Hongrie: Scandale après le soutien d’un évêque réformé hongrois à un parti d’extrême droite
Trahir la Hongrie? «Même pas pour le Royaume des cieux»
Budapest, 4 juin 1998 (APIC) Le soutien apporté par un évêque réformé hongrois à un parti d’extrême droite déclenche une controverse en Hongrie, après la diffusion d’un tract en faveur de ce parti écrit et par Lorant Hegedus, évêque réformé hongrois bien connu. Ce tract – «la Hongrie doit être sauvée»-, distribué avant le deuxième tour des élections du 24 mai, exhortait les citoyens à «ne pas trahir la Hongrie, même pour le Royaume des cieux».
Le «document» apporte aussi un soutien explicite au parti «Vérité et vie» (MIEP), dont le leader, Istvan Csurka, a appelé à l’établissement d’une «grande Hongrie» pendant la campagne électorale et déclaré que la Hongrie était «prisonnière des griffes de capitalistes juifs occidentaux». Par ailleurs, ajoute le tract, le «programme radical» du MIEP, qui n’a obtenu au Parlement que 14 sièges sur 386, pourrait être comparé au «sang coulant de l’arbre de la croix du Christ».
C’est le Fidesz – parti civique du centre droit qui a l’emporté sur le Parti socialiste (MSZP) lors des élections du mois dernier et devrait former un gouvernement de coalition qui ne comprendrait pas le MIEP.
Le tract de l’évêque Hegedus a suscité les protestations de 150 pasteurs et laïcs qui ont publié une déclaration, et du président du synode de l’Eglise, l’évêque Gusztav Bolcskei, qui a précisé que l’évêque n’avait pas le «droit de parler au nom de l’Eglise». Pour l’un des signataires de la déclaration, Istvan Szabo, la référence au sang du Christ est «blasphématoire» et les souffrances du Christ sont «utilisées à des fins politiques».
«Nous ne pouvons accepter un point de vue théologique mettant sur le même pied le salut de la Hongrie et un parti politique», a-t-il déclaré à l’Agence œcuménique ENI. Par ailleurs, a-t-il ajouté, selon le règlement de l’Eglise réformée hongroise, il est interdit de «soutenir directement un parti, ou de mener une campagne politique dans le cadre des églises».
L’évêque Hegedus a aussitôt rejeté ces critiques, en faisant remarquer que «cette élection n’était pas seulement politique, mais représentait un tournant de la vie morale» du pays.
Selon le «World Churches Handbook», publié à Londres, sur dix millions de Hongrois, un peu plus de 20 % sont membres de l’Eglise réformée hongroise et plus de 60 % sont catholiques. (apic/eni/pr)




