Le village de la paix judéo-arabe de Névé Shalom/Wahat al-Salam accueille quelque 130 habitants sur des terres cédées par le couvent trappiste de Latroun, à égale distance entre Tel Aviv, Jérusalem et la ville palestinienne de Ramallah. Tous citoyens israéliens, les habitants sont juifs et arabes palestiniens d’Israël. Dans ce village coopératif né il y a une vingtaine d’années à l’initiative du Père Bruno Hussar, dominicain d’origine juive né au Caire, les enfants suivent une éducation binationale – en hébreu et en arabe. Pas question cependant de créer un homme nouveau qui serait un hybride judéo-arabe. Tout en vivant ensemble, chacun garde son identité personnelle et nationale. S’accepter différents et respecter le point de vue des autres n’est pas tous les jours facile. JB
Névé Shalom/Wahat al-Salam, une intuition du Père Bruno Hussar, dominicain d’origine juive
La politique d’encerclement d’Ariel Sharon menace la survie de Névé Shalom
Les projets de «Névé Shalom B» – 350 maisons destinées aux vétérans du YAMAM, unité spéciale antiterroriste de la police – et de «Neot Latrun», une autre implantation de 440 maisons, s’ils se réalisent, étrangleront littéralement Névé Shalom. Que pourraient faire les 30 familles du village absorbées dans une municipalité vingt fois plus grande, dont les élus ne partageraient certainement pas l’idéal de coexistence des fondateurs. Ainsi disparaîtrait une communauté unique en son genre en Israël, dissoute dans une vaste entité au caractère exclusivement juif. En réponse à l’opposition de Névé Shalom aux projets de développement appuyés par Ariel Sharon, les autorités israéliennes bloquent le plan d’expansion du village depuis longtemps déposé et qui lui permettrait de se développer à son rythme. JB
Des photos de ce reportage – paru dans l’édition d’octobre de «Bethléem», la revue mensuelle des Missionnaires de Bethléem, dont le dossier est consacré aux «frontières», peuvent être commandées à CIRIC, CP 405, CH-1001 Lausanne. Tél. 021/617 76 13 Fax. 021/617 76 14
Rome: 20’000 pèlerins allemands attendus à St-Pierre pour la canonisation d’Edith Stein
Helmut Kohl à la tête de la délégation allemande
Rome, 8 octobre 1998 (APIC) Quelque 20’000 pèlerins allemands sont attendus dimanche à la basilique St-Pierre de Rome pour la cérémonie de canonisation de la martyre Edith Stein, carmélite allemande d’origine juive tuée en 1942 par les nazis dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau. A la tête de l’imposante délégation venant d’Allemagne, le futur ex-chancelier Helmut Kohl et son ministre du travail Norbert Blüm.
Des délégations officielles sont également attendues des Länder de Rhénanie-Westphalie et de Rhénanie-Palatinat. La messe de canonisation présidée par le pape Jean Paul II sera retransmise en directe par la chaîne de télévision allemande ARD, qui diffusera également en fin soirée le film «Die Jüdin» (La juive). La délégation allemande comprendra notamment 1’300 servants et servantes de messe de l’archidiocèse de Cologne et 350 catholiques de Silésie.
L’Eglise, malgré les réserves des milieux juifs déjà exprimées lors de la béatification d’Edith Stein en 1987 à Cologne, veut ainsi offrir en exemple le témoignage de la vie et de la mort de celle qu’elle appelle désormais «fille d’Israël et fille du Carmel». Jean Paul II exprime ainsi la certitude que, «en dépit du souvenir des horreurs destructrices et morbides qui ont frappé tant d’hommes et de femmes innocentes, la vie est plus forte que la mort».
La déportation d’Edith Stein a contribué au silence du pape Pie XII
L’arrestation par les SS le 2 août 1942 d’Edith Stein au carmel d’Echt, aux Pays-Bas, puis son assassinat une semaine plus tard à Auschwitz, a eu des conséquences sur le comportement du pape Pie XII, affirme le Père Peter Gumpel. Dans une interview accordée au quotidien catholique italien «Avvenire», le jésuite allemand affirme à cette occasion que la nouvelle de la déportation et la mort d’Edith Stein et d’autres juifs convertis des Pays-Bas en 1942 ont contribué de manière décisive au silence du pape sur l’extermination des juifs par le IIIème Reich.
Le Père Gumpel, qui vécut lui-même aux Pays-Bas pendant la guerre, révèle que Pie XII a brûlé une déclaration de protestation formulée de façon vive qu’il tenait déjà prête pour le journal du Vatican «Osservatore romano». Le pape venait d’apprendre que les occupants nazis avaient déporté ou tué des milliers de juifs néerlandais en réaction à une lettre pastorale des évêques des Pays-Bas dénonçant la politique de l’occupant allemand. Comme la lettre pastorale de l’épiscopat hollandais avait coûté la vie à 40’000 personnes, Pie XII – auquel on reproche son silence sur l’extermination des juifs – n’a pas voulu mettre en danger d’autres vies humaines, affirme le Père Gumpel. Edith Stein a trouvé la mort à Auschwitz deux semaines après la publication de cette lettre critiquant le régime nazi. (apic/kna/cic/be)




