Les Eglises réagissent et dénoncent les pressions du FMI

Zimbabwe: Violence, émeutes et scènes de pilage dans le pays

Harare, 23 janvier 1998 (APIC) Après trois jours d’émeutes et de pillages au Zimbabwe, les Eglises du pays appellent le président à revoir sa politique économique, qui a provoqué une hausse des prix des produits de base. Elles dénoncent en outre les pressions exercées par le Fonds monétaire international (FMI) et par la Banque Mondiale (BM). Les hausses des prix sont en effet en partie causées par les mesures que le gouvernement zimbabwéen s’est vu contraint d’adopter pour obtenir le soutien économique des institutions financières internationales.

Selon la presse du pays, quatre personnes auraient été tuées, et de nombreuses autres, y compris des femmes et des enfants, auraient été blessés lors d’affrontements entre la police et les civils. Quelque 800 personnes ont été arrêtées dans les banlieues populaires de la capitale. Le gouvernement a déclaré que l’armée, qui a aidé la police à réprimer les émeutes, n’avait pas reçu l’ordre spécifique de tirer, mais qu’elle était autorisée à utiliser des balles réelles. «S’il le faut, la loi sera appliquée dans toute sa rigueur», a annoncé le président Mugabe. Des blindés patrouillent dans les banlieues populaires et l’armée est en état d’alerte.

«En tant que responsables chrétiens, nous exprimons notre préoccupation devant la situation actuelle du pays, la dégradation de l’ordre public, et les souffrances de la population engendrées par une situation économique difficile, dont le gouvernement doit assumer l’entière responsabilité. Nous ne pouvons plus rester sans rien faire devant l’autodestruction du pays». Tels sont les termes de la déclaration signée et publiée le 21 janvier par quatre responsables d’Eglise – le chanoine Philemon Mudzvovera, de l’Eglise anglicane, l’évêque Ezekiel Guti, des Assemblées de Dieu (Afrique), Gary Strong, des Ministères de la compassion, et Ngwiza Mnkandla, des Ministères de la foi.

«Lorsque nous devons déployer nos forces armées sur le territoire civil, lorsque nous voyons des innocents tués dans la rue et lorsque la vie et les biens perdent tout caractère sacré, nous sommes obligés de réagir. Nous savons qu’il existe des causes graves à l’origine de cette crise mais le gouvernement ne peut plus en rejeter la responsabilité sur d’autres ni les cacher. Nous l’appelons donc à assumer la responsabilité d’une telle situation, écrivent-ils.

Conséquence de la mauvaise gestion du gouvernement

La Commission catholique «Justice et Paix» du Zimbabwe dénonce également le gouvernement et sa politique. Dans une déclaration, la Commission et trois organismes de défense des droits civiques, relèvent que les «émeutes de la faim sont l’expression de la frustration et de la colère des Zimbabwéens, qui souffrent des conséquences de la mauvaise gestion financière du gouvernement.

La ville et en particulier les banlieues populaires ont été le théâtre de scènes de pillages. Les pertes sont évaluées à plusieurs millions de dollars, et la police a dû intervenir en de nombreux lieux. Les pilleurs ont surtout dévalisé les entrepôts et magasins de vivres. Un supermarché de Chitungwiza, à 25 kilométres au sud-est de Harare, a été attaqué et pillé. Les dégâts sont considérables.

Les troubles ont éclaté le lundi 19 janvier, lorsque les Zimbabwéens ont réagi à l’annonce de la hausse du prix de la farine de maïs, produit de base national – la quatrième hausse en deux mois. Les prix d’autres produits essentiels, comme l’huile, le savon et le sucre, avaient déjà augmenté de plus de 20 % au début du mois. Les hausses résultent en partie du choix du gouvernement de s’adapter aux conditions imposées par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, qui ont demandéé une réduction des dépenses du gouvernement.

On estime également que la hausse des prix serait la conséquence d’un effondrement du dollar zimbabwéen, qui a chuté de 50 % par rapport au dollar depuis novembre 1997. Le pays connaît une inflation de 20,1 % par an. La baisse du dollar zimbabwéen aurait aussi été provoquée par la promesse du gouvernement d’accorder de fortes indemnités aux vétérans de la guerre d’indépendance et de confisquer 1’480 fermes appartenant à des blancs.

Un comité de quatre ministres a été chargé le 22 janvier de revoir les hausses des prix et de recommander la mise en place de nouvelles mesures de contrôle pour éviter l’accumulation de bénéfices excessifs. (apic/eni/pr)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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