Le président des évêques brésiliens tente de calmer le jeu

Brésil: La menace de prison préventive des dirigeants du MST met le feu aux poudres

Salvador, 15 mai 1998 (APIC) Les déclarations d’évêques et de cardinaux brésiliens sur la légitimité des victimes de la sécheresse «de prendre la nourriture là où elle se trouve», continuent de faire des vagues. Le ministre de la Justice, Renan Calheiros, menace de prison préventive 15 dirigeants du Mouvement des paysans sans terre (MST). Le président de la Conférence nationale des évêques brésiliens (CNBB), le cardinal Lucas Moreira Neves, archevêque de Salvador, essaye de calmer le jeu en recevant en fin de semaine dernière à Salvador le président de la République, Fernando Henrique Cardoso.

Le cardinal, connu pour ses positions politiques conservatrices, s’est cru obliger de dire au président Cardoso, que seuls quelques ecclésiastiques et non pas l’Eglise catholique dans son ensemble, défendent l’invasion des supermarchés par les victimes de la sécheresse dans de Nord-Est. Parmi ces ecclésiastiques, il y a pourtant deux de ses confrères, les cardinaux Paulo Evaristo Arns, archevêque de Sao Paulo et Serafim Fernandes de Araujo, archevêque de Belo Horizonte.

Visiblement gêné pas les déclarations de certains évêques sur le sujet des invasions des supermarchés, le cardinal de Salvador a poursuivi: «On a fait une fausse interprétation de leurs déclarations. Ils ont dit que de prendre des aliments n’est pas un crime selon la loi et qu’il n’est pas question de péché du point de vue moral, mais cela ne veut pas dire que l’Eglise a le droit d’inciter les gens à voler dans les supermarchés».

Le cardinal a également pris ses distances avec la Commission pastorale de la terre (CPT), elle aussi très engagée pour défendre les victimes de la sécheresse: «La CPT n’est pas la CNBB», a-t-il dit sèchement.

Le cardinal Neves a mis à la disposition du gouvernement le réseau des 8’000 paroisses de tout le pays pour une campagne contre la faim. Elles vont récolter des aliments entre le 17 et le 24 mai, période officielle prévue pour la campagne. Beaucoup recueillent déjà argent et vivres pour les victimes de la sécheresse. Le cardinal de Salvador a également promis de parler au pape de la tragédie que vit le Nordeste quand il le rencontrera la semaine prochaine au Vatican.

Le cardinal Neves et le président de la République ont décidé de se rencontrer à nouveau à la fin du mois de mai pour une nouvelle évaluation de la situation. .

Le ministre de la Justice se fait menaçant

L’annonce, par le Ministre de la Justice, Renan Calheiros, que la Police fédérale allait demander la prison préventive de 15 dirigeants du Mouvement des paysans sans terre, a mis le feu aux poudres et a relancé la polémique. Parmi les dirigeants cités, se trouvent les très connus Joao Pedro Stedile et Jaime Amorim, accusés «de former des bandes de comploteurs et d’inciter la population à des actes de violence».

«Nous ne permettrons pas que l’industrie de la sécheresse se transforme en industrie de vol lors des invasions», a déclaré le ministre de la Justice à Recife lors de la dernière réunion du Conseil de sécurité du Nord-Est où il a été planifié que Police fédérale, appuyée par l’armée, renforcerait sa présence pour protéger les hangars et les supermarchés. De son côté, le ministre de la Réforme agraire, Raul Jungmann, a déclaré que le gouvernement n’avait pas d’autre issue que de demander la prison préventive des 15 leaders du MST.

Appuyant les avocats des paysans sans terre, Sepulveda Pertence, membre du Suprême Tribunal fédéral (STF), a qualifié de son côté «de très ingénue» la réaction des politiciens qui croient trouver «dans la répression policière et dans la législation pénale une issue à des mouvements purement sociaux.»

«Le gouvernement est-il pris prêt à arrêter des évêques?»

Dans l’Etat du Pernambouco dont la capitale est Recife, la réaction a été immédiate. Giberto Portes de Oliveira, de la direction nationale du MST, a déclaré que son mouvement va continuer d’organiser l’invasion des supermarchés. «Si le gouvernement met en prison les dirigeants de notre mouvement, il devra aussi arrêter plus de 9 millions de personnes qui ont faim, mais aussi des évêques qui sont de leur côté». En ces moments graves, le devoir du gouvernement est de résoudre le problème de la faim et non pas de menacer de prison ceux qui veulent simplement donner à manger aux affamés. Le MST est simplement solidaire avec ces derniers. Si le gouvernement trouve des aliments et de l’eau pour tout le monde, nous n’organiserons plus d’invasions, a assuré Gilberto Portes de Oliveira. A Sao Paulo, le candidat du Parti des travailleurs (PT) à la présidence de la République, Luiz Inacio da Silva (Lula), a déclaré de son côté que la demande de prison préventive est «une grossièreté incommensurable». (apic/plp/ba)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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