Asie: les voyages des papes dans les pays visités par François
Du 2 au 13 septembre 2024, le pape François effectuera le voyage le plus long et lointain de son pontificat en se rendant en Asie et, pour la première fois, en Océanie. À 87 ans, il reste également le pape le plus âgé à voyager. I.MEDIA revient sur les précédentes visites pontificales dans les pays qu’il visitera.
Papouasie Nouvelle-Guinée: l’étonnante connexion polonaise de Jean Paul II
En 1972, six ans avant de devenir pape, le cardinal Karol Wojtyla, alors archevêque de Cracovie, a effectué une visite en Papouasie-Nouvelle-Guinée – alors administrée par l’Australie – afin d’y rencontrer des missionnaires polonais de la Société du Verbe Divin. Des images d’archives en couleur diffusées sur Youtube montrent le futur pontife polonais en visite dans des villages très reculés des montagnes de ce territoire méconnu. Il y donne la communion à des Papous assistant à la messe en tenue traditionnelle. L’un des missionnaires, le Père William Kurtz (1935-2023), sera ensuite promu évêque en 1982 par son compatriote devenu pape.
Après l’indépendance de la Papouasie-Nouvelle-Guinée en 1975, puis son élection comme pontife romain en 1978, Jean Paul II, attentif à la visibilité internationale des jeunes nations décolonisées, visitera le pays à deux reprises.
Il y vient une première fois du 7 au 10 mai 1984, dans le cadre d’un véritable tour du monde. Son périple inclut l’Alaska, la Corée, les Îles Salomon et la Thaïlande. Dès son arrivée dans la capitale de la Papouasie Nouvelle-Guinée, Port Moresby, le pape polonais évoque les souvenirs personnels de sa tournée de 1972. Il mentionne notamment «la beauté du paysage» et «la grande diversité de la population, composée de nombreux groupes ethniques différents, chacun avec sa propre histoire et ses propres traditions».
«Le point d’orgue de cette visite en Papouasie fut la béatification de Peter To Rot (1912-1945)»
Durant les célébrations célébrées à Port Moresby ainsi qu’à Mount Hagen, la troisième ville du pays, le pape encourage une «Église jeune et florissante». Il prête également une attention à la dimension œcuménique, dans ce pays qui compte environ 20% d’anglicans.
Jean Paul II reviendra en Papouasie-Nouvelle-Guinée du 16 au 18 janvier 1995, juste après les JMJ de Manille, aux Philippines, et avant de se rendre en Australie et au Sri Lanka. Le point d’orgue de cette visite en Papouasie fut la béatification de Peter To Rot (1912-1945), le premier martyr papou honoré par l’Église. Ce catéchiste laïc, amené à administrer sa paroisse privée de prêtre durant l’occupation japonaise, fut mis en prison, torturé et exécuté en raison de son opposition à la polygamie d’un policier chrétien qui avait collaboré avec les troupes d’occupation.
L’Indonésie, un archipel visité par Paul VI et Jean Paul II
La ville de Jakarta, capitale d’une Indonésie qui s’était émancipée de la tutelle néerlandaise 22 ans plus tôt, est visitée par Paul VI les 3 et 4 décembre 1970. Il s’agit alors d’une étape sur le chemin entre l’Australie et Hong Kong, dans le cadre de sa vaste tournée asiatique et océanienne constituant le neuvième et dernier voyage international de son pontificat.
Lors d’une brève allocution devant le clergé et les religieux indonésiens réunis à la cathédrale de Jakarta, le pape italien dit son «espérance de voir la vérité du salut se répandre plus largement encore en Asie; elle n’est pas moins destinée à ce continent, puisque l’Évangile doit être prêché à toute la création», assure-t-il.
Lors de son entretien avec le général Suharto, Paul VI lui exprime sa satisfaction «pour les bonnes relations amicales établies officiellement entre la Nation indonésienne et le Saint-Siège». Giovanni Montini utilise l’expression «ce peuple si cher et si nombreux». Il remarque positivement le fait que «la croyance en un Dieu unique» soit inscrite «en tête des cinq principes fondamentaux de la vie nationale», dans ce pays majoritairement musulman.
«Le pape polonais exprime son respect pour le système de tolérance interreligieuse encadré par le régime de Suharto»
Le président Suharto accueillera ensuite Jean Paul II. Il viendra plus longuement, du 9 au 13 octobre 1989, dans le cadre d’une tournée l’ayant conduit préalablement en Corée du Sud, et à l’île Maurice. Le pape polonais y exprime son respect pour le système de tolérance interreligieuse encadré par le régime de Suharto.
«La philosophie du ‘Pancasila’ qui a inspiré et guidé votre croissance nationale reconnaît très justement que le seul fondement solide de l’unité nationale est le respect de tous: le respect des différentes opinions, connexions, coutumes et valeurs qui caractérisent les nombreux citoyens de l’Indonésie», déclare Jean Paul II. Ses propos feront polémiques, les organisations de défense des droits de l’homme accusant le pape de passer sous silence les exactions du régime à l’égard de l’opposition et de certaines minorités.
