Démenti du gouvernement cubain

Cuba: Micros cachés dans une résidence de l’Eglise, pas de commentaire du Vatican

Madrid/Rome/New York, le 11 janvier 98 (APIC) Des micros cachés dans une résidence de l’Eglise où les évêques cubains discutaient de la prochaine visite du pape dans l’île auraient été découverts, selon le quotidien espagnol «El Pais». Le Vatican ne commente pas de telles informations, a déclaré samedi aux journalistes Joaquin Navarro-Valls, porte-parole de la salle de presse du Saint-Siège.

L’appareil espion, placé «dans un bâtiment de l’Eglise d’une ville de province» où le pape devrait faire une courte halte pour se reposer, aurait été trouvé «par hasard» en octobre dernier durant la visite d’une délégation vaticane conduite par Navarro-Valls lui-même. C’est dans ce lieu que les évêques cubains ont planifié ces derniers mois la visite du pape qui se déroulera du 21 au 25 janvier prochain. Les discussions des évêques intéresseraient visiblement les services secrets cubains.

Selon «El Pais», réagissant à une note de protestation de la Secrétairerie du Vatican, le gouvernement cubain aurait répondu que l’existence d’une installation d’écoute n’était pas exclue, et qu’il se pourrait qu’elle ait été placée à l’époque de la dictature de Fulgencio Batista. Le journal madrilène rapporte qu’un tel cas s’était déjà produit il y a deux ans à la nonciature apostolique de La Havane. Les autorités cubaines avaient alors réagi de la même manière.

Le cardinal Ortega Alamino réclame un «dialogue authentique» avec le gouvernement

De son côté, le cardinal Jaime Lucas Ortega Alamino, a réclamé un «dialogue authentique» avec le gouvernement cubain. Il relève dans la dernière édition de la revue catholique cubaine «Verdad y Esperanza» que durant l’année même de la préparation de la visite de Jean Paul II il n’y a eu aucun progrès dans ce sens. Pour qu’un tel dialogue existe, les autorités doivent reconnaître le rôle positif de l’Eglise dans la société ainsi que ses «droits et devoirs» qui correspondent à sa mission spirituelle. L’archevêque de La Havane est d’avis qu’on ne peut s’attendre à un tel dialogue dans un avenir proche.

De son côté, Caridad Diego, présidente du Bureau des affaires religieuses du gouvernement, s’est réjouie de la manière dont les préparatifs de la visite du pape se sont déroulés jusqu’à présent: «Nous croyons que nous avons créé de bonnes conditions pour la visite».

Débat passionné dans la communauté américano-cubaine

La visite à Cuba du pape Jean Paul divise par ailleurs les catholiques américains d’origine cubaine: devraient-ils se rendre dans l’île ou boycotter l’événement pour marquer leur mépris à l’égard du président communiste cubain Fidel Castro. D’après Thomas Quigley, spécialiste de l’Amérique latine auprès de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis, cité par l’agence de presse œcuménique ENI, si personne n’a critiqué la décision du pape de se rendre à Cuba, les stations de radio desservant les Américains cubains de Miami, en Floride, «crépitent sous le feu des remarques» et conseils aux habitants des Etats-Unis sur la façon de réagir (plus de la moitié de la population de Miami est d’origine hispanique, et composée entre autres de nombreux Cubains opposés au président Castro).

«Un grand nombre d’Américains d’origine cubaine ne voudraient pas voir légitimer le gouvernement cubain ni faire quoi que ce soit indiquant un retour à la normale», explique Thomas Quigley. «D’autres, au contraire, pensent qu’en allant à Cuba, ils favoriseront la reconnaissance des droits des croyants.»

Parallèle avec la Pologne d’avant la chute du Mur de Berlin

L’observateur catholique précise aussi qu’Ileana Ros-Lehtinen, originaire de Cuba et représentant un district américano-cubain de Miami à la Chambre des députés, aurait conseillé à ceux qui voulaient écouter le pape de rester chez eux et d’acheter les enregistrements de sa visite. Pourtant, des centaines d’Américains d’origine cubaine veulent aller à Cuba et assister à ce qui est considéré comme un événement historique d’une importance extraordinaire pour l’île.

Les gens se réfèrent souvent à la première visite de Jean Paul II dans son pays natal, la Pologne, après son élection, et à l’encouragement qu’il a apporté aux Polonais et à tous ceux qui aspiraient à se libérer du système communiste. Le pape devrait arriver à Cuba le 21 janvier. Son voyage comportera des étapes dans plusieurs villes et se terminera le 25 janvier par la célébration d’une messe en plein air sur la Plaza de la Revolucion à la Havane.

Des visites accompagnées sont organisées par les diocèses catholiques de Miami, New York, Boston et de San Juan, à Porto Rico. Selon Thomas Quigley, il y aurait déjà plus d’un millier d’inscrits, dont plus de la moitié d’origine cubaine. Un certain nombre de visiteurs iront à Cuba par leurs propres moyens, ou se joindront à des tours organisés par des organismes privés. La forte opposition des conservateurs au sein de la communauté américano-cubaine a obligé l’archevêque John C. Favalora, de Miami, à annuler le projet d’une croisière à Cuba.

Rafael A. Penalver Jr, juriste et personnalité de la communauté américano-cubaine, a attaqué ce projet, «symbole de frivolité» pour les nombreux Cubains qui ont risqué leur vie en fuyant Cuba sur des embarcations de fortune. «C’est un symbole qui sera exploité par le gouvernement cubain», a-t-il dit. L’archevêque a donc organisé un vol qui permettra d’assister à la dernière messe du pape à La Havane, et de revenir à Miami le même jour.

Les cardinaux américains seront à Cuba

Tous les cardinaux résidant aux Etats-Unis devraient aller à Cuba (plusieurs cardinaux des Etats-Unis sont en poste au Vatican) à l’exception du cardinal William Keeler de Baltimore, qui a un autre engagement dans le cadre de l’Eglise, mais il était à Nouvel an à Cuba. Plus d’une vingtaine d’évêques, ainsi que de nombreux prêtres devraient donc se rendre dans l’île. Par ailleurs, plus d’un millier de journalistes des Etats-Unis ont demandé des visas pour couvrir la visite papale. Plusieurs groupes de Cubains – en moins grand nombre cependant – en exil dans la République dominicaine, au Venezuela et en Espagne, devraient aussi aller à Cuba.

Le Conseil national des Eglises des Etats-Unis, qui comprend des Eglises orthodoxes et protestantes, a envoyé une délégation de dix personnes à Cuba en décembre auprès du Conseil des Eglises de Cuba. La publicité faite autour de la visite papale et de l’Eglise catholique romaine, a expliqué Oscar Bolioli, responsable du Bureau de l’Amérique latine, a incité le Conseil à soutenir le ministère des Eglises anglicanes et protestantes de Cuba. (apic/kna/cic/eni/be)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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