Luis Fernando Figari, fondateur de Sodalicio, est accusé d'abus sexuels sur mineurs | © DR
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Pérou: Rome expulse le fondateur de la communauté Sodalicio

Le Saint-Siège a signifié le renvoi du Péruvien Luis Fernando Figari Rodrigo, de la communauté religieuse ‘Sodalitium Christianae Vitae’ (Sodalicio) – qu’il a fondée en 1971 –, dans un décret rendu public le 15 août 2024 par la Conférence épiscopale du Pérou. Le laïc de 77 ans, accusé de graves abus sur mineurs, a déjà fait l’objet de diverses mesures disciplinaires ces dernières années.

L’expulsion, décrétée par le dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, fait suite à l’envoi, par le pape François, de deux enquêteurs sur place, en juillet 2023. Mgr Charles Scicluna et le Père Jordi Bertomeu, membres du dicastère pour la Doctrine de la foi et experts dans la lutte contre les abus, avaient reçu pour mission de faire la lumière sur des accusations portées à l’encontre de responsables de Sodalitium Christianae Vitae (couramment appelé Sodalicio).

Le texte du décret romain, signé du 9 août, pointe du doigt les faits «inacceptables» reprochés à Luis Figari, regrettant qu’ils soient sources de «scandales» et de «graves dommages» envers l’Église.

Réagissant à l’expulsion de Luis Figari, l’actuel supérieur général de Sodalitium, José David Correa González, affirme que le fondateur «n’est pas une référence spirituelle» pour la communauté. Il précise qu’en 2019 déjà, Sodalicio avait formulé une demande de pardon institutionnel à toutes les victimes ayant subi des abus de la part du fondateur.

Des années d’enquêtes pour abus

Né en 1971, le mouvement Sodalicio a été reconnu par le Saint-Siège en 1997 comme société de vie apostolique. Composé de laïcs et de prêtres qui font vœu de célibat et d’obéissance, il est très répandu en Amérique latine, notamment en Argentine, au Brésil, en Colombie, au Costa Rica, au Chili, en Équateur, ainsi qu’aux États-Unis et en Italie.

En 2011, la gouvernance de Sodalicio – dont le fondateur, Luis Figari – s’était retrouvée dans la tourmente alors qu’émergeaient des accusations d’abus. L’affaire s’était embrasée en 2015 après la publication d’un livre d’anciens membres de la communauté accusant les responsables d’abus psychologiques et sexuels, y compris sur mineurs, ainsi que de malversation financière.

La même année, le Saint-Siège avait diligenté une première enquête canonique au sein de Sodalicio. Se désolidarisant, la communauté avait déclaré en 2016 Luis Figari comme persona «non grata». Des mesures avaient aussi été adoptées par les autorités judiciaires du Pérou, à l’encontre du fondateur.

Pour Rome, pas d’entrave à la justice

Puis en février 2017, suite à une nouvelle enquête menée par le cardinal Joseph Tobin, nommé délégué du pape sur cette affaire, le dicastère pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique avait interdit à Luis Figari d’avoir des contacts avec les membres du mouvement, ainsi que de revenir au Pérou et d’y séjourner.

Rome avait dû s’expliquer sur cette interdiction, que les autorités péruviennes avaient vue comme une entrave à la justice. Le but, avait assuré un communiqué du Saint-Siège le 4 juin 2018, était au contraire d’empêcher le fondateur de résider au Pérou où «il compte de nombreux soutiens et où il aurait plus de possibilités de causer d’autres dommages». Luis Figari pouvait revenir au Pérou pour des «raisons graves» et en particulier «pour rendre des comptes» à la justice, précisait la note.

En parallèle, le 10 janvier 2018, le Saint-Siège avait annoncé l’envoi un commissaire apostolique pour Sodalicio, en la personne de l’évêque colombien Mgr Noel Antonio Londoño Buitrago. Le Vatican soulignait «la gravité des informations relatives au régime interne, à la formation et à la gestion financière» du mouvement mis sous tutelle. (cath.ch/imedia/ak/rz)

Luis Fernando Figari, fondateur de Sodalicio, est accusé d'abus sexuels sur mineurs | © DR
16 août 2024 | 14:49
par I.MEDIA
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