Mexique: Le massacre du Chiapas «aurait pu être évité», déclare Mgr Samuel Ruiz
«Les autorités n’ont pas tenu compte de nos avertissements»
New York, 7 janvier 1998 (APIC) Le massacre, le 22 décembre, de 45 Indiens Tzotzils dans l’Etat du Chiapas, au Mexique, apparemment par un groupe paramilitaire proche du gouvernement, était prévisible, estime Mgr Samuel Ruiz Garcia, évêque de San Cristobal de las Casas.
En novembre Mgr Ruiz a été lui-même la cible d’un attentat perpétré par un groupe paramilitaire. Selon le diocèse de San Cristobal, l’attentat qui visait l’évêque et son coadjuteur Mgr Raul Vera Lopez faisait partie «d’un plan d’agression contre l’Eglise catholique» au Chiapas.
Le porte-parole de l’évêque, le père Gonzalo Ituarte, a rappelé devant la presse les nombreuses mises en garde et avertissements lancés précédemment et dont les autorités n’ont pas tenu compte. Lorsque la nouvelle des premiers assassinats a éclaté le 22 décembre, Gonzalo Ituarte a appelé le bureau du gouverneur du Chiapas. Mais les autorités locales ayant assuré le bureau du gouverneur qu’il n’y avait rien à signaler, le massacre s’est poursuivi pendant plusieurs heures. «La tragédie aurait pu être évitée si le gouvernement avait tenu compte de nos multiples avertissements», a relevé Mgr Ruiz lors de l’enterrement des victimes.
Depuis l’occupation, en janvier 1994, de quatre villes de l’Etat du Chiapas par l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), et la militarisation croissante de la région, il y a eu des centaines de morts. En 1997, les groupes paramilitaires se sont multipliés dans la région alors que les négociations entre les autorités mexicaines et l’EZLN étaient interrompues. La violence est devenue quotidienne, et l’on dit que les partisans du gouvernement, comme ceux des zapatistes, sont fortement armés.
Les riches propriétaires de la région qui soutiennent le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) au pouvoir au Mexique, se sont opposés aux négociations, craignant apparemment que des concessions aux zapatistes n’affaiblissent leur pouvoir dans la région.
Le 22 décembre, des hommes masqués en uniforme ont systématiquement tiré sur les villageois, en majorité des femmes et des enfants, tuant 45 personnes et faisant 31 blessés. Le 27 décembre, Jacinto Arias Cruz, maire de la municipalité de Chenalho, qui comprend la localité d’Acteal où a eu lieu le massacre, et 23 membres du PRI, ont été arrêtés pour avoir fourni les armes du massacre. Jacinto Arias, adversaire farouche des zapatistes, aurait procuré les armes qui auraient été acheminées dans un véhicule de la municipalité. Il est aussi accusé d’avoir dissimulé les faits en indiquant aux auteurs du massacre ce qu’il fallait dire aux enquêteurs.
Le président des Etats-Unis Bill Clinton, le pape Jean-Paul II, et le président mexicain Ernesto Zedillo ont condamné vigoureusement ce massacre. Après ces événements, des milliers de personnes ont fui la région d’Acteal. Elles ne veulent pas revenir chez elles en raison de la présence des groupes paramilitaires dans leurs villages et par crainte d’autres attaques. (apic/eni/mp)




