Organiser les solidarités reste un défi pour le XXIe siècle

Bruxelles: Rencontre des pastorales ouvrières européennes

Bruxelles, 14 décembre 1999 (APIC) Les responsables de la pastorale ouvrière de plusieurs pays d’Europe ont tenu session les 10 et 11 décembre à Bruxelles. En point de mire: les défis qui se poseront à l’ouvrier au XXIe siècle. Et donc les solidarités qu’il conviendra d’organiser dans le monde du travail.

Il s’agissait d’une rencontre de responsables u groupe de continuité au sein du Groupe européen de pastorale ouvrière. Celui-ci, le GEPO, regroupe les pastorales ouvrières d’une dizaine de pays d’Europe occidentale, dont la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne et la Suisse romande, ainsi que les représentants européens de la Coordination internationale des jeunesses ouvrières chrétiennes (CIJOC), de la JOC internationale (JOCI) et du Mouvement mondial des travailleurs chrétiens (MMTC).

Exclusions et espoirs

Dans tous les pays d’Europe occidentale, ont constaté les responsables pastoraux, la croissance économique se poursuit, mais la situation des travailleurs n’en est pas améliorée pour autant: chômage massif, travail partiel ou précaire, conditions de travail de plus en plus dures restent le lot de beaucoup, particulièrement des jeunes. Les concentrations d’entreprises se poursuivent, provoquant de nombreux licenciements. Plusieurs cas ont été cités: en France, où l’usine Michelin de Clermont-Ferrand, malgré l’annonce de bénéfices impressionnants, a décidé le licenciement de 2’000 travailleurs; en Allemagne et en Suisse, d’autres licenciements ont été programmés par ADtranz, entreprise de matériel ferroviaire et par Novartis, usine chimique; diverses banques ont aussi été citées, notamment au Portugal et en Espagne… Cela malgré… des bénéfices jamais réalisés auparavant, au grand bonheur des actionnaires. ET sur le dos des ouvriers et des familles.

Les changements politiques intervenus ces derniers mois dans divers pays (en Allemagne, en Belgique, au Portugal) ont également été examinés. Les responsables pastoraux estiment qu’ils n’ont pas apporté les changements espérés. En Suisse, ont-ils observé, la droite radicale, avec 22,6%, est pratiquement devenue le premier parti du pays.

Développement de l’économie informelle: en Europe aussi

Quant au lancement des 35 heures hebdomadaires de travail en France, l’initiative provoque de gros débats. Des accords favorables aux travailleurs et à l’emploi ont été conclus dans certaines entreprises, mais parfois au prix de lourdes pertes d’acquis sociaux et d’une flexibilité que les représentants des travailleurs jugent intolérable. Cependant, les accords devant être conclus avec la collaboration des organisations syndicales, «la loi des 35 heures a permis, surtout aux travailleurs plus jeunes, de redécouvrir la nécessité d’un mouvement ouvrier qui organisent la solidarité», a-t-on relevé au cours de la réunion de Bruxelles.

Les responsables pastoraux ont aussi relevé le développement en Europe d’une «économie informelle», qui n’est donc pas l’apanage du Tiers Monde. Dans certains pays d’Europe, on lui attribue jusqu’à 30% du produit intérieur brut (PIB). Elle est principalement répandue dans le tourisme, dans l’hôtellerie, dans les travaux publics et dans l’agriculture. Depuis peu, elle s’infiltre dans le secteur de la santé et dans les multimédia. Certaines entreprises, surtout dans le sud de l’Europe font de plus en plus appel au travail à domicile, ce qui entraîne la mise au travail des enfants.

Les représentants des pastorales ouvrières d’Europe ont aussi témoigné de nouvelles «actions citoyennes» qui suscitent des adhésions nombreuses: actions pour la population de Timor-Est au Portugal; mobilisation contre les expulsions massives et en faveur des sans-papiers en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse; revendication d’une taxe spéciale sur les flux de capitaux à caractère spéculatif et mouvement de résistance à une Organisation Mondiale du Commerce jugée trop peu démocratique et plus préoccupée de promouvoir par la libéralisation les intérêts de l’Occident que de défendre les intérêts des plus pauvres et de garantir des droits élémentaires aux populations.

Eglise et pastorale ouvrière

Les participants de la rencontre de Bruxelles ont également fait le point sur la situation des Eglises et de la pastorale ouvrière des différents pays. Souvent, ont-ils constaté, les Eglises ont tendance à se replier sur elles-mêmes et à se centrer sur le culte. Ils ont toutefois relevé des initiatives intéressantes prises dans de nombreux diocèses, particulièrement à l’approche de l’an 2000 et du Jubilé qui, dans la Bible, est un appel à une juste redistribution de biens.

Dans différents pays, ont-ils noté par ailleurs, la pastorale ouvrière poursuit son souci d’aider les travailleurs à vivre leur foi dans les réalités du monde du travail. Un événement a été particulièrement salué: la pastorale ouvrière d’Espagne vient de réunir son Congrès où 600 participants ont posé les jalons d’une pastorale ouvrière pour le prochain siècle.

Pistes pour l’avenir

Les membres du groupe de Continuité ont procédé, par ailleurs, à l’évaluation du colloque du GEPO qui s’est tenu à Porto du 7 au 11 avril dernier, ainsi que des suites qui lui ont été données.

Les bases du travail pour les années 1999-2003 ont été jetées. Diverses pistes ont été lancées en vue du colloque de 2003: le défi des nouveaux changements culturels, la place du travail dans la société, les pouvoirs financiers et les travailleurs, Eglise et pastorale ouvrière. (apic/cip/tg/pr)

14 décembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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