Messe du pape à Jakarta | © Vatican Media
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Jakarta: Le pape appelle les catholiques à bâtir la paix

Le pape François a clôturé son étape en Indonésie par une messe célébrée dans le stade Gelora Bung Karno de Jakarta, le 5 septembre 2024. Aux catholiques indonésiens qui vivent dans le plus grand pays musulman du monde, le pape a confié la mission d’œuvrer pour bâtir une «civilisation de paix» et d’être des «constructeurs de l’espérance».

Camille Dalmas, envoyé spécial d’I.MEDIA en Indonésie

Pour son dernier grand rendez-vous en Indonésie, le pape François a gagné l’immense arène sportive de 80’000 places située au centre de la ville, et rincée quelque temps avant la célébration par une ondée abondante qui n’a pas suffi à rafraichir l’air de Jakarta. Les fidèles n’ont pas été découragés, eux qui étaient nombreux à confier se sentir privilégiés d’avoir accès au pontife le temps d’une messe.

Joko Widodo, le président indonésien, musulman, a salué les fidèles catholiques par un message vidéo avant la messe, largement ovationné par la foule. Il a ensuite salué le pape à l’entrée du stade mais n’a pas assisté à la célébration.

Dans une autre enceinte attenante, près de 20’000 autres participants étaient massés devant des écrans pour suivre la célébration en direct. En amont de la messe – suivie par 100.000 personnes selon les organisateurs -, le pape est venu les saluer en faisant un tour en papamobile.

Affublés de t-shirts et polos colorés de leurs paroisse ou diocèse, les catholiques venus de tout l’archipel ont formé une véritable mosaïque dans le stade. Ils étaient accompagnés par des délégations de pays voisins, notamment venues des Philippines, du Vietnam ou du Bangladesh.

Le pape François a fait un long tour de piste dans ce stade aux dimensions olympiques en papamobile, sous les «Viva Papa Francesco » scandés en rythme. Des drapeaux rouge et blanc, couleurs du pays, étaient agités par tous les catholiques – mais aussi quelques musulmans – présents sur place.

Le stade de Jakarta a accueilli la messe du pape | © Vatican Media

La recherche de «la paix et du dialogue»

Durant la messe, le pape François a exhorté les catholiques à persévérer dans la paix et l’espérance. La recherche de « la paix et du dialogue » restait ainsi au cœur de son message délivré durant ses trois jours passés en Indonésie, première étape de son long périple qui doit à présent l’emmener en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Timor oriental et à Singapour.

Durant l’homélie prononcée en italien, le pontife argentin a souhaité encourager les catholiques à «construire une société plus juste» et ce malgré les difficultés et les erreurs. «Il nous est demandé de ne pas rester prisonniers de nos échecs, […] de regarder Jésus et de Lui faire confiance», a-t-il insisté, en commentant le récit évangélique de la pêche miraculeuse.

Tissant la métaphore, le successeur de Pierre a adressé cet appel à la nation indonésienne: «Ne vous lassez pas de prendre le large et de jeter vos filets, ne vous lassez pas de rêver et de construire à nouveau une civilisation de paix! Osez toujours rêver au rêve de la fraternité!». 

La Parole de Dieu, «boussole pour notre voyage»

Appelant à préserver le «trésor» de la fraternité présente en Indonésie ou encore la joie qui caractérise ce « peuple souriant », le pontife a répété, l’importance d’être des «constructeurs de paix et d’espérance».

Aux fidèles catholiques, l’évêque de Rome a aussi formulé une mise en garde contre «les choses éphémères de ce monde» et contre «la vanité des paroles humaines». Sortant de ses notes, il les a avertis de ne pas devenir des «perroquets» qui récitent de belles prières sans les vivre véritablement.

Pour s’en prémunir, a-t-il suggéré, il faut «écouter la Parole de Dieu et vivre la Parole». Elle est, selon lui, une «boussole pour notre voyage, la seule qui soit capable de nous ramener au vrai sens de la vie parmi tant de blessures et d’égarements».

Cette messe en public achevait le programme du pape François en Indonésie, marqué notamment par la signature ce jeudi avec le grand imam de Jakarta d’une déclaration commune prônant le refus du fondamentalisme et la recherche de l’amitié entre les religions. Le pape dormira une quatrième nuit à la nonciature de Jakarta, avant de poursuivre son périple en Papouasie-Nouvelle-Guinée. (cath.ch/imedia/cd/hl/mp)

Messe du pape à Jakarta : «On a besoin de construire des églises»

Deux jours, et seize heures de bus. C’est le temps pris par le frère Walden Sitangang, un capucin plein d’énergie, pour venir à Jakarta assister à la messe du pape François, comme 80.000 fidèles. Entouré par ses paroissiens et d’autres catholiques de son diocèse de Medan, ville de deux millions d’habitants au nord de Sumatra, il sourit, comme si l’effort de ces dernières heures ne méritait même pas d’être mentionné. Nous avons de la chance d’être ici », reconnaît-il, expliquant que beaucoup d’autres personnes auraient rêvé de faire le voyage.

Frère Walden Sitangang, de Medan | © Camille Dalmas

L’Indonésie et « l’obsession pour la consommation ».

C’est un sentiment que partage Angelina, de Bitung, une ville située au nord de l’île de Celèbes, où les tensions ont pu être très vives au début des années 2000 avec la communauté musulmane. Sur son téléphone, elle montre le profil du pape, avec des « cœurs » sur chaque photo publiée par les community managers du pontife. Venue avec sa fille et d’autres membres de sa famille, elle ne parle quasiment pas anglais, mais s’exclame plusieurs fois en lançant : « We love the pope ». Sa fille, qui tente de faire la traductrice, fait comprendre que sa maman « regarde beaucoup les messes du pape François à la télévision ».
Shinta, 49 ans, fait partie de l’organisation, et en est très fière. Elle a accompagné un évêque philippin invité par la conférence épiscopale indonésienne depuis l’aéroport jusqu’aux divers rendez-vous du pontife à Jakarta. Après avoir discuté avec son hôte, elle pense que beaucoup de pays d’Asie ont le même problème : « l’obsession pour la consommation ».

Faciliter la construction d’églises

Angelina, de Bitung | © Camille Dalmas.

« La parole du pape sur ce sujet est importante », estime-t-elle, soulignant aussi l’importance de la question du rapport avec ses compatriotes musulmans. Une cohabitation que cette habitante de Jakarta juge « assez harmonieuse », signe que cela pourrait être perfectible.
Quand on lui demande ce que pourrait apporter la visite du pape, la catholique affirme que la visibilité de l’Église incarnée par le pape pourrait avoir un effet très bénéfique : « On a besoin de construire des églises ». Elle assure que malgré un manque réel – elle évoque des paroisses de 90.000 fidèles –, il est parfois très difficile de faire accepter la construction d’une église, signe de croissance de leur communauté, dans des quartiers où habitent des musulmans. « Le dialogue peut aider dans ce domaine », insiste-t-elle.
Le frère Walden Sitangang, prêche lui aussi le dialogue avec l’islam, prenant pour modèle saint François d’Assise. « Nous devons apprendre à connaître nos différences », insiste-t-il. Il en est convaincu, tout se résoudra si sa communauté suit l’attitude du Poverello quand il demandait à Dieu : « Seigneur, qu’attends-tu de moi ». CD/I.MEDIA

Messe du pape à Jakarta | © Vatican Media
5 septembre 2024 | 14:51
par I.MEDIA
Temps de lecture : env. 5  min.
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