Des photos de ce reportage peuvent être obtenues auprès de l’Agence CIRIC, à Lausanne, tél: 021/617 76 13.
Les dons peuvent être versés à l’Action de Carême, CCP 10 – 15955 – 7, Lausanne.
Honduras: Importantes révélations sur la disparition du jésuite James Carney, il y a 14 ans
Le corps du prêtre sans doute localisé
Tegucigalpa/Honduras, 15 janvier 1998 (APIC) Des militants honduriens pour les droits de l’homme sont sur le point de faire la lumière et d’apporter la vérité sur la disparition d’un prêtre jésuite des Etats-Unis, James Carney, sans doute enlevé, torturé puis exécuté par l’armée du Honduras il y a plus de quatorze ans.
Berta Oliva, directrice du Comité des parents des personnes détenues et disparues (COFADEH), a en effet déclaré avoir reçu des informations qui permettraient de localiser le corps du père Carney, disparu en septembre 1983, alors qu’il accompagnait un groupe de guérilleros qui entrait au Honduras, en provenance du Nicaragua voisin, indique l’Agence œcuménique ENI.
Selon la directrice du COFADEH, trois personnes ont apporté ces dernières semaines de nouvelles informations sur le lieu où se trouverait le corps du père Carney. Ces trois personnes ont contacté le COFADEH à l’issue de la grève de la faim menée pendant 45 jours devant l’ambassade des Etats-Unis par trois catholiques des Etats-Unis. Ceux-ci voulaient obtenir du gouvernement des Etats-Unis des informations sur la mort du père Carney. Leur action a relancé l’intérêt des médias à propos de cette affaire.
Berta Oliva a refusé de donner plus de renseignements. «Nous devons faire très attention à la façon dont nous allons dévoiler cette information», a-t-elle commenté. «Ces révélations pourraient mettre un terme aux espoirs de promotion d’un certain nombre de militaires».
Ces deux dernières années, plusieurs officiers de grade inférieur ont été tués. On a alors fait passer ces assassinats pour des crimes ordinaires. Or, pour le président de la Commission hondurienne de défense des droits de la personne, Ramon Custodio, certains de ces officiers étaient des «archives vivantes». On les aurait assassinés pour empêcher qu’ils ne révèlent des secrets sur la «sale guerre» du gouvernement durant les années 80.
Berta Oliva a précisé que l’un des trois informateurs faisait partie de l’unité ayant arrêté et torturé le père Carney.
Une question de sous
Elle a révélé par ailleurs que des membres de l’unité ayant participé à «l’opération Patuca», chargée de capturer les guérilleros que le père Carney accompagnait, avaient appris que celui-ci portait 50’000 dollars en espèces, et qu’ils pourraient se partager cet argent. «Or, le chef de l’unité n’a pas tenu sa parole, et certains membres de cette unité sont encore furieux.»
Berta Oliva a fait remarquer que les derniers témoignages reçus corroborent celui de Florencio Caballero, ancien membre de l’unité d’élite de l’armée hondurienne, formée aux Etats-Unis, le bataillon 3-16. Avant sa mort au Canada, où il était exilé, Florencio Caballero a déclaré qu’il avait appris que le père Carney avait été jeté d’un hélicoptère dans la jungle.
Or, l’un des nouveaux informateurs a raconté que le père Carney, après avoir été torturé, avait été jeté vivant d’un hélicoptère qui s’était ensuite posé car les militaires voulaient s’assurer qu’il était bien mort. Il aurait ensuite été enterré sur place. Cet ancien soldat a également révélé que des membres de l’unité avaient violé et torturé les femmes du groupe avant de les tuer.
En plus du père Carney, qui avait envoyé une lettre de démission à l’Ordre des jésuites avant son départ des Etats-Unis, d’autres guérilleros auraient été enterrés au même endroit.
Exhumation avant le mois d’avril?
Berta Oliva espère que l’exhumation aura lieu avant le mois d’avril. Après cette date, dit-elle, la pluie rendra la région inaccessible jusqu’au mois d’août.
Le COFADEH a déjà fait exhumer les corps de trois des 184 personnes qui, selon le commissaire du gouvernement hondurien chargé des droits de la personne, Leo Valladares, ont été portées «disparues» après l’intervention des forces de sécurité durant les années 80. Le père Carney est l’une de ces 184 personnes.
Berta Oliva est la veuve d’un des disparus. Son mari, Tomas Nativi Galvez, professeur et grand syndicaliste, a été enlevé le 11 juin 1981, alors qu’ils se trouvaient dans leur maison de Tegucigalpa. Mme Oliva a été battue, frappée et pratiquement laissée pour morte.
Le COFADEH a demandé que les militaires responsables des disparitions soient condamnés. Actuellement, 13 officiers de rang supérieur, recherchés par les tribunaux pour leurs actions pendant les années 80, sont en fuite.
L’exhumation du père Carney, estime Berta Oliva, «mettra à l’épreuve la volonté politique du nouveau gouvernement» du président Carlos Flores, qui prendra ses fonctions le 26 janvier. Les groupes de défense des droits de l’homme craignent que le président ne contrecarre les efforts qu’ils déploient pour faire traduire les militaires en justice.
La réponse décevante de l’administration Clinton
Le cas du père Carney occupe une grande place dans un nouveau rapport de Leo Valladares qui devrait être distribué à Washington et à Tegucigalpa à la fin du mois. Ce rapport de 200 pages, «In search of Hidden Truths» (en quête de vérités cachées), critique la réponse «extrêmement décevante» apportée par l’administration Clinton à la requête de Leo Valladares, qui voulait obtenir, il y a quatre ans, des documents sur six personnes disparues, entre autres le père Carney. Le gouvernement des Etats-Unis a de son côté publié plus de 3’000 pages de documents sur le cas du père Carney, dont la plupart avaient été fortement censurées. Dans le nouveau rapport de Leo Valladares, ces informations sont considérées comme «insuffisantes, fragmentaires et vagues «. (apic/eni/pr)




