Le Père Trauffer blanchi, Maria Brun condamnée
Baden: Jugement dans l’affaire des écoutes téléphoniques à la Conférence des évêques
Baden (AG), 11 février 1998 (APIC) Le Père Roland B. Trauffer, secrétaire de la Conférence des évêques suisses (CES), n’a pas effectué d’écoutes téléphoniques sur ses collaborateurs. En affirmant que le dominicain avait écouté ses conversations téléphoniques alors qu’elle était chargée de l’information de la CES Maria Brun est coupable de diffamation, a estimé mercredi le Tribunal de district de Baden.
Maria Brun a été condamnée à une amende de 1’000 francs assortie de la publication du jugement dans les deux journaux catholiques officiels «Schweizerische Kirchenzeitung» et «Evangile et Mission» et du payement des frais de la cause. En cas de refus de payement, l’amende sera commuée en 33 jours de prison, précise le jugement.
«Après les graves dommages pour moi et indirectement pour la Conférence des évêques, mon soulagement est grand aujourd’hui», a déclaré à l’APIC le Père Trauffer.
Malgré les plates excuses de la «Schweizerische katholische Wochenzeitung» qui avait sorti l’affaire et le retrait à fin 1996 des procédures pénales et civiles contre le journal proche des milieux conservateurs catholiques alémaniques, le Père Trauffer avait maintenu sa plainte en diffamation contre Maria Brun.
Le Père Trauffer se réjouit en outre que la confiance que les évêques lui ont toujours accordée ait reçu une confirmation éclatante par le jugement du Tribunal. Le secrétaire se dit persuadé qu’après l’examen attentif du Tribunal, qui a duré cinq heures, plus aucun soupçon ne reposera plus sur lui.
Rappel des faits
Suite aux restructurations au sein du secrétariat de la CES – qui ont coûté à Maria Brun son poste d’attachée de presse – et à diverses autres péripéties médiatiques, M. Brun a été déchargée de ses fonctions avec effet immédiat le 30 avril 1996. Le 7 juin, la Schweizerische katholische Wochenzeitung (SKWZ) lâchait sa bombe: le P. Trauffer aurait effectué secrètement des écoutes téléphoniques de Maria Brun.
La SKWZ affirmait encore que cette affaire d’»écoutes téléphoniques» aurait été le point culminant dans les différends entre le P. Trauffer et Maria Brun qui aurait conduit au licenciement de cette dernière. La nouvelle des prétendues «écoutes téléphoniques» avait été reprise par de nombreux médias tant en Suisse qu’à l’étranger, portant gravement atteinte à l’honneur du Père Trauffer.
Dans son article du 7 juin, la SKWZ affirmait se baser sur des «informations dignes de confiance» et sur des informations de tiers. Au Tribunal, il s’est avéré que la «source fiable» était Maria Brun elle-mêême. Les informations de Mme Brun se sont finalement «révélées fausses et indéfendables», reconnaissait le journal en novembre 1996.
Notons encore que «l’information» avait été recueillie au cours d’une conversation privée avec Maria Brun par l’abbé Christoph Casetti, porte-parole du diocèse de Coire. C’est ce dernier qui l’avait communiqué au journaliste. En outre, l’article du 7 juin avait été revu avant publication par l’abbé Walter Niederberger, autre proche collaborateur de l’évêque de Coire, Mgr Wolfgang Haas. Les observateurs qualifient de «surprenant» le fait que Coire ait été au courant un mois avant que la «bombe» n’éclate, sans que la CES, indirectement touchée par ces «révélations», n’ait été le moins du monde informée.
«Coire voulait me catapulter»
Lors de l’audience de mardi, à propos du rôle de l’abbé Casetti, le Père Trauffer a relevé qu’il avait senti comment «au château de Coire on avait fait divers essais pour me catapulter hors de la Conférence desévêques». Maria Brun a expliqué de son côté qu’elle avait parlé à Christoph Casetti à la fois comme prêtre et comme responsable de l’information et qu’elle pensait obtenir un conseil de sa part. L’avocat du Père Trauffer interprète différemment cette discussion : Maria Brun a ouvert son cœur à quelqu’un qu’elle savait être un adversaire «politique» du Père Trauffer.
Le président du Tribunal a déclaré à l’APIC que les juges étaient finalement parvenus à la conclusion que les déclarations de Maria Brun à l’abbé Casetti étaient diffamatoires et avaient été faites de propos délibéré. Les conditions de la diffamation sont réunies et Maria Brun n’a pas pu apporter la preuve de sa bonne foi. L’amende a néanmoins été fixée au niveau le plus bas, c’est-à-dire 1’000 francs parce que le Tribunal n’a pas pu établir la preuve que lors de sa discussion avec l’abbé Casetti, elle avait envisagé la possibilité d’une publication.
De son côté l’auteur de l’article Christoph Ebnöther, qui n’avait pas été convoqué à l’audience, affirme dans un communiqué publié mercredi que la publication dans la SKWZ n’avait eu lieu qu’après que Maria Brun lui ait confirmé les faits lors de plusieurs contacts téléphoniques. (apic/com/wm/mp)




