arriver, certains sont enfermés dans un camp dont ils n’ont le droit de sortir que trois heures par jour; des membres d’une même famille sont séparés sans explications», dénoncent les responsables de l’AGORA.
Faute d’autre possibilité, les «Securitas», en poste à l’entrée du CERA, dirigent les requérants laissés dehors vers le local de l’AGORA. «C’est ainsi que nous avons été amenés, dans l’urgence et parce que personne d’autre ne s’en chargeait, à nous préoccuper du logement et des repas de ceux qui n’ont ni argent ni point de chute à Genève», expliquent Jean-Pierre Zurn et M. Bavarel. Les requérants peuvent manger, à midi et le soir, à l’Accueil de nuit de l’Armée du Salut et certains d’entre eux peuvent y dormir. Les autres sont conduits vers un abri de la protection civile ouvert par la ville depuis le 11 septembre. «Il s’agit de solutions précaires et provisoires», dénonce l’AGORA.
Fermeture de la «Casagora» programmé pour lundi 5 octobre
Aucun contrôle ne peut être effectué et à la protection civile, les requérants sont livrés à eux-mêmes dès 22 heures. «Un incident inquiétant s’est produit durant la nuit du 29 au 30 septembre: trois individus armés de couteaux ont pénétré dans l’abris de protection civile et ont menacé des requérants kosovars pour leur dérober de l’argent. Nous ne pouvons pas assumer la responsabilité de maintenir l’ordre», a averti le président de l’AGORA.
Si l’appel de l’Aumônerie genevoise œcuménique auprès des requérants d’asile n’est pas entendu, ses responsables seront contraints, à leur regret et pour la première fois, de fermer la «Casagora» dès le lundi 5 octobre, afin de ne pas placer les bénévoles et les aumôniers dans une situation intenable. La «Casagora» n’est en effet qu’un petit local de chantier transformé en lieu d’accueil; les personnes chargées de conseiller et soutenir les arrivants risquent de ne pouvoir faire face à la pression des requérants qu’ils ne savent plus où diriger. (apic/spp/ab)




