Le gouvernement pose trop de barrières au processus de paix

Mexique: Mgr Ruiz renonce à son rôle de médiateur au Chiapas

San Cristobal de las Casas, 8 juin 1998 (APIC) Mgr Samuel Ruiz Garcia, évêque de San Cristobal de las Casas, au Mexique, renonce à son rôle de médiateur dans la province du Chiapas. L’évêque des Indiens reproche au gouvernement de relancer la tension dans le Chiapas. Mgr Ruiz reproche au gouvernement de s’éloigner du processus de paix et de favoriser un climat de violence

La démission de Mgr Ruiz intervient alors que la violence redouble au Mexique en général et dans le Chiapas en particulier. Dimanche 7 juin, dans l’Etat du Guerrero, onze rebelles ont été tués et 5 autres ont été blessés au cours d’un affrontement entre militaires et des membres de l’armée populaire révolutionnaire (EPR), à El Charco, à 260 km au sud de Mexico. Aucun bilan n’a en revanche été donné sur les pertes éventuelles subies par l’armée. Le massacre de 45 indigènes le 22 décembre dernier à Acteal, dans le Chiapas, avait fait rebondir sur la scène internationale la violence exercée par l’armée et les groupes paramilitaires dans cette région, la plus pauvre du Mexique.

Dans sa lettre de démission, Mgr Ruiz relève qu’il n’ignorait pas, en acceptant son rôle de médiateur, que le processus de paix entamé avait une dimension nationale et internationale. Aujourd’hui, Mgr Ruiz ne peut plus se taire: «Il est évident que le gouvernement s’est éloigné du chemin du dialogue. L’évêque du Chiapas dénonce les multiples agressions contre son diocèse, qui se sont converties aujourd’hui en «persécutions systématiques» de la part du gouvernement.

Graves accusations

Et d’énumérer: «Expulsion de 7 prêtres à partir de fausses accusations; emprisonnement de 4 prêtres; fermeture de quelque 40 églises – dont certaines sont occupées par les forces de l’ordre; mandats de recherche contre de nombreux prêtres, religieux, religieuses et missionnaires; pressions exercées à l’encontre de paysans pour qu’ils affirment que le diocèse leur à remis des armes; profanation du Saint-Sacrement dans de nombreuses églises par la police de sécurité…» Mgr Ruiz conclut sa lettre en relevant qu’il convient de construire une nouvelle étape afin de recréer des conditions nouvelles à un nouveau processus de paix.

Quant à la CONAI, elle prend acte de la lettre de démission de l’évêque de San Cristobal, pour rendre hommage au travail accompli par Mgr Ruiz en faveur de la paix et de la justice. Elle constate que le gouvernement continue à démanteler les conditions nécessaires au dialogue et à la négociation.

La presse mexicaine du lundi accorde une large place à la démission de Mgr Ruiz comme président de la Commission nationale de médiation (CONAI). Elle souligne, avec Mgr Ruiz, que cette démission est la conséquence de l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations entre les zapatistes et le gouvernement mexicain. Des négociations que bloquent depuis trop longtemps le gouvernement, dénonce Mgr Ruiz, qui motive par là sa démission.

Plus possible de travailler

En raison des multiples échecs constatés lors des entrevues, le travail de la Commission ainsi que le processus de paix sont gravement mis en danger, explique encore l’évêque des Indiens. Selon lui, une action responsable dans ces circonstances n’est plus possible.

Durant son travail de médiation dans le conflit du Chiapas, Mgr Ruiz a échappé à plusieurs attentats. A plusieurs reprises, il a reçu des menaces de mort. Mgr Ruiz avait entre autres négocié l’accord de San Andrés, par lequel le gouvernement mexicain s’engageait, début 1996 et devant le mouvement de résistance zapatiste, à respecter les droits des Indiens du Chiapas.

Dans les mois qui suivirent l’accord, Mgr Ruiz a dénoncé plusieurs fois la croissante militarisation de la région, et articulé, avec les observateurs, le chiffre de 70’000 soldats appuyés par un matériel logistique important.

La détérioration de la situation au Chiapas avait encore été confirmée par le Père dominicain Pablo Romo, porte-parole du Centre de défense des droits de l’homme Bartolomée de las Casas, au Chiapas, au cours d’une interview accordée ce printemps à l’APIC. Il avait alors dénoncé la «guerre de basse intensité» menée par le pouvoir politique et militaire dans le Chiapas, ainsi que la torture «la norme au Chiapas» utilisée habituellement par la police. «Le gouvernement, expliquait-il, a un scénario pour la consommation internationale, en disant qu’il respecte les droits des Indiens, tout en vidant de leur substance les Accords de San Andrés. Il divise les communautés indiennes en recrutant des paramilitaires dans leurs rangs, soutenus et entraînés par la police et l’armée».

Les trois objectifs des paramilitaires… et du gouvernement mexicain

Ces forces paramilitaires liées au pouvoir sont hostiles à la résistance pacifique des paysans du Chiapas. Leur objectif est triple: diviser la communauté indigène; briser la résistance pacifique; attiser les conflits en multipliants les affrontements et en créant de nouveaux foyers de tension afin de justifier par la suite l’intervention des forces gouvernementales. (apic/pr)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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