Dans son discours, le pontife a salué la «sagesse et l’équilibre» des principes inspirateurs de l’État indonésien | © Vatican Media
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Indonésie: le pape met en garde contre l’extrémisme et l’intolérance

En visitant le plus grand pays musulman du monde, tenant d’un islam modéré, le pape François a incité les dirigeants indonésiens à «contrecarrer l’extrémisme et l’intolérance», le 4 septembre 2024, à Jakarta. Dans ce qui était le premier discours de son grand périple en Asie et en Océanie, le pape a aussi encouragé à défendre la justice sociale. 

Au lendemain de son arrivée dans l’archipel reliant l’océan Indien et l’océan Pacifique, après une journée de repos, le pontife s’est rendu au cœur de Jakarta dans le palais présidentiel ‘Istina Merdeka’ (le palais Liberté, en indonésien), à quelque 3 kilomètres de la nonciature où il loge durant son séjour. Dans l’ancien bâtiment des autorités coloniales hollandaises, entouré des jardins luxuriants de la place Merdeka, il s’est entretenu en privé avec le président Joko Widodo, avant de se présenter devant les autorités civiles indonésiennes dans la salle ‘Istina Negara’ («palais national») du palais présidentiel. 

Devant les dirigeants de ce grand pays où plus de 200 millions de fidèles – la population musulmane la plus importante du globe – pratiquent un islam souvent tolérant et modéré, le chef de l’Église catholique a appelé à «contrecarrer l’extrémisme et aussi l’intolérance» qui «tentent de s’imposer en se servant de la supercherie et de la violence». Le pape a pointé du doigt les «cas où la foi en Dieu est continuellement mise au premier plan, mais souvent pour être malheureusement manipulée et pour servir […] à fomenter des divisions et à augmenter la haine». 

Malgré les précautions du gouvernement, l’Indonésie n’a pas été épargnée ces dernières années par la diffusion de mouvements terroristes comme Daesh. En 2018, trois églises de Surabaya (Java) ont été attaquées et en 2021, un attentat-suicide a fait une vingtaine de blessés dans la cathédrale de Makassar, à Sulawesi, lors de la messe des Rameaux. À l’approche de la venue du pape, deux attentats ont été déjoués par la police sur l’île de Java.

Dans son discours, le pontife a salué la «sagesse et l’équilibre» des principes inspirateurs de l’État indonésien, reflétés dans la devise nationale «Bhinneka tunggal ika » (»Unis dans la diversité»). «Parfois, des tensions violentes se développent au sein des États, parce que ceux qui détiennent le pouvoir voudraient tout uniformiser, imposant leur vision, même dans des domaines qui devraient être laissés à l’autonomie des individus ou des groupes associés», a-t-il glissé au passage devant les politiques, qu’il a appelés à défendre la «justice sociale». 

Dieu dans la Constitution 

François a également fait l’éloge du préambule de la Constitution de 1945, qui invoque la bénédiction divine sur la République indonésienne naissante. Et de décrier les contextes sociaux où l’on «croit pouvoir ou devoir ne pas tenir compte de la recherche de la bénédiction de Dieu, la jugeant superflue pour l’être humain et la société civile». 

Enfin, le 266e pape a assuré les autorités civiles de la volonté de l’Église catholique – représentant une petite minorité de 3% de la population – de renforcer le dialogue interreligieux et la collaboration avec les institutions publiques, insistant sur le fait qu’elle devait le faire «sans prosélytisme». Il a souhaité « une distribution plus efficace et plus équitable de l’aide sociale» afin de «vaincre les déséquilibres et les poches de misère qui persistent encore dans certaines régions du pays».

En rentrant du palais présidentiel, le pape a rencontré en privé la communauté jésuite d’Indonésie | © Vatican Media

Sortant de son texte, le pontife a aussi fustigé les politiques malthusiennes qui visent à limiter les naissances. Puis il a donné comme «exemple pour tous les pays» l’Indonésie où les familles ont «trois, quatre ou cinq enfants», y opposant les familles qui préfèrent avoir un chien ou un chat.

Peu avant, le président Widodo avait vanté dans son discours l’esprit du Pancasila, les cinq principes fondateurs de l’Indonésie moderne, parmi lesquels celui de la cohabitation des religions. Défendant les différences religieuses comme un «fertilisant pour l’unité et la paix», il a condamné les «40’000 vies» victimes de la guerre en Palestine et salué l’action du Saint-Siège en Terre sainte.

En rentrant à la nonciature, le pape a rencontré en privé la communauté jésuite. Dans l’après-midi, il doit se rendre à la cathédrale pour un rendez-vous avec les prêtres et les religieux du pays, devant lesquels il prononcera son deuxième discours de la journée. Le pontife de 87 ans conclura sa journée avec les jeunes du réseau éducatif Scholas occurentes.  

En Indonésie, première étape de son long voyage de 11 jours qui doit le mener aussi en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Timor oriental et à Singapour, le pape François visite pour la quatorzième fois de son pontificat un pays majoritairement musulman. (cath.ch/imedia/ak/cd/bh)

Dans son discours, le pontife a salué la «sagesse et l’équilibre» des principes inspirateurs de l’État indonésien | © Vatican Media
4 septembre 2024 | 09:52
par I.MEDIA
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