Synode: ne pas opposer les évêques aux laïcs
L’évêque «ne peut vivre son service que dans le Peuple de Dieu, avec le Peuple de Dieu», a expliqué le pape François le 2 octobre 2024. Il s’exprimait lors de la séance d’ouverture de la session finale du Synode sur la synodalité, qui se tient au Vatican jusqu’au 27 octobre.
Devant les plus de 350 membres du Synode répartis sur 38 tables en Salle Paul VI, parmi lesquels près d’une centaine ne sont pas évêques mais disposent du droit de vote, le pape a exhorté à ne pas opposer clercs et laïcs mais à se situer dans une dynamique de coresponsabilité.
«Il ne s’agit certainement pas de remplacer l’un par l’autre, exaltés par le cri: ‘Maintenant, c’est notre tour’!», a averti François. Il est apparu agacé par certains «bavardages» ayant entouré sa décision d’ouvrir le droit de vote au Synode à des personnes n’ayant pas reçu l’ordre épiscopal, parmi lesquels des prêtres, des diacres, des religieux et religieuses, et des laïcs, hommes et femmes.
Si quelques prêtres et religieux avaient obtenu le droit de vote lors de précédentes assemblées synodales, l’élargissement du droit de vote à des laïcs, et notamment à des femmes, avait constitué une innovation majeure lors de la première session de cette assemblée synodale, en octobre 2023.
Pas de réduction de la «dimension épiscopale»
En juillet 2023, le cardinal Mario Grech, secrétaire général du Synode, avait toutefois précisé que cette institution gardait le titre de «Synode des évêques», ces derniers gardant une majorité qualifiée parmi les membres car ils ont un «ministère fondateur».
Dans la même optique, le pape François a redit cet après-midi, en ouvrant les travaux de cette seconde session, que «la présence dans l’assemblée du Synode des évêques de membres qui ne sont pas évêques ne diminue pas la dimension ‘épiscopale’ de l’assemblée. Elle n’impose pas non plus de limites ou de dérogations à l’autorité propre de l’évêque seul et du collège des évêques.»
Ce rappel du pape est une réponse à certaines critiques et inquiétudes romaines. Mais il peut aussi se situer comme une réponse aux revendications du Chemin synodal allemand, dont les participants ont voté, en septembre 2022, en faveur de l’établissement d’un Conseil synodal qui donnerait à des laïcs des prérogatives de contrôle sur l’activité des évêques et sur leurs nominations. En janvier 2023, dans un courrier approuvé par le pape François, plusieurs responsables de la Curie romaine avaient rappelé à l’ordre l’épiscopat allemand sur l’incompatibilité d’une telle mesure avec le droit canonique.
De nouvelles formes possibles «dans le respect du dépôt de la foi»
De nouvelles formes d’exercice du service d’évêque «devront être identifiées en temps opportun, toujours dans le respect du dépôt de la foi et de la Tradition vivante», a toutefois expliqué le pontife le 2 octobre 2024. Il a redit que cette évolution devait se situer «toujours en réponse à ce que l’Esprit demande aux Églises en ce temps particulier et dans les différents contextes dans lesquels elles vivent».
«Jamais l’évêque, comme tout autre chrétien, ne peut se penser ‘sans l’autre’. De même que personne n’est sauvé seul, la proclamation du salut a besoin de tous, et que tous soient entendus», a-t-il expliqué dans ce discours à la tonalité très spirituelle. Le pontife argentin s’est notamment référé à saint Irénée de Lyon et à son traité Contre les hérésies, en expliquant que l’Église «ne peut marcher ni se renouveler sans l’Esprit Saint et ses surprises; sans se laisser modeler par les mains du Dieu Créateur, son Fils Jésus-Christ, et l’Esprit Saint».
Le «désir» d’une réforme dans l’Église
«Beaucoup pensent que le but du Synode est un changement structurel dans l’Église, une réforme», a souligné pour sa part, le secrétaire général du Synode, le cardinal Mario Grech, dans son discours. Et de glisser: «Il s’agit d’une inquiétude, d’un désir qui traverse toute l’Église. Nous la désirons tous, mais nous n’avons pas tous la même idée de la réforme et de ses priorités». Pour que la réforme soit «vraie», il a rappelé que l’Esprit Saint devait avoir «la primauté» dans les travaux des membres.
Évoquant la mise en œuvre de ce grand processus après la fin du mois, il a parlé en particulier de la responsabilité de l’évêque et du discernement dans les assemblées des Églises de chaque continent. «Il faudra continuer à réfléchir sur cet aspect au niveau théologique, canonique et pastoral», a-t-il suggéré, laissant entendre que le format des rencontres continentales pouvait se pérenniser. «Un travail intense nous attend», a-t-il assuré. Il a précisé que la session ne se conclurait pas par «une déclaration théorique», mais s’incarnerait dans «la vie concrète de l’Église».
Cette première réunion de l’assemblée – ouverte à la presse et diffusée par les médias du Vatican, alors que les suivantes se dérouleront à huis clos – a également été marquée par des vidéos faisant le point sur les chantiers en cours assumés par des groupes thématiques, notamment sur la question de la polygamie en Afrique, sur la formation des prêtres, le rôle des évêques… (cath.ch/imedia/cv/rz)





