18% du corps pastoral est composé de femmes en Suisse

Accès des femmes au ministère pastoral: état des lieux dans les Eglises protestantes

Lausanne, 29 avril 1998 (APIC) Egalité hommes/femmes, donc accès des femmes au ministère pastoral? Une analyse sociologique de l’Institut d’éthique social (IES) de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) propose un état des lieux du pastorat au féminin dans les Eglises protestantes. Près d’un cinquième – 18% – du corps pastoral suisse est aujourd’hui composé de femmes

Balancées entre traditions et modernisme, les Eglises chrétiennes ont de tous temps tenté d’apporter une réponse aux débats de société. Parmi ceux-ci, la question de l’égalité entre hommes et femmes figure en bonne place. Alors que de nombreuses traditions chrétiennes se refusent toujours à autoriser le ministère pastoral des femmes, les Eglises protestantes, en Suisse et dans la plupart des pays européens, reconnaissent sans restriction la mixité du pastorat, et ce depuis une bonne trentaine d’années.

Une étude sociologique intitulée «Pasteur: une profession féminine?» dresse un état des lieux de la question dans les Eglises protestantes romandes. Les résultats de cette recherche seront présentés cette fin de semaine lors d’un colloque organisé par l’Institut d’éthique sociale de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et la commission féminine de cette même fédération sur ce thème et celui plus général de l’égalité.

Le processus de reconnaissance du ministère féminin dans les Eglises réformées de Suisse remonte au début du siècle. La première a avoir ouvert la brèche dans un monopole jusque-là exclusivement masculin est l’Eglise nationale protestante de Genève (ENPG). En 1928, le Consistoire – c’est-à-dire l’organe législatif de l’ENPG – admettait officiellement l’idée d’un ministère féminin. «Le milieu libéral et ouvert de Genève, qui était aussi à cette époque le berceau du féminisme en Suisse, explique le climat favorable à l’accès des femmes au pastorat», explique Martine Haag, sociologue, auteur de l’étude «Pasteur: une profession féminine?».

Si progressiste soit-il, le Consistoire a toutefois soumis le statut des femmes pasteures à certaines conditions. Diplômées en théologie et consacrées, elles ne pourraient qu’assumer des fonctions d’auxiliaires ou de suppléantes, n’étant pas éligibles en paroisses. Jusqu’en 1967, une seule femme exerça ce type de ministère. «Sans doute parce que l’époque n’était pas encore acquise au travail des femmes», avance la sociologue.

Le tournant des années 70

Les années 70 marquent indéniablement un tournant. Baignées par les débats de société et par la remise en cause de l’autorité qui caractérisent la fin de la décennie 1960, les Eglises entament une vaste réflexion sur elles-mêmes pour mieux s’adapter à la société. Dans ce contexte, la question de l’égalité devant le ministère, que la plupart des Eglises protestantes cantonales accordèrent sans restriction entre 1962 et 1970, paraît moins primordiale que les débats sur la définition générale des ministères.

Le principe du ministère féminin occasionna toutefois, on s’en doute, de vastes controverses entre opposants et partisans. Les premiers se référaient aux textes bibliques pour condamner le pastorat féminin jugé contraire aux préceptes chrétiens définissant le rôle de la femme. Un autre argument avancé par les opposants se rapproche en la matière de la position catholique qui considère le ministère pastoral comme un ministère de médiation, dévolu par nature aux hommes. A preuve: le Christ n’a jamais appelé de femmes à la fonction apostolique.

Les partisans du pastorat féminin, s’appuyant sur la méthode historico-critique des textes bibliques, mettent en évidence une lecture réactualisée des Ecritures. Dans cette approche, l’organisation patriarcale n’est pas forcément conforme à la Révélation, relèvent-ils. Le ministère n’est pas sacralisé et il peut dès lors être adapté en fonction des nécessités liées à la mission de l’Eglise.

En Suisse romande, les synodes des Eglise réformée neuchâteloise (1971), fribourgeoise (1969) et vaudoise (1973) emboîtent le pas à l’Eglise protestante genevoise (1967) pour reconnaître pleinement le ministère pastoral. A noter que l’Eglise libre du canton de Vaud admettait depuis 1930 déjà le principe du pastorat féminin. Lors de la fusion des deux Eglises, nationale et libre, en 1966 ce sujet fut «mis en réserve» jusqu’en 1973. La majorité des Eglises romandes ou alémaniques, membres de la FEPS – certaines plus tôt que d’autres – reconnaîtront le pastorat des femmes au cours de la décennie qui s’étend de 1962 à 1973. L’Eglise évangélique réformée du Jura l’admettra dans sa première constitution en 1979, après l’entrée en souveraineté du canton.

Féminisation

L’accession des femmes au pastorat coïncide avec une remise en question plus générale de la manière d’exercer le ministère. A cet égard, l’auteur de l’étude parle «d’une féminisation des ministères». L’autorité morale qu’incarne le clerc de l’Eglise depuis la Réforme n’a plus cours: le ministère est désormais axé sur un rôle d’écoute, proche du travail social. «La professionnalisation permet de briser l’image traditionnelle du pasteur en valorisant les compétences», poursuit la sociologue.

Dans les facultés de théologie, les effectifs se féminisent davantage depuis 1970, à l’instar de l’université en général. Aujourd’hui, la parité en théologie est pratiquement atteinte entre étudiants des deux sexes. Toutefois, note Martine Haag, une tendance semble se dessiner à Neuchâtel et à Genève où les hommes se dirigeraient moins vers les études pastorales. «Peut-être parce que dans ces deux cantons, où l’Eglise est séparée de l’Etat, le statut du pasteur est devenu plus précaire sur le plan économique», avance l’auteur de l’étude.

Intégration professionnelle

Le ministère pastoral se pratique-t-il différemment au masculin et au féminin? Le manque de documents disponibles – cahiers des charges des uns et des autres – ne permet pas d’accréditer ou de réfuter cette thèse. En revanche, le constat est flagrant en ce qui concerne l’intéégration professionnelle des hommes et des femmes en fonction du temps de travail. Les femmes pasteures, sauf si elles sont célibataires ou divorcées, investissent très massivement les postes à temps partiel, tandis que les hommes poursuivent leur carrière à temps plein. Un cinquième, soit 18%, du corps pastoral suisse est aujourd’hui composé de femmes.

L’étude réalisée par Martine Haag constitue un des volets de la recherche menée par le bureau lausannois de l’Institut d’éthique sociale sur «Les traditions chrétiennes: sources ou frein de l’égalité entre les sexes?». L’enquête globale s’inscrit dans le programme lancé par le Fonds national de la recherche scientifique: «Femmes, droit et société». (apic/spp/pr)

20 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
Partagez!