Campagne de Sœur Claire-Marie Jeannotat en faveur d’un condamné à mort au Texas
Mobility: Prospects of Sustainable Society – ce document peut être obtenu (en anglais) auprès du COE, Unité III (Justice, paix et création), B.P. 2100, CH – 1211 Genève 2, Suisse.
L’exécution est fixée au 26 août
Lausanne, 17 août 1998 (APIC) Membre de l’Association suisse «Lifespark», Sœur Claire-Marie Jeannotat, 75 ans, Jurassienne d’origine, lance un appel en faveur d’un détenu qui doit être exécuté le 26 août prochain par injection. Cela se passera une fois de plus dans le Texas du gouverneur Bush Junior, dans la tristement célèbre prison de Huntsville.
«Je vous en parle parce que j’ai fait sa connaissance par correspondance. Dans ses lettres, il évoque sa vie d’Indien mexicain contraint d’émigrer aux Etats-Unis, du comportement de la police sans pitié pour les gens de sa condition, il parle de sa maman, de sa grand-maman, de ses quatre enfants. Nous commencions à nous connaître par ces lettres lorsque la décision est tombée: il doit être exécuté», témoigne aujourd’hui cette ancienne missionnaire en Afrique du Sud, auteur, à l’époque, d’un véritable réquisitoire contre l’apartheid paru sous la forme d’un livre.
Le 26 août, si les démarches actuellement en cours pour obtenir la grâce du supplicié n’aboutissent pas, Gennaro Ruiz Camacho, sera exécuté. Il avait été condamné à mort il y a huit ans pour avoir tué un policier américain. Sœur Claire-Marie Jeannotat croit à son action. Du moins conserve-t-elle un espoir, aussi ténu soit-il: «Des recours peuvent être tranchés positivement encore quinze minutes avant l’injection létale». Dans l’Etat du Texas, il y a eu dix exécutions en juillet. Deux autres sont programmées en août. Ce qui, lance-t-elle, illustre la logique violente du système judiciaire des Etats-Unis. D’un pays, ironise tristement Sœur Claire-Marie, qui se veut le champion des droits de l’homme.
Au nom des intérêt politiques
S’inspirant d’une méthode éprouvée par Amnesty International ou encore par l’ACAT – l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture – pour réclamer la libération de détenus politiques, Sœur Jeannotat vient d’adresser une missive au gouverneur du Texas, fils de l’ancien président Bush. «Si tout crime doit être puni, ce n’est peut être que par une législation visant la promotion et l’amendement de la nature et non sa destruction», plaide la religieuse.
Sœur Jeannotat a contacté des journaux suisses pour qu’ils répercutent son appel, convaincue que seule une large mobilisation de l’opinion aura un jour raison de la peine de mort. Deux lettres types en anglais et traduites en français sont jointes à son appel. L’une à l’adresse du gouverneur Bush, l’autre à celle de Victor Rodriguez, président du «Texas Board of Pardons and Paroles». Elle sait que l’abolition de la peine capitale n’est pas pour demain. Elle déplore que «trop de politiciens des Etats-Unis augmentent leurs chances de faire carrière en défendant la peine de mort». Les D’Amato des partisans de la peine capitale, somme toute.
«Sur une carte toute simple, j’ai écrit un texte bref. Je me suis mise à sa disposition. Je n’ai pas posé de question sur sa situation et son passé. Il a répondu positivement et la relation s’est développée naturellement», explique-t-elle au quotidien «Le Temps». Leur échange épistolaire dure depuis huit mois. «Il ne s’est pas présenté meilleur qu’il est, moi non plus. Notre relation n’a rien de sentimental, mais les sentiments n’en sont pas exclus».
«L’aider à vivre, pas à mourir»
A la fin du mois de juin, l’intensité des lettres a augmenté quand Gennaro Ruiz Camacho a appris que son exécution était fixée au 26 août. Contrairement à d’autres membres de la «Lifespark» qui, en juin 1997, ont traversé l’Atlantique pour assister à l’exécution de leur «correspondant», Sœur Jeannotat restera en Suisse. Elle refuse de devenir «le témoin d’un spectacle». «Je veux l’aider à vivre, pas à mourir».
L’engagement de Sœur Jeannotat n’est pas unique. En Suisse, quelque 200 personnes sont devenues membres d’une association fondée pour soutenir les condamnés à mort aux Etas-Unis et mener des actions en faveur de l’abolition de la peine capitale. «Lifespark» doit son existence à un groupe de femmes bâloises. Chaque membre paie une trentaine de francs par an. Il devient alors parrain d’un détenu. Exigences: s’exprimer en anglais, être patient, compréhensif et équilibré. Une assistance financière aux détenus est en principe exclue, sauf des soutiens modiques pour des achats de livres ou de journaux, par exemple. (apic/lt/pr)




