L’ordre était venu d’en haut, la hiérarchie militaire épargnée
San Salvador: Les militaires assassins de quatre religieuses américaines libérés
San Salvador, 26 juin 1998 (APIC) Trois des cinq militaires reconnus coupables de l’assassinat de trois religieuses et d’une missionnaire laïque américaines en 1980 sont désormais libres, annonce la presse salvadorienne. Les trois soldats ont purgé près des deux tiers de leur peine de 30 ans de prison et ont été libérés pour bonne conduite. L’Eglise salvadorienne a dénoncé cette décision, car les commanditaires du crime n’ont pas été inquiétés. Elle réclamait la réouverture du dossier.
L’Eglise catholique salvadorienne a payé un prix élevé durant la guerre civile qui a ensanglanté ce petit pays d’Amérique centrale, faisant près de 100’000 morts. Nombre de prêtres, religieux et religieuses sont tombés dans les années 80 sous les balles des corps de sécurité du gouvernement ou des escadrons de la mort qui leur étaient liés. L’Eglise a réclamé à plusieurs reprises une enquête approfondie et complète sur les circonstances de l’enlèvement et de l’assassinat des religieuses américaines.
Elle soupçonne que seuls les auteurs matériels – de simples soldats – ont été punis, mais que les ordres étaient venus de plus haut. Ce crime horrible avait suscité une grande vague d’indignation au plan national et international. Les religieuses avaient été enlevées sur la route de l’aéroport en décembre 1980, violées puis abattues.
Les soldats assassins reconnaissent pourtant aujourd’hui avoir agi sur ordre de leurs chefs. Reconnus coupables en 1984, ils avaient jusqu’alors toujours nié ce fait. Le gouvernement américain de Ronald Reagan soutenait le régime en place pour combattre le Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN). Durant les années 80, les Etats-Unis ont dépensé sept milliards de dollars pour aider le gouvernement salvadorien à combattre la guérilla.
Les confessions des quatre hommes ont été faites en mars aux deux avocats du «Lawyers Committee for Human Rights» (Commission des juristes pour les droits de la personne), de New York, qui représente les familles des victimes – les sœurs de Maryknoll Maura Clarke et Ita Ford, la soeur ursuline Dorothy Kazel et la missionnaire catholique laïque Jean Donovan. Les gouvernements des Etats-Unis et d’El Salvador, toutefois, ont toujours soutenu que les auteurs de ces meurtres avaient agi seuls. Les quatre gardes nationaux salvadoriens ont reconnu que leur supérieur immédiat, le sous-sergent Luis Antonio Colindres Aleman, leur avait dit avoir reçu «l’ordre de tuer ces femmes, et qu’ils n’auraient pas participé à l’assassinat des religieuse sans cette assurance».
Les auteurs du crime – Daniel Canales Ramirez, Carlos Joaquin Contreras Palacios, Francisco Orlando Contreras Recinos et Jose Roberto Moreno Canjura – reconnus coupables en 1984, ont été condamnés à 30 ans d’emprisonnement pour meurtre. (apic/eni/kna/be)




