Un carnage fait plus de 300 morts à Butembo

Congo: L’armée poursuit sa lutte contre les May-May

Kinshasa, 11 mars 1998 (APIC) Un carnage perpétré dans la ville de Butembo, à l’est du Congo, par les militaires de Alliance des Forces Démocratiques de Libération (AFDL) a fait plus de 300 morts parmi la population civile, annonce l’Association zaïroise des droits de l’homme (AZADHO). Un massacre qui a pour prétexte, selon l’organisation, la lutte contre les combattants May-May (une ethnie qui a contribué à la victoire de Kabila sur Mobutu – ndr).

Il était aux alentours de 3h30 du matin vendredi 20 février quand des échanges de tirs nourris et ininterrompus se sont fait entendre dans la ville de Butembo, à 300 kilomètres au nord de Goma, rapporte l’AZADHO. Vers 7h30, la ville était occupée par des hommes se présentant comme des guerriers May-May, armés de pilons, de machettes, de flèches et de quelques fusils. Ceux-ci, qui reprochent aux soldats de l’AFDL de maltraiter la population locale, s’en sont pris particulièrement aux soldats katangais. Lesquels, «il est vrai, se sont distingués dans cette partie du pays par des actes de torture, rackets, pillages nocturnes, harcèlement des paysans, abus sexuels, etc.», affirme l’association.

A midi, un renfort de troupes dépêché de Beni a permis à l’armée de reprendre le contrôle de la partie ouest de la ville (Kikyo, marché central, grand stade, jusqu’au centre ville), la partie est (Vungi, Kitulu, Londo et même le petit aéroport de Ruenda) restait sous le contrôle des May-May. «C’est alors que les militaires se sont mis à tirer sur des civils innocents, selon l’AZADHO, pour, semble-t-il, exercer une pression morale sur les May-May afin qu’ils décrochent. De jeunes garçons et filles et des enfants accusés d’être des May-May ont été systématiquement massacrés» sous le regard des officiers.

Le samedi 21 février, un autre renfort de troupes est venu de Goma, et de nombreux civils ont encore été exécutés, en particulier dans les quartiers périphériques de Ruenda et à Kalemire. A Kyondo et à Isale, localités situées à une trentaine de kilomètres à l’est de Butembo, et dans plusieurs villages voisins, les militaires ont carrément incendié des maisons. Ils y ont arrêté «tous les hommes adultes, qui étaient soit abattus sur place, soit emmenés pour une destination inconnue». A Butembo même, les militaires ont perquisitionné les domiciles, qu’ils ont «pillés systématiquement sous le regard de leurs officiers».

Selon l’Association zaïroise des droits de l’homme, le bilan de ces tueries est très lourd. Le 22 février, un secouriste réquisitionné par les autorités pour évacuer les corps «et qui a évidemment requis l’anonymat», note l’organisation, parle d’au moins 200 morts, dont plus de la moitié seraient des civils exécutés sommairement par l’armée. Mais le 27 février, les tueries se poursuivant, un chauffeur dont le camion avait été réquisitionné aux mêmes fins avançait le chiffre de mille morts. Des sources non gouvernementales concordantes confirment que le chiffre de 300 victimes et plusieurs de dizaines de maisons détruites est «largement dépassé».

Comme sous Mobutu

Dans un appel adressé au gouvernement, l’AZADHO l’invite «une fois de plus» à privilégier le dialogue et la voie politique pour «s’attaquer aux causes du phénomène May-May plutôt qu’à ses seuls effets». Elle lui demande de s’inquiéter de la dégradation de la situation des droits de l’homme au Congo, en particulier dans l’est du pays, dans les deux Kivu, et à ordonner une enquête indépendante sur les massacres de Butembo afin d’identifier les autorités administratives et/ou militaires qui ont ordonné les tueries et de les livrer à un tribunal indépendant.

Pour l’association, il s’agit de «rassurer la population et de la mettre à l’abri du harcèlement incessant de la part des soldats jouissant d’une totale impunité, qui rappellent les massacres perpétrés par les Forces Armées Zaïroises (FAZ) dans le cadre d’opérations «Mbata» sous prétexte de lutte contre les May-May». (apic/cip/dia/mp)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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