Vietnam: Le nouvel archevêque de Ho Chi Minh Ville parle de l’avenir avec sérénité

Cinq ans de «vide» à rattraper

Rome, 3 juillet 1998 (APIC) Mgr Jean Baptiste Pham Minh Man, âgé de 64 ans, a reçu le «pallium» des mains du Pape Jean Paul II le 29 juin 1998, solennité des Saints Apôtres Pierre et Paul. Depuis deux mois, il est archevêque de Ho Chi Minh Ville, siège qui a été vacant pendant cinq ans, en raison du refus du gouvernement vietnamien d’accepter Mgr Nicolas Huyin Van Nghi, nommé administrateur apostolique en 1993. Mgr Pham Minh Man parle de son diocèse. De l’état dans lequel il l’a trouvé…

«L’absence pendant cinq ans dans le diocèse a créé des difficultés dans de très nombreux domaines: liturgie, pastorale, travail missionnaire. Je n’ai pas encore une vision complète des dégâts. J’ai écrit une lettre pastorale où j’ai exprimé mes impressions. Les points les plus importants de cette lettre sont que, au milieu des difficultés, tous, y compris les chrétiens, ne pensent qu’à eux-mêmes. Je veux que les chrétiens pensent un peu plus aux autres et surtout à ceux qui ne sont pas catholiques. C’est la mission des chrétiens, d’amour et de service. Il faut aider les autres. Après deux semaines à Ho Chi Minh Ville , j’ai rassemblé les prêtres, les religieux, les religieuses et les laïcs. Je leur ai demandé d’être plus proches des familles dans la misère, des jeunes qui n’ont pas même un toit pour s’abriter».

Q: .Le Diocèse de Hô Chi Minh-ville a de nombreuses activités : écoles, crèches, cours professionnels, dispensaires, tous «clandestins». Le gouvernement vous permettra-t-il de faire cela en public ?

Mgr Pham Minh Man: Nous en parlerons avec les autorités civiles. Le Premier ministre Phan Van Khai a déclaré il y a un mois que les religions sont importantes pour résoudre plusieurs problèmes sociaux du Vietnam. Et le président du Comité populaire de Hô Chi Minh Ville, Vo Viet Thanh m’a dit la même chose en mai, en me demandant une coopération. Nous avons donc demandé de légaliser toutes ces activités. Les autorités ont répondu qu’elles le feraient mais à plusieurs conditions: que les religieuses et les laïcs aient une session d’apprentissage professionnel pour leur travail; que le service ne soit pas confessionnel, mais autonome vis-à-vis des Eglises. Pour cette raison, il faudra peut-être séparer, par exemple, le secteur du dispensaire du secteur «église» ou «couvent».

Q: Le gouvernement a lancé depuis des mois une campagne pour renforcer les Comités catholiques patriotiques, et même à Saïgon. Ce Comité est-il un problème pour la pastorale, ou bien n’a-t-il aucune influence ?

Mgr Pham Minh Man: Si les personnes qui travaillent au Front veulent vraiment être unies avec tous les chrétiens, ce peut être un bien; mais s’ils apportent la division…

Q: Dans la gestion de votre diocèse, vous avez choisi comme Vicaire général Mgr Huynh Cong Minh, connu pour être un membre actif du front Patriotique

Mgr Pham Minh Man: Le Père Minh était un membre actif, mais, dans le passé. A présent, depuis plusieurs années, il n’assiste plus aux réunions du Front et n’y est plus inscrit. En le choisissant, je n’ai rien fait d’autre que de confirmer le choix de mes prédécesseurs, Mgr Van Binh et Mgr Huyin Van Nghi.

Q: En prenant possession de votre Diocèse au mois de mai, vous avez lancé l’idée d’un Synode diocésain. Comment va sa préparation ?

Mgr Pham Minh Man: Il faut poser les bases. Nous avons à peine commencé, et nous attendons l’Exhortation post-synodale sur l’Asie. Je veux que mes prêtres travaillent dans l’esprit du Synode asiatique. La préparation prendra beaucoup de temps… Peut-être célébrerons-nous le Synode en 2000 ! Je sens moi-même que nous avons besoin de remettre en ordre le diocèse, et son unité. Il y a des divisions entre prêtres diocésains et religieux ; entre prêtres du sud et du nord ; entre prêtres et laïcs. Il n’y a pas seulement de la politique, mais une désagrégation de la communauté. Cinq ans sans évêque ont amené à ce que décrit Jésus à la Dernière Cène : je frapperai le Pasteur et les brebis seront dispersées. Le problème le plus grave c’est quand les Pasteurs, les prêtres, deviennent la cause de la division : beaucoup de prêtres ne veulent pas travailler avec les laïcs.

Q: Votre nomination à Hô Chi Minh-ville annonce une lueur dans les rapports entre le Vietnam et le Vatican. Sommes-nous proches des rapports diplomatiques ?

Mgr Pham Minh Man: Je puis dire que, en février dernier, les deux délégations, la délégation gouvernementale et la délégation vaticane, ont passé beaucoup de temps ensemble, plus encore que ce qui était prévu dans le programme. Nous servons de trait d’union. Mais les deux délégations ont le désir et la volonté d’améliorer les rapports. (apic/fides/pr)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!