Timides espoirs pour l’œcuménisme en Suisse

Suisse: L’hospitalité eucharistique entre catholiques et protestants

Lausanne, 26 février 1998 (APIC) La Conférence des évêques suisses (CES) et le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) ont décidé à la mi-janvier de reprendre la discussion concernant l’hospitalité eucharistique qui avait abouti l’an dernier à un échec. Une commission de dialogue renouvelée va se mettre au travail. De fait, en bien des paroisses, dans la pratique oecuménique locale, l’intercommunion est devenue une réalité et des fidèles s’impatientent.

Après un premier échec, une deuxième discussion sur l’hospitalité eucharistique va être tentée entre les Eglises protestantes et catholique en Suisse. Il s’agit de tenir compte du fait qu’à la base, surtout parmi les couples mixtes, on insiste pour que l’on trouve une pratique oecuménique qui puisse aller un jour jusqu’à l’hospitalité eucharistique réciproque. La Commission de dialogue protestants-catholiques avait présenté l’été dernier un document qui n’a finalement pas pu être publié, faute d’accord du côté catholique. La Commission, renouvelée dans sa composition, va reprendre la réflexion.

Les protestants dans l’expectative

Le pasteur Pierre Vonaesch, du secrétariat théologique de la FEPS, ne se montre guère optimiste: «Je ne crois pas que ce dossier puisse réellement progresser, étant donné la position affichée par l’Eglise de Rome». En effet, en 1984 déjà, lors de la venue du pape en Suisse, les Eglises protestantes helvétiques avaient demandé au Vatican d’envisager un assouplissement dans le domaine de l’hospitalité eucharistique. Il leur avait été répondu que, pour ce faire, une «pleine communion dans la foi» serait nécessaire, ce qui est extrêmement restrictif. «Je ne vois pas, poursuit Pierre Vonaesch, comment les évêques suisses pourraient accéder aux désirs des paroisses les plus ouvertes à l’oecuménisme sans contrevenir à la volonté de Rome.»

Quant à Heinz Ruegger, répondant de la FEPS pour les questions oecuméniques, il se déclare dans l’expectative, rappelant que, pour les protestants «la question est close, puisque nous n’avons pas réussi à trouver une position acceptable pour les deux confessions». Et de signaler que, lors de la séance du 16 janvier, Mgr Grab a indiqué qu’il ne serait pas prêt à aller au-delà de ce que définit le Directoire oecuménique de 1993. Or celui-ci déclare explicitement: «Parce que la concélébration eucharistique est une manifestation visible de la pleine communion de foi, de culte et de vie commune de l’Eglise catholique […], il n’est pas permis de concélébrer l’Eucharistie avec des ministres d’autres Eglises ou Communautés ecclésiales.» (§ 104 e). «Ainsi, commente H. Ruegger, si l’on veut être fidèle à la lettre de ce texte, on doit probablement admettre que, du point de vue catholique, il n’est pas possible de faire un pas en avant. Si par contre on se donne la liberté de l’interpréter de manière libérale, il n’est pas impossible de trouver une solution qui accepte la réalité de l’hospitalité eucharistique.»

Du côté catholique, le Père Roland-B. Trauffer, secrétaire de la CES, a confirmé à l’agence APIC que «la CES, lors de la dernière rencontre avec le Conseil de la FEPS, a été d’accord de renouveler la délégation». La CES n’a pas proprement déclaré qu’il fallait reformuler le mandat des délégués, car il s’agit des deux côtés de faire le point sur ce dialogue délicat, surtout en vue d’une hospitalité eucharistique éventuelle. La CES demande avec le Conseil de la FEPS que les deux délégations dans leur nouvelle composition revoient le travail qui a été fait jusqu’à présent et décident quelle suite elles entendent donner à ce projet. Quant à lui, le secrétaire de la CES a confirmé que les évêques souhaitent que le dialogue continue. «Mais évidemment une telle commission de dialogue va travailler en préparant un document qui puisse être reçu par les deux parties», a-t-il conclu.

Trois ans de travail partis en fumée

L’Eglise réformée vaudoise se trouve en première ligne concernant ces questions. En 1992, son Synode avait en effet voté une résolution demandant à l’Assemblée des délégués de la FEPS d’entamer avec l’Eglise catholique de nouvelles négociations concernant l’accord de 1979 sur les célébrations oecuméniques. Ce postulat avait été accepté et le Conseil de la FEPS avait été chargé de faire le bilan avec ses interlocuteurs catholiques afin d’examiner s’il «était possible de trouver des accords plus larges». A cette époque, Mgr Joseph Candolfi, évêque auxiliaire du diocèse de Bâle, avait signalé que la CES était prête à reprendre les entretiens communs, avec pour toile de fond le Directoire oecuménique qui venait d’être publié.

Le Conseil de la FEPS et la CES ont alors chargé la Commission de dialogue protestants-catholiques de réfléchir à la question de l’hospitalité eucharistique, ce qu’elle a fait durant trois ans et de nombreuses séances. En mai 1997, elle mettait la dernière main à un document commun qui recommandait l’hospitalité eucharistique comme un pas de plus vers la pleine communion ecclésiale. Or, une fois ce travail achevé, la majorité des membres catholiques de la Commission ne pouvaient plus souscrire au texte élaboré par la Commission et prenaient leurs distances par rapport au travail effectué jusque là. Trois années de travail partaient en fumée et le texte ne pouvait être soumis ni au Conseil de la FEPS, ni à la Conférence des évêques pour approbation.

Même si, en juin 1997, les interlocuteurs se mettaient d’accord pour que le travail continue, l’Assemblée des délégués de la FEPS d’octobre 1997 se trouvait obligée de classer le postulat vaudois comme «actuellement non réalisable». Les attentes de certaines paroisses réformée et catholiques qui espéraient beaucoup de cet accord pour leur pratique oecuménique étaient déçues. Le Conseil de la FEPS déclarait alors: «Cette déception ne doit pas avoir le dernier mot.» Et de réaffirmer qu’il était prêt à soutenir des accords «qui permettront aux Eglises de vivre une forme et une expression de collaboration oecuménique d’une manière qui convienne à leurs habitudes, de telle façon qu’elles puissent l’assumer ensemble».

A Zurich, par ailleurs, en septembre 1997, un texte était cosigné par le pasteur Ruedi Reich, président du Conseil de l’Eglise réformée et par Mgr Peter Henrici, évêque auxiliaire du diocèse de Coire à Zurich. Ce texte indiquait: «Dans bien des paroisses des deux confessions, on pratique déjà maintenant I’hospitalité eucharistique comme anticipation de l’unité. Cela ne veut pas dire que les participants prennent la Cène sans s’y être préparés. Bien au contraire, il faut respecter la conscience de chacun et de chacune […]» Mais c’est au plan suisse maintenant que les délégations protestante et catholique vont devoir se concerter pour savoir si un accord est possible et soumettre à la CES et à la FEPS une nouvelle proposition concrète. (apic/spp/jms/ba)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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