Lettre du pape au gouverneur Bush pour demander la clémence
Etats-Unis: Exécution cette nuit de Joseph J. Cannon
Rome, 22 avril 1998 (APIC Le pape Jean-Paul II a écrit le 8 avril dernier au gouverneur du Texas, George Bush jr, pour demander une mesure de clémence pour Joseph Cannon, condamné à mort qui devrait être exécuté ce soir, dans la nuit de mercredi à jeudi, heure européenne. L’intervention du pape a été rapportée par la nonciature à Washington et confirmée à l’APIC par la salle de presse du Vatican.
Comme il le fait lorsque les familles ou les proches de la personne condamnée en font la demande, comme notamment pour Karla Faye Tucker en février et, plus proche, pour José Roberto Villafuerte, exécuté en Arizona, le pape a écrit par l’intermédiaire du nonce du pays, en l’occurrence Mgr Agostino Cacciavillan, Pro-nonce à Washington depuis 1990. Mais la nonciature admet que les chances d’obtenir des résultats sont en général réduites.
Joseph Cannon a été condamné à mort dans l’Etat du Texas pour le meurtre d’une femme. Il avait alors 17 ans. Il en a maintenant 38. Détenu à la prison de Huntsville, il soutient que 21 ans de prison l’ont transformé et rapproché de la religion.
Dans sa lettre au gouverneur du Texas, le pape écrit qu’un geste de clémence contribuerait à former un climat social plus «respectueux de la vie humaine».
John Cannon serait, depuis cinq ans, le premier condamné exécuté pour un meurtre survenu alors qu’il était mineur. Mais 70 détenus mineurs attendent actuellement la mort dans les prisons de Etats-Unis.
Joseph John Cannon, détenu depuis plus de 15 ans dans le couloir de la mort, a été condamné à mort en 1980 pour meurtre. Agé de 17 ans lors de son acte, il souffrait, selon le dossier élaboré par la Dynamique ACAT-Jeunes, de troubles psychiatriques dus aux brutalités subies durant son enfance. Grâce à des appels venus de toute part, sa date d’exécution a été repoussée plusieurs fois. La dernière est fixée au 22 avril 1998.
Procès bâclés
Au cours d’une enquête réalisée sur les mineurs condamnés à mort au Texas, Amnesty International avait constate que «les avocats de la défense, qui devraient en principes tout faire pour rechercher et utiliser les circonstances atténuantes, ont souvent failli à leur tâche. Tous les inculpés mineurs venaient de familles indigentes et ont été représentés par des avocats d’office dont l’expérience pénale était souvent limitée. Certains n’ont pas enquêté sur leur client, ni sur l’existence d’un dossier psychiatrique».
A l’âge de quatre ans, Joseph J. Cannon a été blessé à la tête dans un accident et est resté onze mois dans le coma. Cette lésion cérébrale, ainsi que les vapeurs de colles et d’essences qu’il a inhalées, ont entravé son développement psychique et affecté son comportement. Lors du procès, l’avocat chargé de sa défense a omis de citer les circonstances dans lesquelles son client a fait son acte, si bien que les jurés seront uniquement informés de son illettrisme et du fait qu’il était mineur au moment du meurtre.
Cannon n’est pas Pol Pot
Il n’en demeure pas moins que John Cannon mourra dans la nuit du 22 au 23 avril 1998 dans la prison de Huntsville après l’injection mortelle et en dépit des appels à la clémence lancés à un gouverneur soucieux des voix électorales, alors que, fait-on remarquer dans les milieux des droits de l’homme, un Pol Pot, responsable du massacre de près de 2 millions de Cambodgiens, est décédé de sa «belle» mort. Dans un lit.
Les finances comme espoir ?
Seul espoir de voir la peine de mort régresser: son coût pour la collectivité. Selon les Etats, mener à terme une exécution (cela prend en moyenne 11 ans) revient entre deux et trois fois plus cher que la détention à perpétuité, sans possibilité aucune de libération. La chaise électrique ne risque pas d’être détrôné par humanisme, mais pour des considérations économiques et financières. (apic/imed/pr)




