Plus de 15 ans dans l’antichambre de la mort
Genève: Des chrétiens se battent contre l’exécution du texan Joseph John Cannon,
Genève, 3 avril 1998 (APIC) L’exécution, prévue le 22 avril, de Joseph John Cannon condamné à mort dans l’Etat du Texas, causera certainement moins de tapage médiatique que celle de Karla Faye Tucker, en février. Elle est pourtant tout aussi injuste estime la Dynamique ACAT-Jeunes (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture). Ce groupe de jeunes chrétiens se bat pour la préservation de la dignité humaine et pour l’abolition de la peine capitale et de la torture. Ses membres de Vernier (GE) réagissent.
Joseph John Cannon, détenu depuis plus de 15 ans dans le couloir de la mort d’une prison texane, a été condamné à mort en 1980 pour meurtre. Agé de 17 ans lors de son acte, il souffrait, selon le dossier élaboré par la Dynamique ACAT-Jeunes, de troubles psychiatriques dus aux brutalités subies durant son enfance. Grâce à des appels venus de toute part, sa date d’exécution a été repoussée plusieurs fois. La dernière est fixée au 22 avril 1998.
Amnesty International, lors d’une enquête sur les mineurs condamnés à mort au Texas, constate que «les avocats de la défense, qui devraient tout faire pour rechercher et utiliser les circonstances atténuantes, ont souvent failli à leur tâche. Tous les inculpés mineurs venaient de familles indigentes et ont été représentés par des avocats d’office dont l’expérience pénale était souvent limitée. Certains n’ont pas enquêté sur leur client, ni sur l’existence d’un dossier psychiatrique».
A l’âge de quatre ans, Joseph J. Cannon a été blessé à la tête dans un accident et est resté onze mois dans le coma. Cette lésion cérébrale, ainsi que les vapeurs de colles et d’essences qu’il a inhalées, ont entravé son développement psychique et affecté son comportement. Lors du procès, l’avocat chargé de sa défense a omis de citer les circonstances dans lesquelles son client a fait son acte, si bien que les jurés seront uniquement informés de son illettrisme et du fait qu’il était mineur au moment du meurtre.
3’000 condamnés attendent la mort aux Etats-Unis: «Phare de la démocratie»
ACAT-Jeunes relève que les Etats-Unis bafouent la Convention relative aux droits de l’enfant et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Ces textes qu’ils ont ratifiés proscrivent la peine de mort pour les mineurs.
Selon Amnesty International, en 1996, il y a eu 4’272 exécutions dans 39 pays. La Chine figure en tête avec 3’500 exécutions, suivie par l’Ukraine (167), la Fédération de Russie (140), l’Iran (110), l’Arabie saoudite (69), et les Etats-Unis (45). Ces derniers ont déjà exécuté plus de 400 prisonniers depuis 1977, date à laquelle la peine capitale a été remise en vigueur. 31 exécutions ont eu lieu cette année au Texas soit plus que dans tous les autres Etats américains (les Texans sont favorables à la peine de mort à 75%).
Actuellement, 3’000 prisonniers attendent dans les couloirs de la mort suite à l’application de la peine capitale à des mineurs, la discrimination dont est victime la minorité noire et le soutien massif de la population aux théories et aux pratiques les plus répressives aux Etats-Unis.
Les finances comme espoir ?
Seul espoir de voir la peine de mort régresser: son coût pour la collectivité. Selon les Etats, mener à terme une exécution (cela prend en moyenne 11 ans) revient entre deux et trois fois plus cher que la détention à perpétuité, sans possibilité aucune de libération. La chaise électrique ne risque pas d’être détrôné par humanisme, mais pour des considérations économiques et financières.
L’année 1998 célèbre le 50ème anniversaire de la déclaration des droits de l’homme. Et pourtant, ce n’est plus un secret pour personne, des gouvernements ne respectent pas cette déclaration. Toujours selon ACAT-Jeunes: «Pour se rendre plus légitime dans la violation des droits inaliénables comme le droit à la vie, des personnes se fondent sur un pouvoir devenu arbitraire, dont chaque pays se donne le droit d’en modifier la nature, selon les époques. Cette théorie se trouve dans l’étymologie de ce mot devenu si cynique nommé: Justice». (apic/com/ab)




