Suisse: Consultation œcuménique sur l’avenir économique et social de la Suisse

«Quel avenir voulons-nous?» La parole au peuple

B 16 janvier 1998 (APIC) Face à la crise, les Eglises suisses n’ont pas l’intention de rester benoîtement enfermées dans leurs sacristies. A l’heure où le «contrat social» suisse est remis en cause, la Conférence des évêques suisses (CES) et la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS) ouvrent le débat en lançant une vaste consultation sur l’avenir économique et social de la Suisse. Avec des questions provocantes sur le bien-être, le partage du travail, ou le rôle des pouvoirs publics.

«Les Eglises ne prétendent pas tout comprendre et tout savoir. Mais nous avons, tous ensemble un effort à faire afin de comprendre où nous en sommes et de chercher vers quoi nous voulons aller», a expliqué vendredi à Berne Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses. «Chaque chrétien est responsable de la création et de son harmonie. C’est là un élément fondamental de notre foi. Partager les soucis de la population à la recherche de nouvelles valeurs et d’une nouvelle identité fait partie intégrante de la mission des Eglises», renchérit le pasteur Heinrich Rusterholz, président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse.

A l’heure où le chômage ne connaît pas la décrue annoncée, à l’heure où la question du financement des assurances sociales devient brûlante, à l’heure où la classe politique réfléchit à la révision totale de la Constitution fédérale, cette consultation tombe à point nommé. Les Eglises, à qui l’Evangile confie un mandat de type social, souhaitent que les problèmes en suspens soient résolus de manière acceptable par tous. Exclure ou simplement laisser tomber les personnes touchées par les changements sociaux n’est pas possible.

Le «marché pur» devenu l’unique modèle de la réalité économique prétend dicter sa loi au monde entier. Mais n’est-ce pas aux membres de la société de définir ensemble les valeurs et les buts devant guider les décisions politiques? s’interrogent les Eglises. La paix sociale est très importante pour le fonctionnement de l’économie, souligne la Conseillère nationale Rosmarie Dormann (PDC/LU).

32 pages pour lancer le débat

Pour lancer le débat, la CES et la FEPS ont préparé une brochure de 32 pages destinée à être distribuée non seulement aux institutions d’Eglise mais aussi à tous les acteurs sociaux du pays: autorités civiles, partis politiques, parlementaires fédéraux, syndicats, milieux économiques et culturels. Ce document intitulé «Quel avenir voulons-nous» se présente comme une base de discussion articulée en trois parties. Il contient une présentation de la situation actuelle, une réflexion biblique et éthique et propose des éléments pour la construction d’un nouveau contrat social. Quelques «récits de vies» illustrent le propos et le rendent accessible à tous.

«Si le but final est de publier en l’an 2000 un document des Eglises sur les questions économiques et sociales, le processus de consultation est déjà l’essence même de la démarche», souligne Mgr Grab. Les directions d’Eglise «n’ont pas voulu tout définir elles-mêmes, ni faire une consultation dans le seul but de voir confirmer leurs idées.» Un principe que partage le pasteur Rusterholz pour qui «la recherche de solutions commune n’est possible que si un vrai dialogue démocratique a lieu». En ce sens la consultation se veut aussi une contribution des Eglises à la célébration des 150 ans de la naissance de la Suisse moderne.

Jusqu’au mois de juin 1999, individus, familles, groupements, associations, paroisses, partis politiques, groupes professionnels, œuvres d’entraide sont invités à réagir pour dire «Quel avenir voulons-nous ?», explique Jean-Claude Huot, secrétaire exécutif de la Consultation pour la partie francophone. Les onze questions proposées en fin de brochure ouvrent quelques pistes, mais elles ne sont pas exclusives.

Quant à la forme aucune norme n’est imposée. On attend bien sûr des rapports, mais aussi des récits, des témoignages, et pourquoi pas du théâtre, de la poésie, des productions graphiques, sonores ou vidéos ou d’autres formes d’expressions artistiques. Les organisateurs de la consultation prendront eux-mêmes leur bâton de pèlerin pour rencontrer les groupes qui en auront fait la demande La consultation s’ouvrira solennellement lors d’un culte œcuménique télévisé dimanche 18 janvier

«Pour une fois l’Eglise va au devant de la politique et cherche le contact avec le peuple», se réjouit Rosemarie Dormann. Reste à voir si le peuple saisira l’occasion de prendre la parole. (apic/mp)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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