Les paysans sans terre toujours plus victimes d’agressions
Brésil: La CPT dénonce la permanence de la violence contre les paysans
Joao Pessoa, 2 août 1998 (APIC) Pour la Commission pastorale de la terre (CPT) de l’Eglise catholique au Brésil, la violence dans les campagnes a certes changé de forme, mais elle continue intense et permanente. Dans un rapport publié tout dernièrement à Joao Pessoa dans l’Etat de Paraiba, la CPT donne des statistiques accablantes démontrant que les timides essais du gouvernement brésilien pour réaliser la réforme agraire sont insignifiants.
De plus les membres du Mouvement des paysans sont de plus en plus visés par la violence dans les campagnes. Des agressions fomentées par les grand propriétaires unis à une police souvent corrompue et partisane.
L’Etat de la Paraiba a été choisi intentionnellement pour commémorer le dixième anniversaire de cette analyse pastorale faite régulièrement dans le Nord-Est. Analysant les faits et les statistiques des conflits enregistrés durant ces 10 dernières années dans ses rapports successifs, Wilson José Barp, professeur de sociologie à l’Université fédérale du Para (UFPA), estime que l’on passe d’une violence illégitime (expulsion et menaces d’expulsion de familles de paysans) à une violence légitimée par la loi, à travers un acte juridique.
304 familles paysannes ont été victimes en 1997 d’expulsion des terres qu’ils travaillaient et la même année 17’070 familles ont été chassées légalement. Durant ce laps de temps il y eut certes une réduction des expulsions ou menaces d’expulsions, d’assassinats ou de tentatives d’assassinat, de menaces de mort et de tortures. Par contre que les arrestations suivies de prison, les lésions corporelles, les expulsions judiciaires et les destructions de cultures présentent des indices d’augmentation.
La mobilisation du Mouvement des paysans sans terre (MST)
Selon Wilson Barp, les autorités gouvernementales, de plus en plus mises sous pressions par les actions mobilisatrices du Mouvement des paysans sans terre (MST), reprises par les médias, se sentent obligées à remettre certaines terres aux paysans conquises souvent à la suite «d’occupations de terre». L’augmentation du nombre des familles qui reçoivent une terre contribue à la diminution de la violence dans les campagnes. Le sociologue démontre cependant dans son étude que les efforts du gouvernement pour réaliser sa timide réforme agraire ne sont pas du tout à la hauteur de la situation.
Selon le rapport de la CPT, les conflits (736) dans les campagnes en 1997 se sont maintenus à peu près au même niveau (750) qu’en 1996. Des chiffres qui restent cependant nettement au-dessus de la moyenne (500) des cinq années précédantes (1991-1995). En relation avec les personnes concernées, il y a une augmentation brutale et continue depuis 1992: 154’000 personnes alors et 477’105 en 1997.
Quant aux occupations de terre, elles enregistrent une nouvelle augmentation passant de 398 en 1996 à 463 en 1997. L’année dernière elles ont concerné 58’266 familles. La région où l’on a vu le plus d’occupations de terre est celle du Nord-Est, soit 182 occupations représentant le 40% du total du pays. Toujours selon le rapport de la CPT, les assassinats ont été de 30 en 1997 contre 54 en 1996. Les menaces de mort ont connu une légère haute passant de 88 en 96 pour 92 en 1997. La CPT note que les assassinats ou tentatives d’assassinat sont dirigées progressivement à des paysans sans terre. L’an dernier 2’624 familles ont vu leurs maisons détruites contre 1’337 en 1966. Enfin le Brésil en 1997 a connu 17 cas de «travail esclave» concernant 872 victimes. Ceci dans les Etats du Para, du Mato Grosso, de Rondônia, d’Alagoas et du Maranhao. En relation à l’intensité de la violence, on trouve au premier rang l’Etat du Para suivi de celui de Pernamabouco (capitale Recife), du Parana et de Goias. (apic/plp/ba)




