Rome: Commentaires de Raul Castro et de Leonardo Boff sur la visite du pape
«L’Osservatore Romano» refuse les croisades idéologiques
Rome, 30 janvier 1998 (APIC) Au lendemain de la visite de Jean Paul II à Cuba, Raul Castro, frère de Fidel, réaffirme son credo castriste et le Brésilien Léonardo Boff sa foi dans la théologie de la libération. Face à ces déclarations, «L’Osservatore Romano» préfère citer le pape en refusant les «croisades idéologiques».
Le discours de Raul Castro, 66 ans, frère cadet du «Lider Maximo», numéro deux du régime de La Havane et ministre des Forces armées révolutionnaires est rapporté par plusieurs agences tandis que Léonardo Boff accorde, de la Suisse, un entretien téléphonique au quotidien italien «Il Manifesto» sur le bilan du voyage du pape à Cuba. «L’Osservatore Romano», de son côté, publie vendredi une réflexion de Giorgio Rumi sur le même thème.
Dans un bref discours transmis mercredi à la télévision et prononcé aux Moncada Barracks, où le pape s’était rendu, et qui ont marqué le début de la révolution cubaine, Raul Castro a démenti tout recul du Parti communiste cubain (PCC). «Peu importe ce que disent les gens, lance-t-il. Santiago de Cuba a été et restera toujours le berceau de la révolution». Ce discours marquait le 145e anniversaire de la naissance de José Marti, héros de l’indépendance de l’île. Raul Castro a annonçé la construction d’un monument aux héros du soulèvement et de la guerre d’indépendance. La foule a répondu avec des slogans: «Le socialisme ou la mort! La patrie ou la mort!»
«Le pape a assumé des intuitions fondamentales de la théologie de la libération»
Pour sa part le Brésilien Léonardo Boff, théologien de la libération, et ancien prêtre franciscain, affirme que le pape a «assumé les deux ou trois intuitions fondamentales de la théologie de la libération». A savoir, toujours selon le théologien: l’option pour les pauvres; la dimension «publique» et «politique» de la foi; et la nécessité de s’appuyer sur des «groupes de base», dans la société comme dans l’Eglise; enfin, l’intégration de la spiritualité dans l’économie et la politique.
Le théologien, qui connaît personnellement Castro et a effectué plus d’une dizaine de voyages dans l’Ile, affirme qu’à Cuba le pape aura pu constater une situation sociale différente du reste de l’Amérique latine. «Grâce à Fidel Castro et à son socialisme, dit-il, les contradictions typiques de l’Amérique du Sud ont pu être surmontées, la marginalité, la mortalité infantile. On a donné un travail et une instruction à tous».
Le théologien brésilien souligne la leçon que Castro doit, pour sa part, tirer de ce voyage: » Le pape lui a fait comprendre que, après avoir fait la «Révolution de la faim», il fallait faire la «Révolution de la liberté».
Le pape regarde en avant
Pour «L’Osservatore Romano» le pape, à Cuba, s’est placé sur le terrain «solide» de la personne humaine et de la réalité spécifique de l’île, sans déclaration idéologique. Rien d’abstrait, dit Giorgio Rumi, mais une référence à la situation concrète et à l’histoire de Cuba. «Qui voulait ou s’attendait à des déclarations de géopolitique, écrit l’auteur, s’est trouvé devant un bilan des structures fondamentales de la société et de leur fonctions incontournables. Au lieu de croisades idéologiques, le pape s’occupe de relier la famille, l’école et l’Eglise en une communauté éducative où les fils de Cuba puissent grandir en humanité».
Giorgio Rumi conclut que le regard du pape est tourné vers l’avenir: «Aucun regret nostalgique et aucune récrimination: le pape regarde en avant, dans le respect de la vraie sève du pays: ’Retournez à vos racines cubaines et chrétiennes’», déclare encore Giorgio Rumi en citant Jean Paul II. (apic/imed/ba)




