Cri d’alarme des doyens des Facultés catholiques

France: L’Eglise doit réhabiliter la philosophie

Paris, 24 mai 1998 (APIC) Y a-t-il encore une place pour la philosophie dans l’Eglise? La question est posée en France par les doyens des Facultés de philosophie des Instituts catholiques.

«Les conditions académiques qui sont les nôtres ne nous permettent pas aujourd’hui de penser sereinement l’avenir de nos institutions», avoue dans le quotidien «La Croix» le Père Philippe Capelle, doyen de la Faculté de Philosophie de l’Institut Catholique de Paris.

Interrogé sur ce cri d’alarme par le quotidien catholique, le P. Capelle souligne la nécessité de «faire référence à la mémoire vive de l’intelligence chrétienne», en rappelant que «toute la tradition intellectuelle dogmatique est nourrie de cette référence aux concepts et aux thèmes philosophiques».

La foi n’est pas un «cri»

Le doyen s’inquiète de certains comportements de type «proclamatoire», qui semblent vouloir «dévisser» de cette référence à ce qui, dans la mission même de l’Eglise, est une instance de médiation pour toute prise de parole crédible. «En bref, dit-il, la foi n’est pas un cri, un sentiment, mais un geste de l’être tout entier, composé d’intelligence, de corps et d’esprit. On ne peut pas amputer l’être humain de sa dimension critique».

Si on commence à sortir d’une période «funestement anti-intellectualiste», on n’est pas encore entré pour autant dans une période où les moyens seraient à la hauteur des intentions de renouveau intellectuel, constate le P. Capelle. Pour lui, il y a situation d’urgence: «Les conditions académiques qui sont les nôtres ne nous permettent pas aujourd’hui de penser sereinement l’avenir de nos institutions». S’il y a chez les philosophes aussi bien que chez les théologiens une tendance à séparer leurs disciplines respectives, une sorte de «divorce par consentement mutuel», le doyen parisien observe: «La philosophie doit – en France, nous n’y sommes pas habitués – intégrer le religieux et sa mise en discours. Cela relève d’une approche rationnelle, positive. Réciproquement, la théologie ne peut organiser son discours sans traverser les différentes manières dont la culture et sa rationalité se comprennent».

La foi en quête d’intelligence

La philosophie doit permettre, rappellent les doyens des facultés catholiques, «d’éviter les évidences mal contrôlées et de prendre une distance critique à l’égard de toute idéologie». Le P. Capelle note ainsi que le renouveau récent de la philosophie a permis de relativiser le poids des sciences humaines et de mieux circonscrire les présupposés de leur exercice. Par ailleurs, ajoute-t-il, dans sa grande tradition, la philosophie a toujours constitué un aiguillon critique face à toutes les idéologies, quelles qu’elles soient. Devant le retour de certains fanatismes, l’exercice philosophique permet une structuration favorable à la négociation, au délai de réflexion.

Y a-t-il une matière ou une manière spécifiques d’enseigner la philosophie dans l’Eglise? Pour le P. Capelle, la philosophie dans l’Eglise n’est pas une théologie déguisée: il s’agit proprement de philosophie lorsque les enseignants ouvrent leurs étudiants à la rigueur de la pensée et de l’argumentation critique. En même temps, conclut-il, la démarche philosophique se trouve enrichie lorsqu’elle reçoit l’inspiration chrétienne: «Elle ouvre à l’espace de sens inspiré par le monde religieux. En ce sens, il n’y a pas antinomie entre la pensée et la foi, mais interaction fécondante. On retrouve ici l’élan fondamental de la foi en quête d’intelligence». (apic/cip/cx/pr)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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