Le projet sera collectif ou ne sera pas

Expo.01: Interview de Gabriel de Montmollin, chargé d’élaborer un nouveau concept

Lausanne, 2 septembre 1998 (APIC) Apres l’échec d’un premier projet, Gabriel de Montmollin a été désigné par la direction de l’Expo.01 pour élaborer un nouveau concept de participation des Eglises à la manifestation. Directeur des Editions «Labor et Fides» à Genève, ce théologien attend le feu vert du jury pour un projet consacré à la «Bonne Nouvelle» et à la «Figure de l’ange». Interview.

Coup de tonnerre en juillet dernier dans le monde des Eglises de Suisse. Fruit de plusieurs mois de travail, de dépenses se chiffrant en centaines de milliers de francs et de la collaboration – unique – d’une quinzaine de communautés chrétiennes de toutes tendances, le projet de l’»Association des Eglises de Suisse à l’Expo 2001» (ESE) passe à la corbeille. «Non conforme aux critères de l’Expo» commente abruptement le jury chargé d’évaluer les quelques 2000 dossiers reçus pour 2001. «Le projet avait tout pour séduire, à l’exception de sa mise en oeuvre conçue dans un cadre trop institutionnel», déclarera par la suite Jacqueline Fendt, directrice de l’Expo.01.

Alors que les Eglises ravalent leur déception et leur colère, la direction de l’Expo.01 mandate un théologien pour élaborer un nouveau concept. Son nom sera tenu secret – pour «éviter des pressions» – jusqu’à vendredi dernier, date à laquelle Jacqueline Fendt a renoué le dialogue avec l’ESE. Gabriel de Montmollin est le théologien désigné. Directeur de la maison d’Edition protestante «Labor et Fides» à Genève, ce neuchâtelois de 39 ans a déposé son dossier le 25 août dernier. La décision du Jury est attendue pour les semaines à venir. En cas de feu vert, un groupe de travail composé de trois délégués de l’ESE, mais aussi de représentants d’autres religions et du monde culturel et scientifique, se mettra au travail pour donner forme à un projet qui tourne autour d’une notion: «La Bonne Nouvelle» et qui introduit la figure symbolique de l’ange. Qu’en pense le futur «monsieur religion» de l’Expo.01?

G. de M.: Le titre de «monsieur religion» est abusif. Tout d’abord il faut laisser le jury faire son travail. Ensuite, mon projet est le résultat du travail d’une dizaine de personnes. Enfin, la future exposition nationale ne proposera que des oeuvres collectives qui ne seront pas signées par leurs concepteurs.

Q.: Vous avez fait partie du jury de l’Expo.01. N’y a-t-il pas confusion dans les rôles?

G. de M.: Non, j’ai quitté le jury quand on m’a proposé d’élaborer un nouveau concept. Cela dit, mes contacts avec des personnes proches de l’Expo m’ont permis de mieux connaître leur philosophie et leurs exigences.

Q.: Votre projet prévoit de mettre en scène des anges. Les verra-t-on voler, ces créatures ailées?

G. de M.: Bien sûr. Mais peut-être qu’on va les sentir aussi. La présence d’un ange, c’est une petite brise qui caresse la joue. On peut aussi imaginer des odeurs. Ou entendre une musique angélique, inspirée d’hymnes sacrés et interprétés avec des sons de la nature, des chants d’animaux ou des bruits de la mer. Ce serait une manière d’exprimer les préoccupations écologiques des Eglises aujourd’hui. Il y aura également des scènes d’Annonciation, où des anges proclameront des bonnes nouvelles.

Lesquelles? La «Bonne Nouvelle», c’est le second volet du projet. Tout d’abord parce que c’est une idée biblique – «Evangile» veut littéralement dire «Bonne Nouvelle» en grec -. Ensuite parce que c’est un thème commun à chacune des traditions religieuses. Toutes les religions annoncent de bonnes nouvelles. Pensez à cette chose extraordinaire que proclament les croyants: «Il y a quelque chose après la mort». Cette thématique de la «Bonne Nouvelle» rassemble donc les religions. Je pense aussi que c’est un thème plus dynamique et plus créatif que celui des valeurs.

Q.: Plus concrètement, ces «bonnes nouvelles» toucheront-elles aussi les visiteurs dans leurs préoccupations quotidiennes?

G. de. M.: Les grandes questions existentielles naissent de la minute, le matin, ou vous vous regardez dans un miroir et que vous vous demandez ce que vous allez faire de votre journée. Cela dit, les religions ont à dire la gratuité dans un monde obnubilé par la valeur marchande des échanges. C’est du concret: l’amitié, la solidarité, la convivialité. Pour en revenir à des grandes notions, ce projet cherche à exprimer la transcendance, c’est-à-dire un ailleurs, un avant, un après qui n’obéit ni aux règles de la science, ni à celles de l’économie ou encore des comportements humains.

Comment exprimer cette transcendance? Ce sera le problème. Comment parler de ce qui est absent ou du moins invisible? Et dans un langage accessible a tous, ludique et non moralisant? La figure de l’ange devrait nous aider. C’est en tous cas un défi fascinant qu’il faudra relever avec tous les autres participants à cette exposition.

Q.: Vous prévoyez justement de faire travailler ensemble des délégués des Eglises avec des représentants d’autres religions ou encore des milieux culturels et scientifiques. Vous pensez que la collaboration sera possible?

G. de M.: J’ai confiance. Je crois que les chrétiens n’ont pas le monopole de la «Bonne Nouvelle». Mais je suis aussi convaincu que le patrimoine des religions est extraordinairement riche, et qu’il peut entrer en débat avec les convictions et les préoccupations de représentants d’autres univers. Le projet devra certes être encore accepté par le jury, au même titre que les Eglises auront à se prononcer. Il ne peut être que collectif (apic/spp/pr)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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