Une foule soulagée applaudit son nouvel évêque

Suisse: L’espérance renaît dans le diocèse de Coire avec l’installation de Mgr Amédée Grab

Coire, 23 août 1998 (APIC) Après dix ans de controverses, de déchirements et d’amertume causés par l’»affaire Haas», dimanche les fidèles du diocèse de Coire ont enfin retrouvé le sourire. Plus de 500 personnes, visiblement soulagés, ont réservé un accueil chaleureux à leur nouvel évêque, Mgr Amédée Grab. De bonne augure, si l’on songe qu’il y a dix ans, lors de l’ordination épiscopale de son prédécesseur Mgr Wolfgang Haas, ce dernier avait dû utiliser une porte dérobée pour ne pas devoir enjamber un «tapis humain» de manifestants couchés devant l’entrée principale de la cathédrale.

Diplomate à l’écoute des fidèles, homme d’expérience et de consensus, le nouvel évêque a donné d’emblée le ton: pas question pour lui de porter un jugement sur ce qui s’est passé ces dernières années dans le diocèse, ni de dire qui a fait juste et qui a fait faux. Il le précisera plus tard dans son homélie: il vient avant tout comme pasteur et surtout pas comme le représentant d’une tendance théologique déterminée ou pour mener une politique ecclésiale précise.

Sur l’esplanade ensoleillée de la cathédrale de Notre-Dame de Coire trop petite pour la circonstance, les fidèles qui n’ont pas pu entrer ont spontanément applaudi peu avant 15 h l’arrivée de Mgr Grab, accompagné d’une vingtaine d’évêques, dont les membres de la Conférence des évêques suisses, Mgr Jean-Claude Périsset venu de Rome, l’évêque du diocèse voisin de Fekdkirch, en Autriche, une vingtaine de chanoines membres du chapitre cathédral et de quatre Abbés bénédictins, ordre religieux auquel appartient Mgr Grab. Quelque 80 prêtres ont concélébré avec les évêques. Parmi les nombreux invités, connaissances et amis du nouvel évêque, on notait la présence de représentants des gouvernements des 7 cantons diocésains, des Eglises cantonales ainsi que des représentants des autres confessions, dont le métropolite orthodoxe Damaskinos, un représentant de l’Eglise catholique-chrétienne, et le pasteur Heinrich Rusterholz, de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisses (FEPS)

Une nomination sous les applaudissements

C’est le doyen du chapitre cathédral, le chanoine Leone Lanfranchi, qui a souhaité la bienvenue au nouvel évêque diocésain et à toutes les personnes présentes. Il a souhaité à Mgr Grab une bonne santé, confiance et beaucoup de courage. Au nom du nonce apostolique Oriano Quilici – qui avait fait le déplacement de Berne malgré son état de santé précaire – le prévôt de la cathédrale Aurelio Lurati a lu en latin et en allemand la bulle de nomination signée par le pape Jean Paul II. Le nonce l’a alors remise à Mgr Grab, qui a ensuite reçu – sous les applaudissements de la foule massée dans l’édifice – la crosse d’évêque des mains de Mgr Haas, son prédécesseur sur le siège de Coire. Les deux évêques se sont alors donnés l’accolade avec une certaine émotion.

Le chœur de la cathédrale a alors entamé le Gloria de la messe solennelle de Ste-Cécile, du compositeur français Charles Gounod. Pour bien montrer la richesse culturelle du diocèse, la première lecture du prophète Isaïe a été faite en rhéto-romanche, l’Epître aux Hébreux en italien et l’Evangile selon St-Luc en allemand.

«N’ayez pas peur, ouvrez les portes au Christ!». C’est en répétant ces paroles, martelées avec force par le pape Jean Paul II au commencement de son pontificat il y a 20 ans, que Mgr Grab a souhaité débuter son service comme évêque de Coire. Dans son homélie, s’adressant en particulier à ses confrères prêtres et aux collaborateurs dans la pastorale, il leur a dit: «Je ne viens pas à Coire pour représenter une direction théologique déterminée – je ne suis pas un expert en théologie. Je ne viens pas chez vous pour mener une politique ecclésiale fixée d’avance – j’aimerais avant tout être un pasteur. Je ne viens pas non plus pour dire qui, ces dernières années, a fait et a dit de juste et qui a fait faux – Dieu seul est notre juge».

L’essentiel n’est pas de savoir qui a raison entre traditionalistes et progressistes

Mgr Grab s’est dit alors persuadé que comme évêque auxiliaire et ensuite comme évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, il aurait dû davantage prier pour son nouveau diocèse. «Avec vous tous, a-t-il poursuivi, j’aimerais être Eglise, pour qu’avec toutes nos forces, nous remplissions la mission qui ne doit pas être différée: annoncer la Bonne Nouvelle, et, de telle sorte que le monde puisse croire ce message», c’est-à-dire notamment servir, avoir le respect de chaque homme, avant tout des plus pauvres et des plus faibles…

L’évêque de Coire a alors relevé que le monde actuel n’attend semble-t-il pas grand chose des Eglises. De nombreuses réalités rendent la tâche plus difficile: les sorties d’Eglise, la critique impitoyable, la divulgation de manquements vrais ou supposés de responsables de l’Eglise, les problèmes de la transmission de la foi et de la formation chrétienne, dans une époque où tant de personnes sont insécurisées, qui doivent transmettre la foi comme parents, éducateurs ou pasteurs.

Dans cette situation où tout se transforme si vite, «il n’est pas décisif de savoir qui, dans l’Eglise, a raison: ceux qui veulent rester fidèles à chaque tradition ou ceux auxquels un Concile Vatican III apparaît prioritaire. L’essentiel est que nous, comme croyants, nous nous laissions enthousiasmer pour la grande mission qui nous est confiée, comme des disciples de Jésus qui espèrent à nouveau, aiment et prient…»

Remerciant tous ceux qui l’on encouragé à donner ce témoignage, en particulier les évêques qui ont fait le déplacement de Coire, Mgr Grab a alors remercié personnellement Mgr Haas, «qui s’est pleinement engagé pour le diocèse et qui le quitte le cœur lourd». A la fin de la cérémonie empreinte d’émotion, les fidèles ont entamé le «Te Deum» avant de se rassembler sur le parvis de la cathédrale pour un apéritif convivial. (apic/be)

23 août 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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