50 prêtres prêts à entrer en campagne électorale en 1998

Brésil: Evêques divisés sur la participation des prêtres dans la politique

Sao Paulo, 11 mai 1998 (APIC) Des prêtres brésiliens, davantage que dans le passé, sont intéressés à des mandats politiques, affirme un récent rapport de la Commission nationale du clergé (CNC). Plus de 50 prêtres au Brésil sont maires, membres du législatif communal, députés de leur Etat, voire députés fédéraux à Brasilia. En cette année électorale, plus de 50 autres ecclésiastiques sont en train de consulter leur évêque pour savoir s’ils peuvent entrer en campagne pour les élections générales d’octobre 1998.

Le Père Valderi da Rocha, du diocèse de Sobral (Etat du Ceara) et président de la CNC, commentant ces chiffres, a déclaré que cette question provoque d’intenses discussions parmi les membres du clergé, mais aussi parmi les fidèles. Certains estiment que ce n’est vraiment pas la place des prêtres de s’engager sur cette voie. D’autres n’y voient aucun inconvénient. Ce sujet, très polémique, a été traité par la Conférence nationale des évêques brésiliens (CNBB) lors de sa récente Assemblée générale annuelle (fin avril) à Itaici, près de Sao Paulo.

Au début de l’Assemblée, Mgr Murilo Krieger, évêque de Maringa et président du secrétariat général des évêques du Parana, avait promis de présenter un document sur «la participation des prêtres à des mandats politiques», dans l’idée de dissuader les prêtres-candidats. Une préoccupation d’autant plus fondée que l’Etat du Parana compte le plus grand nombre de prêtres engagés dans la politique des partis. Une dizaine de prêtres, entre autres un député fédéral et deux maires. D’autre part, 15 prêtres du même Etat ont déjà manifesté leur intention de participer aux élections de cette année. «A ce rythme, se plaint l’évêque de Maringa, nous allons retourner aux temps où l’Eglise cumulait pouvoir politique et religieux».

Quelques semaines avant l’assemblée de la CNBB, les évêques du Parana avaient divulgué un document sur ce sujet. Ils prenaient nettement leurs distances face à cette pratique: «Nous ne sommes pas d’accord que des prêtres s’inscrivent à des partis politiques et en conséquence ils ne doivent pas accepté une candidature à des fonctions publiques. Les évêques menaçaient les prêtres qui passeraient outre. En cas de désobéissance, les prêtres ne pourraient plus exercer leurs fonctions sacerdotales comme celles de présider l’eucharistie, donner les sacrements ou prononcer des homélies.

Le nonce apostolique approuve

La déclaration des évêques du Parana fut appuyée publiquement par le nonce apostolique au Brésil, Mgr Alfio Rapisarda. Ce dernier a envoyé une lettre de félicitations à Mgr Krieger dans laquelle il écrivait: «Je forme des vœux pour que la position ferme, décidée et claire des évêques du Parana fasse réfléchir ceux qui seraient tentés d’abandonner le service du troupeau». La lettre du nonce fut citée lors des débats de la CNBB. Egalement favorable à la déclaration des évêques du Parana, le cardinal Lucas Neves Moreira, archevêque de Salvador, fit nommer une commission pour rédiger une note sur la question pour qu’elle soit votée par l’ensemble des évêques. Mgr Krieger fut nommé président de la commission.

La majorité des évêques se rebiffe

Mais à l’heure du vote, les évêques refusèrent massivement la proposition interdisant aux prêtres de se présenter à une élection politique. Beaucoup d’évêques plaidèrent pour laisser à chaque évêque la liberté d’accorder ou non l’autorisation en invoquant qu’il n’est pas nécessaire que la CNBB se mêle de cette affaire.

Plusieurs évêques argumentèrent que le sujet est déjà suffisamment traité par le code de Droit canon, qui indique à l’article 285 que les prêtres ne doivent pas assumer des charges publiques, et à l’article 287 qu’ils ne doivent pas s’inscrire à des partis politiques. Mais le Droit Canon prévoit cependant des exceptions. Elles affirment que «si le bien commun l’exige», l’autorité ecclésiastique peut permettre à un prêtre d’être candidat. Il convient à cette même autorité de décider si le candidat doit alors être éloigné temporairement du ministère sacerdotal.

Dans toutes les périodes de l’histoire du Brésil, il y eut toujours des prêtres qui exercèrent des charges politiques. Parmi les cas les plus connus, on cite souvent dans le Nord-Est, le Padre Cicero Romao Batista (1834-1934), vénéré encore comme un saint. Officiellement pourtant, l’Eglise n’a jamais reconnu les miracles qu’on lui attribue. Propriétaire de vastes extensions de terre dans la région de Juazeiro do Norte, dans l’Etat du Ceara, il fut élu successivement maire, député fédéral et vice-président de l’Etat. (apic/plp/ba)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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