Bruxelles:Conférence internationale «Désarmement durable pour un développement durable»
Desmond Tutu: Prolifération des armes en Afrique du Sud, danger!
Bruxelles, 25 octobre 1998 (APIC) La prolifération des armes légères en Afrique du Sud, nourrissant une criminalité inquiétante, pourrait entraver les progrès réalisés depuis la fin de l’apartheid, met en garde l’archevêque anglican Desmond Tutu. Le Prix Nobel de la paix sud-africain s’est adressé aux quelque 600 délégués participant à la conférence internationale sur le thème «Désarmement durable pour un développement durable», qui vient de s’achever à Bruxelles.
Mgr Tutu, qui préside actuellement la Commission «vérité et réconciliation», s’adressait par liaison duplex aux participants à la Conférence, accueillie par le gouvernement belge. Comme l’a rappelé l’archevêque Tutu, l’escalade de la violence en Afrique du Sud a été grandement facilitée, ces dernières années, par la prolifération des armes dans la société.
«Le monde a admiré la transition pacifique que nous avons connue en Afrique du Sud», a-t-il dit. «Mais ce miracle est aujourd’hui menacé par la criminalité qui sévit à grande échelle parce que l’Afrique du Sud de l’après-apartheid est inondée d’armes. La liberté est menacée par l’absence de sécurité.»
Des Prix Nobel de la Paix contre les ventes d’armes
Dans le monde, ce sont les civils innocents qui sont les premières victimes de la violence, a-t-il poursuivi. Au début du siècle, 5 % des victimes de guerre étaient des civils. Aujourd’hui, ce chiffre est d’environ 90 %. Les armes légères, vendues ouvertement et facilement accessibles aux gangs et aux milices, sont à l’origine de la majorité de ces morts. Mgr Desmond Tutu est l’un des quatre lauréats du Prix Nobel de la paix qui se sont adressés à la conférence, les autres étant Jody Williams, qui fait campagne contre les mines antipersonnel (1997), José Ramos-Horta, porte-parole du Mouvement indépendantiste du Timor oriental (1996) et l’ancien président du Costa Rica, Oscar Arias (1987).
Un «Appel à l’action» adopté par la conférence exhorte la communauté internationale à adopter plus systématiquement «l’imposition d’embargos ou des moratoires sur l’importation et l’exportation d’armes dans les régions ou les tensions s’aggravent.»
Remise de la dette contre destruction d’armes
La résolution demande aussi aux Etats dont la législation sur la possession d’armes individuelles est insuffisante de la renforcer dès que possible. Et dans un passage adressé aux gouvernement occidentaux et à la Banque mondiale, la conférence propose une réduction de la dette extérieure des pays en développement en échange de l’adoption d’un accord visant à détruire les armes de guerre. Selon le quotidien belge «Le Soir», la Banque mondiale a accepté d’examiner cette solution. Des groupes œcuméniques et des associations militant pour la défense des droits de la personne, pour la paix et le développement, étaient fortement représentés à la conférence, et aussi à la réunion des organisations non gouvernementales (ONG) qui a suivi. Organisée entre autres par Amnesty International, Oxfam et Pax Christi, cette réunion des ONG avait pour but de débattre du lancement, des objectifs et de la stratégie du Réseau d’action internationale sur les armes individuelles (IANSA), projet soutenu également par le Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève, et qui verra officiellement le jour l’an prochain.
Plus difficile de s’attaquer aux armes individuelles qu’aux mines antipersonnel
Secrétaire exécutive au sein de l’Unité «Justice, paix et création» du COE, Salpy Eskidjian, coprésident de la réunion, a souligné la nécessité d’une telle initiative pour faire face à cet autre problème humanitaire, après la campagne contre les mines antipersonnel, dans laquelle les Eglises ont joué un rôle important. En s’attaquant fermement à ce problème, on pourrait réaliser des progrès tangibles et écarter la menace de la prolifération d’armes individuelles.
«IANSA est la meilleure façon de coordonner les efforts de la communauté internationale pour faire face au problème des armes individuelles», fait observer Salpy Eskidjian. «Nous ne sommes pas naïfs et nous reconnaissons que c’est un problème plus complexe que la campagne contre les mines antipersonnel.» (apic/eni/be)




