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APIC – Interview

Congo : Le nouvel archevêque de Bukavu témoin de la situation actuelle

La condition pour parvenir à la paix? Que l’armée s’en aille

Marc Larchet, pour l’agence APIC

Paris, 18 mars 1998 (APIC) Mgr Emmanuel Kataliko Wa, archevêque de Bukavu, depuis octobre 1997, un diocèse situé au sud du lac Kivu, témoigne de la fragilité de la situation de cette région de la République démocratique du Congo. Auparavant Mgr Kataliko a été pendant plusieurs années évêque de Butembo, diocèse situé au Nord du lac Kivu, lui aussi frontalier du Rwanda.

Mgr Kataliko: La situation est actuellement d’un calme tout relatif. La population reste en effet terrorisée par les événements qui se sont passé en février dernier. Depuis de nombreux mois la milice Maï-Maï, qui regroupe plusieurs ethnies congolaises, proteste contre le comportement intolérable de l’armée vis à vis de la population et se révolte contre la présence étrangère, principalement rwandaise. Dans la nuit du 19 au 20 février, des commandos ont attaqué plusieurs postes de militaires avant de prendre la fuite. La réaction de l’armée fut immédiate et sanguinaire. Les militaires sont allés dans les maisons de Butembo et des villages environnants et ont tiré sur tout ce qui pouvait leur sembler suspect, en particulier les jeunes. Des centaines de personnes ont été massacrées, de nombreuses maisons pillées et brûlées. Avec cette opération, l’armée croyait avoir tué les dirigeants du Mai-Mai; elle n’a en fait exécuté que des innocents.

Depuis ces événements, les associations de défense des droits de l’homme et la Commission diocésaine «Justice et Paix» demandent à l’Etat l’ouverture d’une enquête officielle puis la poursuite des assassins. Jusqu’alors aucune réponse n’a été donnée. En attendant, elles essaient de recenser le nombre exact de morts, opération difficile car plusieurs actions punitives ont eu lieu dans les petits villages. Aujourd’hui, les populations vivent dans la crainte de nouvelles répressions.

APIC: Comment peut-on envisager un retour à la paix?

Mgr Kataliko: La construction d’un avenir plus pacifié semble devoir passé par deux actions prioritaires: maîtriser l’armée et la ramener dans les casernes, inciter les étrangers à quitter la région. L’armée n’apporte que l’insécurité. Son comportement commence à devenir pire que sous Mobutu. Les militaires, qui ne sont pas payés par l’Etat, pillent et violent. Le pouvoir central ne maîtrise plus rien, les dirigeants n’arrêtent pas de changer, d’anciens militaires de la FAZ ( Force armée zaïroise, de Mobutu) ont réintégré l’armée avec la volonté de régler ses comptes.

La solution? Faire rentrer l’armée dans les casernes. Ceci est aujourd’hui possible, car la police est capable de prendre la responsabilité du maintien de l’ordre, la discipline intérieure étant peu à peu rétablie. L’autre problème est la présence massive d’étrangers. Nous souhaitons qu’ils puissent regagner leur pays. Beaucoup d’entre eux ont pris nos maisons, veulent exploiter nos terres. Cette situation ne peut plus durer. Peut-être peut-on envisager de leur imposer une discipline pour qu’ils puissent avec le temps s’intégrer. Mais leurs comportements doivent alors ne pas être arrogants comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui.

APIC: Quelle est aujourd’hui la situation à Bukavu, votre nouveau diocèse

Mgr Kataliko: Bukavu est calme mais la tension qui persiste entre les Mai-Mai, les Banya-mulenge, les rwandais tutsis et l’armée congolaise place en quelque sorte la population en situation d’otage. Tout le monde s’attend à ce qu’un jour ou l’autre le volcan explose. La solution? Que les Rwandais rentrent chez eux, que les Banya-mulenge deviennent réellement des congolais, que les Mai-Mai se disciplinent et que l’armée retrouve la caserne. Les Mai-Mai ont participé au renversement de Mobutu mais n’ont rien obtenu depuis. Ils se sentent exclus du nouveau pouvoir et redoublent dans leur révolte. Les Rwandais, qui sont toujours possesseurs d’armes ont pris les maisons et les terres des locaux qui eux n’ont pas d’arme. La jeunesse congolaise en particulier ne supporte plus cette situation.

