Ghana: Les évêques déplorent l’exploitation illégale de l'or
La Conférence des évêques catholiques du Ghana (GCBC – Ghana Catholic Bishops’ Conference) s’est insurgée contre l’exploitation minière illégale à petite échelle. La mécanisation et le développement de l’orpaillage sauvage dans le pays, depuis plus de 20 ans, ont des conséquences néfastes pour l’environnement et la population.
«C’est une destruction méchante et cupide de nos ressources forestières», a fustigé la GCBC, dans une déclaration datée du 11 septembre 2024, signée de son président, Mgr Mathew Kwesi Gyamfi, évêque du diocèse de Sunyani, au centre-ouest. Les évêques ont dénoncé «la corruption, la complicité des dirigeants politiques et le manque de volonté politique» qui permettent à l’exploitation des sols de prospérer.
Plus connue sous l’appellation locale de «Galamsey», cette pratique traditionnelle et illégale de recherche de l’or se faisait manuellement, avec des outils rudimentaires tels que les pioches et les tamis. Mais, depuis le début des années 2000, elle s’est modernisée avec l’arrivée d’environ 50’000 chercheurs d’or chinois, explique Mongabay, une ONG de défense de l’environnement.
Déforestation et pollution
Ces migrants ont développé une exploitation minière mécanique avec notamment des pelleteuses, des pompes à eau et des bulldozers, précise MDPI, un éditeur de revues scientifiques en libre accès. Cette mécanisation, permettant aux orpailleurs de creuser le sol en profondeur a favorisé l’arrachage des arbres et destructuré les composants et les fertilisants qui nourrissent la terre, détruisant ainsi les forêts.
Selon les évêques du Ghana, la «Galamsey» a pollué l’eau de plusieurs rivières qu’elle a rendue «impropre à la consommation, à l’usage agricole et domestique, entraînant des pertes de terres et de récoltes». Cette situation a aussi «un impact négatif» sur les moyens de subsistance des communautés rurales (agriculteurs, éleveurs et pêcheurs) qui dépendent de ces cours d’eau.
«De vastes terres arables, des plantations de cacao (principale production économique du Ghana) et d’autres cultures ont été détruites par ces activités d’exploitation minière illégale, réduisant la capacité du pays à produire de la nourriture, tout en menaçant la sécurité alimentaire», soulignent les évêques.
Ils déplorent «les conséquences préjudiciables pour les petits exploitants qui dépendent de leur terre pour survivre». A cela s’ajoutent les conséquences sanitaires, puisque l’utilisation des produits nocifs, tel que le mercure présente des risques élevés pour les enfants et les communautés vivants aux alentours des sites d’orpaillage. De plus, ces produits chimiques contaminent les sources d’eau et les réserves alimentaires, entraînant à long termes des complications respiratoires et neurologiques pour la population.
La GCBC a rappelé que, dans son encyclique Laudato si’, le pape François appelle tous les peuples à prendre soin de notre maison commune: la terre. «En tant que gardien de la Création, nous avons la responsabilité morale de préserver l’environnement pour les générations actuelles et futures. Mais les activités indiscriminées des mineurs illégaux continuent à porter atteinte à cette responsabilité». Les évêques appellent à une action «rapide et décisive du gouvernement, afin de mettre fin au phénomène, par l’application des moyens disponibles.» (cath.ch/ibc/bh)
Le Ghana, huitième rang mondial de la production d’or
Actuellement, selon Mongabay, le Ghana est le deuxième producteur d’or en Afrique et se classe au huitième rang mondial, avec une production déclarée de 79 tonnes en 2021. La production d’or au Ghana comprend à la fois l’exploitation minière à grande échelle, largement dominée par les multinationales, et l’exploitation minière à petite échelle, réservée par la loi aux seuls Ghanéens. Environ un million de Ghanéens se livrent à cette pratique qui ferait vivre environ 4,5 millions de personnes dans ce pays de 32 millions d’habitants. Cependant, seuls 15% de ces mineurs seraient déclarés et donc légaux. MGAY