Outre Jakarta, le pape polonais visite notamment Yogyakarta, Tuntungan, ainsi que Maumere et Doladero, sur l’île de Flores, une place forte du catholicisme indonésien. Il y rencontre notamment les nombreux séminaristes locaux, saluant la dynamique positive des vocations religieuses et sacerdotales.
L’étape contestée de Jean Paul II à Dili
Mais c’est l’étape à Dili, dans un Timor oriental alors victime des exactions de l’armée indonésienne, qui suscitera le plus de commentaires et de controverses. «Nous sommes en train de mourir comme peuple et comme nation», écrit, quelques semaines auparavant, Mgr Belo, administrateur apostolique de Dili et avocat fervent de l’indépendance timoraise. Le prélat s’exprime dans un courrier adressé, entre autres, au nonce apostolique en Indonésie et au secrétaire général de l’ONU. Les estimations convergent pour estimer que l’armée indonésienne a tué un quart de la population de ce territoire, soit 200’000 personnes sur 800’000.
La messe que le pape célèbre le 12 octobre 1989 dans cette ville rencontre une affluence relativement faible, dans un climat de vives tensions entre la police et certains participants. Alors que beaucoup attendaient un appui explicite du pape à la cause indépendantiste, Jean Paul II s’en tient, dans son homélie, à des paroles de compassion pour ceux qui ont fait «l’expérience de la destruction et de la mort à la suite de conflits». Il remarque que la population timoraise sait ce que «signifie être victime de la haine et de la lutte. De nombreux innocents sont morts, tandis que d’autres ont été la proie de représailles et de vengeances».
«La visite du pape François sera la première d’un pontife au Timor oriental en tant qu’État indépendant»
Mais le pape déçoit une partie de l’assistance par une prière perçue comme trop prudente et générale, «pour que ceux qui ont la responsabilité de la vie au Timor oriental agissent avec sagesse et bonne volonté envers tous, en recherchant une solution juste et pacifique aux difficultés actuelles».
La discrétion du pape face aux exactions du régime de Suharto fut alors interprétée par certains observateurs comme un ›blanc-seing’ laissé à ce régime qui avait fait efficacement rempart à l’expansion du communisme, avec le soutien de l’Occident. L’indépendance du Timor oriental sera finalement reconnue par l’Indonésie, sous la pression de la communauté internationale, en 2002, quatre ans après la chute de Suharto.
La visite du pape François, du 9 au 11 septembre prochains, ne sera donc pas la première d’un pape à Dili en tant que ville, mais bien la première d’un pontife au Timor oriental en tant qu’État indépendant. L’évêque de Rome visitera ce pays considéré comme le plus catholique du monde après le Vatican, avec un taux d’affiliation au catholicisme de près de 98% de la population.
Singapour: l’escale de Jean Paul II en 1986
La Cité-État de Singapour fut le lieu d’une escale de cinq heures du pape Jean Paul II le 20 novembre 1986, dans le cadre de sa tournée asiatique et océanienne l’ayant aussi conduit au Bangladesh, aux îles Fidji, en Nouvelle-Zélande, en Australie et aux Seychelles. Le point d’orgue de sa visite fut la messe célébrée au Stade national devant 80’000 personnes, soit la grande majorité des catholiques du pays, qui étaient alors 105’000. Une quarantaine de cardinaux, environ 200 prêtres et quelques groupes venus de Thaïlande et de Malaisie, participèrent également à la liturgie.
«Le thème de l’immigration sera certainement au centre de la visite du pape à Singapour»
Dans une longue homélie de près d’une demi-heure, prononcée en anglais, Jean Paul II rendit hommage au dynamisme des catholiques singapouriens, invitant aussi l’Église locale à refuser toute politique de planning familial imposé, un sujet clivant dans ce petit territoire soumis à une forte pression démographique.
«Je souhaite assurer les couples que l’Église les soutient dans leurs efforts pour exercer de manière responsable leur droit fondamental de former des familles, de porter et d’élever leurs enfants, sans aucune forme de contrainte ou de pression», expliqua alors le pape. Il suscita la perplexité de certains responsables protestants et musulmans qui avaient exprimé une certaine souplesse quant aux techniques de limitation des naissances.
Singapour affichait alors déjà l’un des taux de fécondité les plus bas du monde, à 1,43, bien inférieur au seuil de renouvellement naturel. Ce taux a encore baissé pour s’établir désormais à 1,12. La démographie singapourienne repose donc en très grande partie sur l’immigration et la venue de travailleurs étrangers, souvent pour des contrats temporaires, ce qui représente aussi un défi d’accompagnement pastoral pour l’Église locale. Ce thème sera certainement au centre de la visite du pape François, du 11 au 13 septembre prochains. Le pontife argentin sera donc le deuxième pape à visiter Singapour, mais le premier à y séjourner sur plusieurs jours. (cath.ch/imedia/cv/rz)





