Un préalable, indique le patriarche: résoudre l’uniatisme
Le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier croit au dialogue oecuménique
Bruxelles, 21 janvier 1998 (APIC) Le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartolomée Ier, croit au dialogue œcuménique, au dialogue avec l’Eglise catholique. Il émet cependant une réserve, et insiste sur le préalable qu’est à ses yeux la question de l’uniatisme, qu’il convient de résoudre, dit-il. Dans une interview à «La Libre Belgique», le patriarche dit son espoir de concélébrer avec tous les chefs des Eglises orthodoxes du monde dans la basilique de Bethléem, le 7 janvier de l’an 2000 (Noël des orthodoxes).
A l’occasion de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, le quotidien catholique «La Libre Belgique», fait le point, dans son édition du 20 janvier, avec le patriarche oecuménique Bartholomée de Constantinople sur les progrès et les difficultés de l’oecuménisme aux yeux des Eglises orthodoxes. Le patriarche Bartholomée Ier, premier évêque de l’Orthodoxie, redit le souci du Patriarcat de Constantinople de promouvoir le dialogue avec les Eglises non orthodoxes, et en particulier le «dialogue théologique avec Rome, dont nous sommes naturellement plus proches qu’il nous est possible de l’être avec les familles protestantes».
Un dialogue en crise
Le dialogue avec l’Eglise catholique, note le patriarche Bartholomée, traverse «une crise, due surtout à l’uniatisme». Les Eglises orthodoxes désignent comme «uniates» les Eglises qui, bien que partageant avec leur Eglise mère orthodoxe une longue tradition commune, s’en sont détachées à l’aube de l’époque moderne pour s’unir à Rome qui, en échange, a reconnu leur tradition «grecque-catholique».
C’est le cas notamment des Eglises grecques-catholiques d’Ukraine, de Roumanie et de Slovaquie. Dans ces pays, relève le patriarche, «les orthodoxes ont encore l’impression que les uniates font du prosélytisme et que l’Eglise catholique pratique une politique expansionniste, avec la collaboration des missionnaires polonais. Il y a pire encore, avec certains groupes de chrétiens venus des Etats-Unis, qui semblent vouloir conquérir nos fidèles à coups de dollars». En Slovaquie, s’étonne le patriarche, «les orthodoxes n’ont plus d’églises. Toutes ont été données par l’Etat aux uniates».
Depuis 1980, quinze Eglises orthodoxes autocéphales, au gouvernement propre, sont en dialogue officiel avec l’Eglise catholique romaine. Après avoir réussi à se mettre d’accord sur d’importants sujets, les soixante délégués des deux Eglises qui se retrouvent au sein de la Commission mixte de dialogue ne se sont plus rencontrés plus depuis 1993. Cette année-là, la Commission réunie à Balamand, au Liban, s’était penchée sur un sujet délicat : l’uniatisme. L’Eglise catholique, de son côté, s’était engagée à ne plus prêter le flanc au soupçon de prosélytisme.
A Balamand, seules sept Eglises orthodoxes sur quinze étaient représentées. Les absents, il est vrai, pouvaient invoquer des raisons diverses : depuis les empêchements jusqu’au manque d’enthousiasme. Depuis, des points de vue ont évolué au sein des Eglises orthodoxes. Celles-ci reprochnt à l’Eglise catholique une sorte de «double langage» : dans les déclarations du Vatican, une option résolue en faveur du rapprochement avec l’orthodoxie ; mais sur le terrain concret des diocèses, une persistance de la méfiance et une marche vers le dialogue avec des pieds de plomb.
En janvier 1997, une dizaine de personnalités orthodoxes et catholiques ont lancé, au le monastère de Chevetogne, un appel à débloquer le dialogue. Mais les contacts pris par le Vatican avec le patriarcat orthodoxe de Moscou au printemps dernier ont été à l’origine de nouveaux malentendus. Début décembre, le patriarche Bartholomée a convoqué à Constantinople tous les participants orthodoxes au dialogue avec l’Eglise catholique. Ce fut l’occasion de faire le point sur la situation après Balamand. Tous les orthodoxes présents ont exprimé leur volonté de poursuivre le dialogue et ont préparé la future réunion de la Commission de coordination de ce dialogue, qui se tiendra probablement à Riccia, près de Rome, en juin 1998. Il lui reviendra de fixer la date de la réunion plénière de la Commission mixte.
Primauté romaine à discuter
Parmi les points de divergence entre Constantinople et Rome, le patriarche cite avant tout «l’exercice de la primauté de l’évêque de Rome». Mais il ajoute aussitôt que, «en proposant lui-même la mise à l’étude de cette question de la primauté, le pape a manifesté une grande sincérité et beaucoup de courage. Il reconnaît ainsi que cette primauté constitue un obstacle à l’unité et peut-être le plus essentiel. Le fait qu’il ait invité les théologiens et autres personnes compétentes à entreprendre un approfondissement de cette question est pour nous un grand encouragement.»
Le patriarche espère que l’on arrivera «le plus tôt possible à soumettre ce problème essentiel au forum du dialogue théologique oecuménique, qui est le plus approprié à le faire, puisque toutes les Eglises orthodoxes locales, autocéphales, y sont représentées, à côté des représentants de l’Eglise catholique».
Rendez-vous à Bethléem
Le Patriarcat orthodoxe de Constantinople a été, en 1948, une des Eglises cofondatrices du Conseil Oecuménique des Eglises. A quelques mois du 50e anniversaire du COE, le patriarche Bartholomée tient à rappeler : «Jamais nous n’avons songé à le quitter». Cette adhésion n’empêche pas de préciser, demain comme hier, les critiques ou les attentes. Spécialement en vue du troisième millénaire, que le patriarche espère «concélébrer avec tous les chefs des Eglises orthodoxes du monde, dans la basilique de Bethléem, le 7 janvier de l’an 2000».
D’ici là, Bartholomée Ier, qui prend très au sérieux son rôle au service de la concertation et de l’unité interorthodoxe, aura multiplié ses voyages pastoraux à travers le monde. Après les Etats-Unis en décembre, ce seront dans les prochains mois des visites officielles aux Eglises orthodoxes de Pologne, de Tchéquie et au Mont Athos pour le millénaire du monastère. (apic/cip/pr)