La difficulté est que la région reste pour les Rwandais une base arrière de repli. Et bien sûr ils ne demandent jamais aux congolais leur avis pour se replier. La situation conflictuelle latente entre Hutus et Tutsis ne permet malheureusement pas actuellement de trouver une issue satisfaisante pour tous.

APIC: Qu’en est-il des relations entre l’Eglise et le nouvel Etat congolais?

Mgr Kataliko: Il n’est pas facile de répondre à cette question. Nous vivons une période d’observation. Actuellement l’Etat ne fait pas de problème à l’Eglise, il sait que l’Eglise est proche du peuple et qu’une position dure à son égard pourrait se retourner contre lui. Est-ce un calme durable ou est-ce un respect relatif qui peut s’arrêter du jour au lendemain? J’ai envie d’être optimiste. Nous restons vigilants de toute façon et continuons de demander au pouvoir de mettre le pays sur de bons rails. Nous rappelons constamment la nécessité de la démocratie et de l’application des dispositions prises par la Conférence nationale souveraine de 1995. L’Etat semble prendre acte, un point c’est tout. Nous sommes inquiets sur plusieurs points: refus de la pluralité politique puisqu’aujourd’hui on retourne à un fonctionnement basé sur un parti unique; manque d’action pour répondre aux besoins du peuple; risque de balkanisation du Congo. (marc larchet/apic/pr)

Nigéria: le pape béatifiera dimanche le Père Tansi, un Nigérian

Mais qu’avait-il donc de spécial ?

Rome/Onitsha (Nigéria), 18 mars 1998 (APIC Le 22 mars prochain, au cours de sa visite pastorale au Nigéria, du 21 au 23 mars, le Pape Jean Paul II élèvera aux honneurs des autels un Nigérian, le Père Cyprian Michael Iwene Tansi (1903-1964), de l’Ordre des Cisterciens de la stricte observance (Trappistes). La messe de béatification sera célébrée à Onitsha.

Mais, qu’avait donc de spécial le Père Tansi ? Sa biographie fait ressortir la figure d’une simple prêtre, qui manifestait son amour pour Dieu dans le service en faveur du prochain, avant de se faire moine en Angleterre à l’âge de 47 ans.

A six ans, le petit Iwene fut envoyé par ses parents pour vivre avec une tante dans le village chrétien de Aguleri, où, trois ans plus tard, il reçut le baptême et le nom de Michael. Eduqué par les Missionnaires à l’école Saint Joseph de Aguleri, et ensuite à la Holy Trinity School de Onitsha, il y devint professeur et supérieur. En 1925, Michael ressentit l’appel au sacerdoce et, à 22 ans, il entra au séminaire Saint-Paul à Igbarian. Après 12 ans de préparation, il est ordonné prêtre le 19 décembre 1937 par Mgr Charles Heerey, dans la cathédrale de Onitsha, en compagnie de deux confères, William Obelagu et Joseph Nwanegbo.

Pendant 23 ans, il se consacra à son travail pastoral, tout d’abord comme vicaire à la paroisse de Nnewi, puis comme curé à Dunkofia, à Akpu et enfin à Aguleri, le village de son enfance. Un an après cette dernière nomination, le Père Michael ressentit l’appel de la vie religieuse. En 1950, il fit un pèlerinage à Rome, au terme duquel, accompagné de l’Archevêque Heerey, il se rendit au Monastère cistercien de Mount St-Bernard à Leicester en Angleterre. Accueilli par la communauté, il y passa deux ans comme oblat, puis comme novice; et, le 8 juillet 1953, il fit ses voeux simples, sous le nom de Frère Cyprian. Il fit ses voeux solennels trois ans plus tard, le 8 juillet 1956.. Le 20 janvier 1964, âgé de 61 ans, le Père Cyprian mourut au Royal Infirmary de Leicester, et fut enterré dans le cimetière du monastère. En septembre 1986, sa dépouille fut transférée au Nigéria et enterrée dans le cimetière des prêtres, près de la cathédrale de Onitsha.

Les témoignages

Mgr Godfrey Okoye, CSSp, Evêque de Port-Harcouts au Nigéria, était séminariste quand il rencontra le Père Tansi qui devint son directeur spirituel.

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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