Colombie: Militaires au siège de «Justice et Paix»: sévère condamnation de l’épiscopat
Assassinats et disparitions continuent
Bogota, 24 mai 1998 (APIC) Le président de la Conférence des évêques de Colombie a vivement protesté contre la visite musclée effectuée par des militaires au siège de la Commission Justice et Paix à Bogota. Quelques jours plus tôt, vingt-huit personnes avaient été massacrées par des paramilitaires dans la région de Puerto Alvira.
Une quinzaine de militaires ont fait irruption le 13 mai dans les locaux de la Commission Justice et Paix à Bogota. Equipés d’armes automatiques et de gilets pare-balles, ils ont confisqué les archives et les données mises en mémoire dans l’ordinateur. Argument invoqué pour cette intrusion: les militaires cherchaient des documents concernant le groupe de guérilla «Armée de libération nationale». La présidente de la Conférence des religieux de Colombie, soeur Vallejo, a précisé que le personnel avait été menacé avec des armes.
Ces faits sont considérés comme très graves et ont provoqué une vigoureuse protestation de Mgr Alberto Girardo Jaramillo, président de la Conférence épiscopale, dont la Commission Justice et Paix est un des moyens d’expression. «De tels faits traduisent le soupçon de complicité d’une organisation ecclésiale avec la guérilla. Ils apparaissent comme un prélude aux exécutions extrajudiciaires», redoute l’évêque, qui signale que le personnel a été soumis à «des actes cruels et dégradants, sous la menace des armes» et accusé «d’appartenir à une organisation subversive».
La terreur règne
Quelques jours plus tôt, vingt-huit personnes avaient été massacrées par des paramilitaires dans la région de Puerto Alvira – un massacre prévisible, aux dires du Comité permanent pour la Défense des droits de l’homme. «Des hommes armés ont regroupé les habitants du village et en ont emmenés certains dont les noms figuraient sur une liste», a témoigné le curé de Puerto Alvira, le père Ernesto Diaz Cuenca, De nouveaux massacres ont été perpétrés par les paramilitaires dans deux villages, qui ont fait sept morts. La terreur règne dans le pays. Aux assassinats s’ajoutent les disparitions forcées: la majorité des personnes disparues sont soumises à la torture, avant d’être exécutées et enterrées dans des fosses communes, ce qui rend très difficile l’identification des cadavres.
Entre octobre 1996 et septembre 1997 on a enregistré en Colombie 192 «disparitions» de civils, dont 180 sont imputées aux paramilitaires et 12 aux agents du gouvernement. (apic/cip/pr)




