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Fribourg: Le «Projet de Paix Prévention des conflits violents» revoit ses ambitions à la baisse
Rien d’opérationnel avant deux ou trois ans
Fribourg, 23 décembre 1999 (APIC) L’idée novatrice et enthousiasmante d’impliquer les entreprises transnationales dans la prévention des conflits a été présentée à la presse il y a exactement trois ans à Fribourg. Aujourd’hui, le «Projet de Paix Prévention des conflits violents» (PPPcv), qui en est toujours à l’élaboration de son concept, est forcé de revoir ses ambitions à la baisse.
Des contacts ont été pris avec des entreprises, mais aucun contrat n’a été signé. «Patience, nous respectons parfaitement notre timing. Laissez-nous le temps d’apprendre», lance le président fondateur Frédéric Maillard. Qui se donne encore deux à trois ans avant que le projet soit tout à fait mûr.
Si 250’000 francs ont déjà été versés depuis 1996 – essentiellement par des congrégations religieuses missionnaires – pour financer le fonctionnement du PPPcv, la Fondation, dont les revenus devaient financer une bonne partie des dépenses du projet, a les poches vides. Elle n’est riche que de 5’000 francs… au lieu des 10 millions qui auraient dû être, selon les initiateurs, engrangés en 1997.
Lors de son lancement sous l’impulsion du Fribourgeois Frédéric Maillard, un spécialiste en communication et en relations publiques, épaulé par le religieux spiritain valaisan Jean-Marc Sierro, le PPPcv se promettait de devenir en quelque sorte «le bras éthique des entreprises» actives dans les zones potentiellement conflictuelles. L’idée a séduit plusieurs congrégations religieuses masculines et féminines qui ont contribué pour des dizaines de milliers de francs (50’000 francs par ex. versés par la Province suisse des capucins).
Les initiateurs continuent d’y croire, pour d’autres le PPPcv a fait long feu
Certains religieux/ses impliqués, supporters du projet, ont déclaré à l’APIC comprendre les difficultés rencontrées par les initiateurs pour concrétiser ce concept qu’il continuent de trouver au demeurant excellent. Ils admettent également la nécessité de préserver la confidentialité à propos des contacts pris avec les entreprises. Impossible, en effet, d’en savoir plus à ce sujet du côté des responsables du projet: rien ne filtre ni sur le nombre ni la qualité des entreprises transnationales susceptibles d’entrer dans la démarche du PPPcv. Impossible non plus de savoir si les entreprises contactées songent sérieusement à s’engager.
D’autres religieux, par contre, estiment que le projet était utopiste et qu’il a fait long feu. Ils ne sont par conséquent plus prêts à verser de l’argent. Au moment de son lancement fin 1996, le PPPcv affichait de hautes ambitions: plutôt que de jouer les «pompiers humanitaires», il vaut mieux travailler en amont aux sources des conflits. L’idée a séduit en particulier les congrégations missionnaires, confrontées sur place aux conflits violents. Plusieurs d’entre elles ont assuré financièrement le lancement du projet. «L’intérêt était de soutenir autre chose que la construction de bâtiments ou d’infrastructures dans le tiers monde. Mais d’essayer d’agir en amont», relève le capucin Marcel Durrer, consultant du projet.
«L’impression est que beaucoup d’argent a été engagé, mais il s’agit de salarier des personnes et de faire fonctionner un secrétariat et un Institut. Aujourd’hui pourtant, c’est le serpent qui se mord la queue: on n’a pas d’argent pour payer un professionnel qui serait précisément chargé de faire rentrer l’argent», poursuit Marcel Durrer.
Le PPPcv est toujours dans une phase de recherche
«L’objectif concret de l’an 2000 est l’obtention de mandats de la part d’entreprises, souligne Frédéric Maillard. Cela ne s’est pas encore fait parce que nous devons être prêts à assumer le mandat que nous proposons. En l’occurrence l’enthousiasme ne suffit pas forcément. Nous voulons être des metteurs en lien, nous ne pouvons pas tout faire nous-mêmes. Le PPPcv n’envisage pas d’envoyer des gens directement sur le terrain mais de travailler avec d’autres. «
«Nous avons surtout travaillé sur le concept, sur l’idée et sur comment la réaliser en prenant divers contacts. Nous sommes vraiment encore dans une phase de recherche et d’étude pour savoir comment explorer cette voie de l’implication des entreprises dans la prévention des conflits», renchérit Jean Nicolas Marti, autre moteur du projet. Deux pistes sont évoquées: la sécurité et l’éducation. Il s’agit en fait de convaincre les entreprises de confier un mince pourcentage de leur chiffre d’affaires au PPPcv pour réinvestir ces moyens dans des actions de formations et de développement dans les pays concernés afin de renforcer ou de rétablir un climat social stable.
L’échec de la Fondation ne remet pas en cause le projet
Pour la réalisation complète du Projet de Paix, Frédéric Maillard imaginait un budget annuel de fonctionnement de 2 millions de francs alimenté par les produits d’une Fondation créée ad hoc, par les contributions de l’Association des Amis du Projet de Paix et par la vente des prestations du PPPcv auprès des entreprises. De ces trois piliers, seul celui de l’Association des Amis fonctionne aujourd’hui. La création de la Fondation a été un échec, admet Frédéric Maillard. «Un seul souscripteur a versé un montant de 5’000 francs, on est donc très loin des 10 millions prévus.»
«L’échec de la Fondation ne constitue cependant pas une remise en cause fondamentale du projet. Car les dons ont continué à arriver régulièrement pour permettre au PPPcv de fonctionner. Outre les 180’000 francs réunis comme capital de départ, 70’000 francs se venus s’y ajouter par la suite. Le soutien reste suffisamment régulier pour nous permettre de poursuivre», estime F Maillard. Le PPPcv dispose aujourd’hui, selon son président, d’un réseau de quelque 400 amis et cotisants, dont un tiers de membres collectifs, congrégations religieuses ou autres. Il faut également noter que le PPPcv bénéficie pour le moment d’un autre apport non négligeable: le travail de deux personnes en programme d’emploi temporaire placées par l’Office régional de placement (ORP).
La principale réalisation concrète est l’ouverture à Fribourg en octobre 1998 de l’Institut Projet de Paix. Modeste et discret, cet Institut, basé chez les Filles de la Charité, au Sonnenberg, n’est pas un organisme de recherche, mais un lieu où le PPPcv rassemble des informations de diverses provenances afin de pouvoir les utiliser dans le contact avec les entreprises.
Le PPPcv n’a pas encore développé non plus de véritable réseau avec d’autres organisations actives dans ce domaine de la lutte pour la paix. Son Institut n’a pas mis sur pied de véritable programmes de formation mais a uniquement organisé trois journées qui ont permis aux 15 à 20 personnes régulièrement engagées de se familiariser avec le thème de la prévention des conflits. A terme l’institut devrait aussi servir d’interface avec les entreprises.
Pour l’avenir l’alternative principale réside dans la vente de services aux entreprises, même si aucun contrat n’a encore été signé. Face aux sceptiques, le spiritain Jean-Marc Sierro, vice-président de l’association, continue à y croire fermement. «Le problème est celui de la recherche de l’efficacité tout de suite. Comme n’importe quelle entreprise, le projet a besoin d’un certain temps pour se mettre en place. Si je n’y croyais pas je ne continuerais pas. J’ai assez d’autres activités, comme le réseau des missionnaires «Foi et Justice en Afrique». L’assemblée générale du PPPcv avec un rapport de gestion et un bilan financier est prévue pour la mi-janvier. (apic/mp/be)




