Question: Le président Fidel Castro a dit publiquement qu’il vous admire et qu’il vous respecte. Il a ajouté qu’au lieu d’une rencontre entre le diable et un ange, c’était plutôt une rencontre entre deux anges, au service des pauvres. Qu’en pensez-vous? Etes-vous d’accord avec cette image?

Texte intégral de la conférence de presse donnée par le pape dans l’avion

J. P. II: Nous autres, nous sommes seulement des hommes. On ne peut pas dire d’un homme qu’il est un ange. II y a la rencontre de deux hommes, Fidel Castro, le président des Cubains, et le pape Jean Paul II, évêque de Rome. Ces deux hommes doivent se rencontrer dans le contexte d’une visite qui est la première d’un pape à Cuba. Il s’agit certainement d’un fait historique. J’ai visité tous les pays d’Amérique, Amérique du nord et Amérique Latine, mais Cuba manquait et d’autres petites îles des Caraïbes, et les trois Guyanes.

Question: Que pensez-vous dire au peuple cubain à propos des droits de l’homme ?

J. P. II: Vous savez ce que je pense des droits de l’homme et ce que je peux dire à propos des droits de l’homme. Je l’ai dit à Mexico et en Pologne en 1979 et dans de multiples autres pays. C’est clair. Les droits de l’hommes sont des droits fondamentaux, et la fondation de toute civilisation normale. J’ai emporté avec moi cette conviction et engagement pour les droits de l’homme de Pologne, de la confrontation avec le système soviétique, communiste, totalitaire. Mais la conquête des droits de l’homme ne peut pas se faire seulement par moi et par vous.

Question: Que voulez-vous entendre et écouter de Fidel Castro pendant cette visite historique ?

J. P. II: Je veux écouter partout la vérité. La vérité propre à sa personne, comme homme, comme dirigeant, comme commandant de la révolution et aussi la vérité sur son pays, sur les relations entre l’Eglise et l’Etat, tout ce qui est important pour nous. Pour cela l’invitation à Cuba a été une première indication. Le dirigeant cubain sait bien qui est le pape. Il l’a invité lors d’une visite au Vatican. Il y a donc pensé avant. Qui est celui qui est invité ? Que peut-il dire ? On ne doit pas oublier ce contexte. Et puis, il y a la Providence qui guide le sort du monde, des Etats, des peuples et des personnes. Alors, je pense que tous les deux, nous devons nous mettre à l’ordre (a l’ordine) de la Providence. Le monde n’est certainement pas seulement guidé par nous. Il est guidé par la Providence. Il y a l’histoire des peuples et des Etats, il y a l’histoire du Salut.

Question: Quel est votre sentiment à l’approche de la rencontre avec les catholiques et le peuple cubain?

J. P. II J’ai un sentiment d’espérance, surtout un sentiment de reconnaissance. Reconnaissance pour la possibilité de cette visite. Mon sentiment va non seulement vers les catholiques, mais aussi vers tout le peuple cubain. Ce peuple qui s’est ouvert à l’accueil du Pape.

Question: Ernesto «Che» Guevara est l’un des protagonistes récents de l’histoire cubaine. Que pensez vous de son action et de son message pour les pauvres?

J. P. II: Il est confronté au tribunal du Seigneur, Maître qui juge ses mérites. Je suis convaincu qu’il a servi les pauvres.

Question: Que demanderez-vous à Fidel Castro, un geste de bonne volonté vis-à-vis de l’opposition cubaine?

J. P. II: Il est clair que ce thème appartient à celui des droits de l’homme. L’impossibilité de fêter Noël dans un pays catholique est un paradoxe. A propos de Noël… C’est une fête qui touche les coeurs de tous les croyants et des non croyants. Espérons que la possibilité de fêter Noël se maintienne et que cela ne soit pas seulement une exception.

Question: Quel Message avez-vous pour les Etats-Unis, à propos de l’embargo sur Cuba?

J. P. II: Changer, changer (to change, to change)… La visite du pape à Cuba est suivie avec beaucoup d’intérêt aux Etats-Unis. Le pape, Cuba et les Etats-Unis cherchent un avenir meilleur.

Question: Vous sentez-vous en forme pour affronter un voyage aussi difficile ?

J. P. II: Il est certain que je suis plus âgé qu’en 1979, mais la Providence me maintient, et puis, si je veux savoir quelque chose sur ma santé, et sur les différentes interventions que j’ai subies, il me suffit de lire la presse !

Question: Quel jugement portez-vous sur les 40 dernières années à Cuba et sur l’histoire de ce peuple?

J. P. II: Je ne suis pas informé de tous les problèmes. Mais j’étudie. Selon les informations, et ce qu’apportent les évêques, il semble que les choses avancent, par exemple, la scolarisation, l’état sanitaire. Je suis convaincu que c’est ainsi parce que tous les fils de Marx agissaient de même, y compris dans le bloc soviétique, alors, de ce point de vue, il y a progrès. Vis-à-vis des médias, de la condition humaine et des droits de l’homme, il y a peut-être moins de progrès et ils restent à faire. Nous sommes entre deux idéologies, celle que l’on appelle marxiste et donc communiste, celle que l’on appelle libérale, individualiste. Il faut toujours chercher et trouver une solution juste.

Question: Qu’espérez-vous de cette visite pour le peuple cubain

J. P. II: Je dirais : le meilleur ! Qui vivra verra

Question: Comment concilier la révolution du Christ avec la révolution de Castro ?

J. P. II: Ici, il faut commencer par le sens des mots. Révolution est un mot très analogue. Il peut y avoir la révolution du Christ, mais aussi la révolution de Castro, et pas seulement, la révolution de Lénine. Alors, il y a deux significations, la révolution du Christ, qui est une révolution de l’Amour, et l’autre, qui est celle de la haine, de la vengeance et des victimes.

Question: Attendez-vous des changements à Cuba analogues à ceux de la Pologne ?

J. P. II: Je ne suis pas un prophète. Qui vivra verra. (apic/jmg/pr)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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