Le cardinal tanzanien Polycarp Pengo à l’aube de ses 80 ans
Figure importante de l’Église catholique en Afrique, le cardinal Polycarp Pengo aura 80 ans le lundi 5 août 2024 et ne pourra plus voter en cas d’élection de pape. Archevêque émérite de Dar es-Salaam depuis 2019, le Tanzanien a été particulièrement engagé dans le dialogue islamo-chrétien de son pays qui compte un tiers de musulmans.
Avec le 80e anniversaire du cardinal Pengo, le nombre de cardinaux votants en cas de conclave passe à 124, et se rapproche ainsi de la barre de 120 cardinaux – limite maximale théorique fixée par le pape Paul VI.
La Tanzanie garde encore un cardinal électeur en la personne de Protase Rugambwa, 64 ans, créé cardinal lors du dernier consistoire du pape François, en septembre 2023. Le continent africain compte désormais 16 cardinaux électeurs, soit 13% du collège – ils représentaient 10% des participants au conclave de 2013.

Polycarp Pengo est né le 5 août 1944 dans le diocèse de Sumbawanga. Ordonné prêtre pour son diocèse en 1971, il devient le secrétaire de son évêque avant de partir étudier quatre années la théologie morale à Rome, à l’Université pontificale du Latran. Recteur de séminaire à son retour, il est ensuite nommé et ordonné évêque par Jean-Paul II en personne en 1983 pour le diocèse de Nachingwea. Il a alors 39 ans.
En 1990, il est nommé archevêque coadjuteur du diocèse de Dar es-Salaam, alors capitale du pays. Il succède deux ans plus tard comme archevêque au cardinal Laurean Rugambwa (1912-1997), élevé à la pourpre par Jean XXIII en 1960, et qui fut le premier cardinal né en Afrique.
En 1998, Mgr Pengo est créé cardinal par Jean-Paul II à l’âge de 53 ans. Il participe à ce titre aux conclaves de 2005 et de 2013. Il prend en 2007 la tête du symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SECAM).
Artisan du dialogue islamo-chrétien
Archevêque émérite depuis 2019, le cardinal a longtemps dénoncé les fléaux qui affligent la Tanzanie – la corruption et les violences tribales et religieuses. Artisan du dialogue islamo-chrétien dans un pays qui compte 60% de chrétiens et 35% de musulmans, il s’inquiète de la montée du fondamentalisme musulman. Il déplore tout autant le fondamentalisme chrétien présent dans les Églises évangéliques qui attirent de plus en plus de fidèles.
Sur la question des abus sexuels sur mineurs commis dans l’Église, le cardinal Pengo a amorcé une prise de conscience dans une Église africaine peu encline à affronter ce mal. En 2014, il s’est prononcé pour une «tolérance zéro» sur la question.
Comme la plupart des membres du clergé en Afrique, le cardinal Pengo est un conservateur sur le plan de la doctrine de l’Église en matière de morale sexuelle. Il condamne les pratiques homosexuelles et voit par exemple d’un mauvais œil la question de l’enseignement de l’utilisation des préservatifs dans les écoles.
Sur le plan pastoral, il s’est exprimé sur le cas des prêtres africains envoyés en Occident et qui ne souhaitent plus retourner dans leur pays. Déplorant qu’il s’agisse généralement «de la crème de la crème» du clergé, il considère plus utile que l’Afrique garde ses missionnaires.
Polycarp Pengo était un des derniers cardinaux électeurs nommés par Jean-Paul II. Avec ce départ, ils ne sont désormais plus que 6 à avoir été choisis par le pontife polonais, soit moins de 5% du collège qui aura la charge d’élire le successeur du pape François. (cath.ch/imedia/hl/gr)





