Briser le tabou autour de l’esclavage
Mauritanie: Grâce présidentielle pour des militants des droits de l’homme
Dakar, 25 mars 1998 (APIC) Cinq militants mauritaniens des droits de l’homme, condamnés à des peines d’emprisonnement de 13 mois ferme, ont été graciés mardi par le président mauritanien, le colonel Sidi Mohamed Ould Ahmed Taya. Cette mesure de clémence a été annoncée par la radio nationale, quelques heures après la confirmation, par la cour d’appel de Nouakchott, de leurs peines, prononcées le 12 février dernier par le tribunal correctionnel.
Le professeur Cheikh Saad Bouh Camara, président de l’Association mauritanienne des droits de l’homme, l’architecte Boubacar Ould Messaoud, président de l’organisation SOS-Esclavage, les avocats Brahim Ould Ebetty et Fatimata M’Baye, du barreau de Nouakchott, ainsi que Jamel Abdennasser Ould El Yassa étaient poursuivis pour avoir participé à la réalisation d’un documentaire télévisé traitant de la pratique de l’esclavage en Mauritanie. Le gouvernement mauritanien les a accusé de «faux et d’usage de faux», de création et d’appartenance à une association non autorisée. La pratique de l’esclavage, bien qu’abolie officiellement, reste un sujet tabou dans le pays.
Immédiatement après leur libération, le président de SOS Esclave, Boubacar Ould Messaoud, a rejeté les accusations portées contre lui et ses camarades, souhaitant que cette grâce soit le prélude à une plus grande ouverture du gouvernent dans la lutte contre l’esclavage. L’avocat Brahim Ould Betty a souhaité que le courage, qui a permis de prendre cette mesure de grâce, puisse s’étendre à une démarche d’adhésion du pays aux nombreuses conventions internationales en faveur des droits de l’homme.
Selon la Ligue africaine des droits de l’homme et des peuples (LADHP), hormis la déclaration universelle des droits de l’homme et des peuples de 1981, la Mauritanie n’a ratifié aucun des instruments internationaux visant à la protection des droits de l’homme. Il s’agit notamment du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966, du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966, de la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants de 1984.
En outre, a ajouté la LADHP, s’agissant de la convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, bien qu’y ayant formellement adhéré depuis le 13 décembre 1988, Nouakchott n’a pas fait la déclaration de reconnaissance de la compétence du comité, tel que prévu à l’article 14 de ladite convention, évitant ainsi d’être jugée par cet organe. Ce qui rend inopérante une telle ratification. (apic/ibc/mp)




